Retrouvez-nous sur :  
Suivre la vie du site
DestiMed
L’info des deux rives

Accueil > Culture > Littérature > Le Coin Lecture de Régine : "19 tonnes" de Thierry Vimal

< >

Le Coin Lecture de Régine : "19 tonnes" de Thierry Vimal

mercredi 30 octobre 2019

Le récit bouleversant de Thierry Vimal nous entraîne dans l’après. Après ce 14 juillet 2016, à Nice, rien ne sera plus jamais pareil pour l’auteur. Après le passage d’un "19 tonnes" sur la Promenade des Anglais, bien des familles peuvent hélas partager les mêmes souffrances et ce sentiment d’injustice qu’il faut dépasser pour simplement survivre.


14 juillet 2016, le camion meurtrier a surgi sur la promenade des Anglais de Nice et emporté la vie de 86 personnes, parmi lesquelles Amie Vimal, 12 ans. "19 tonnes" est le récit de la survie d’un père après le drame. Thierry Vimal, sans pathos ni haine, nous raconte l’après, le quotidien déchirant, le trou noir qui chaque jour menace. Pourtant, il faut bien trouver du sens. Et continuer... Un texte salutaire et bouleversant qui sonde la capacité humaine à résister à l’appel du pire.
Dans "19 tonnes" Thierry Vimal ne nous épargne aucun détail, sans aucune pudeur. Ce livre, tel un journal intime, remonte le fil des évènements comme l’on décrit frileusement un acte terroriste. Après la stupeur, l’incompréhension, la révolte et le chagrin vient le temps du deuil et de la résilience. Mais pour Thierry Vimal et sa famille, le parcours sera long et difficile. Comment guérir de la perte de sa fille ? Comment retrouver le goût de se projeter dans l’avenir, sans elle ? En avançant jour après jour, en trouvant des raisons de le faire, bonnes ou mauvaises. Ce quatrième livre de Thierry Vimal ne nous épargne aucun détail de la mort d’Ami, sa fille comme pour mieux nous prendre à témoin de cette horreur. Et de fait, par ce rythme lent, ses mots crus, ses phrases jetées instinctivement, le lecteur entre en empathie avec l’auteur et plus largement, avec toutes les victimes directes ou indirectes de cette injustifiable tuerie. C’était un 14 juillet à Nice, un soir de fête et de partage… Ne l’oublions jamais.

Régine ZOHAR

"19 tonnes", de Thierry Vimal. Éditions Le Cherche-Midi. 1008 p. 25,00 €.

Extrait :
Juste voir mon enfant mort. Le visage de notre Amie morte. D’abord son pied nu, sans basket, celui des câlins-de-pieds, celui sous lequel je pianotais des numéros de téléphone avant de le coller à mon oreille pour passer des appels en Bretagne. Ses jambes, son bassin… dans quelques dixièmes de seconde tu verras le visage de ta fille morte. Rien ne va interrompre ça. Ma fille de douze ans. Le visage d’Amie. Mon trésor. Ma fierté. Seigneurs du ciel et de la terre, divinités des hommes et de tous les mondes : putain de merde. Ouverts, ses yeux. Mais éteints. Amie, morte. Pour de vrai. Là devant moi. Ma puce, mais qu’est-ce qu’on t’a fait ? L’irréversibilité de la mort ne fera pas exception, si singulière soit la situation. Pas de marche arrière. Te fermer les yeux, que tu n’aies plus cette expression bizarre, chelou aurais-tu dit, regard miroir de l’âme mais l’âme n’est plus là, pourtant c’est bien ton corps, vite, te rendre de la dignité, effacer cette expression brute et froide de tellement morte, te donner l’air de dormir ou tout au moins d’être morte dans la paix. Elle a souffert. L’index et le majeur sur ses paupières, tour à tour avec Sophie, avec toute la douceur et la délicatesse de puta madre de tout l’amour maternel et paternel du monde. Mais ça ne se laisse pas fermer, ça réagit encore, ça se rouvre tout le temps. Ses cheveux trempés de sueur, tout collés sur son front et ses joues, les recoiffer, regarder encore son corps. Ses pieds pointure 39. Mais il s’est passé quoi pour que tu n’aies plus qu’une seule basket ? Sa taille déjà marquée de femme. Son ventre qui n’aura saigné que trois petites fois. Sa jambe râpée. Un gros trou à la clavicule. Une vilaine bosse rouge à la tête. Petit sandwich de douceur fraîche, petit pain sucré enserrant une tranche sanglante de violence extrême. Mon nez, ma bouche collés à son oreille, sa petite oreille si comestible, craquante feuille blanche de laitue carnée. « Ma puce, ma puce, je te promets qu’on va essayer d’être heureux encore. Je ne te promets pas d’y arriver, hein, mais je te promets d’essayer. D’y vouer ma vie. De ne jamais plus rien faire d’autre que ça. Pour maman, pour Laurette, pour toi, pour moi. Tu verras tu seras fière de nous, on te rendra fière, je te rendrai fière, oh ma puce, ma puce, ma puce, ma beauté, ma douceur, ma fierté, premier miracle de ma vie, tu m’as donné tellement de bonheur, tellement. Et tu sais quoi ? Je suis fier du papa que j’ai été, car j’ai juste été un papa.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Signaler un contenu ou un message illicite sur le site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.