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Le Coin Lecture de Régine : "Tu m’as laissée en vie" de Camille Beaurain

mercredi 11 décembre 2019

Le mal-vivre des paysans n’est plus un secret pour personne, ce témoignage en est hélas une preuve supplémentaire. Lorsqu’une fille des villes, Camille Beaurain, rencontre un garçon des champs, commence une histoire d’amour stoppée brutalement par un suicide. A ces hommes et femmes qui nous nourrissent en survivant à peine, il est urgent d’affirmer notre soutien.


Camille rencontre Augustin, son tout premier amour, à 15 ans. Elle qui n’est pas issue du milieu agricole s’installe avec lui à la ferme, où il élève des porcs. Trois ans plus tard, ils se marient. Mais la vie au sein de l’exploitation familiale s’avère tout sauf paisible. Pris entre le travail aux champs, les soins quotidiens apportés aux bêtes, les imprévus sanitaires ou mécaniques, un contexte économique difficile, le couple est étranglé. Très vite, il croule sous les dettes. Après une première tentative, Augustin, âgé de 31 ans, se donne la mort. La fin abrupte d’un quotidien qui devenait insupportable. Comment cet agriculteur, passionné, investi et aimant, a-t-il pu en arriver là ? Y a-t-il des coupables qui l’ont poussé au suicide ? Camille, veuve à 24 ans, témoigne ici avec sincérité de cette misère qui s’est emparée des campagnes au point d’en tuer ses fils.

Combien de livres, films, reportages faudra-t-il encore pour que nous comprenions que les paysans ne sont pas tous à montrer du doigt pour leurs agissements ? Par son témoignage, Camille Beaurain accuse les rouages d’une politique agricole d’être en grande partie responsables du suicide de son mari. Et à la lecture de "Tu m’as laissée en vie", nous ne pouvons que lui donner raison. Un livre témoignage bouleversant…

Régine ZOHAR

"Tu m’as laissée en vie", de Camille Beaurain. Édition Le Cherche-Midi. 128 p. 16,00 €.

Extrait :
La ferme fonctionne d’après un système qu’on appelle « polyculture-élevage ». Ce qui signifie que nos cultures végétales ont pour unique but de nourrir notre élevage, en « autoconsommation », selon un autre terme souvent usité. Évidemment, ça ne se fait pas tout seul. Une fois nos blés, orges, féveroles et escourgeons récoltés, issus directement de nos champs, il faut fabriquer l’aliment, avec d’autres composants, comme du soja acheté, des minéraux ou de l’huile de soja, pour de parfaites rations, pour les truies gestantes ou les truies allaitantes, les jeunes cochettes, les porcelets en post-sevrage, les porcs à l’engraissement… L’élevage a la particularité d’être « naisseur-engraisseur », autrement dit nous assurons la reproduction mais aussi la croissance. Avec 50 truies, notre production reste d’importance familiale. Alors, à chacun son aliment, selon ses besoins. Mais fin février, donc, nous n’avons pas à intervenir au niveau des cultures.
Pour l’élevage, en revanche, ça ne s’arrête jamais. Dans les deux bâtiments, qui forment un L renversé séparant notre maison des champs ou pâtures, le plus petit au nord-est, le plus grand au sud-est, nos porcs attendent soins, nourriture… En semaine, Thomas, qui habite à 10 kilomètres de là, vient seconder Augustin, au titre de salarié à mi-temps. Moi, je vais du côté des truies, les hommes se réservant les tâches les plus dures. Mais là, nous sommes dimanche. Et dans l’engraissement des porcs, il faut prévoir un jour par semaine avec une seule ration d’aliments au lieu de deux. C’est donc le dimanche, juste une demi-journée de travail dédié aux bêtes. Une aubaine : une demi-journée de repos rien que pour nous… Je pense que personne en dehors du métier ne peut se rendre compte de ce que signifie une demi-journée de liberté par semaine pour des éleveurs, en particulier ceux qui cultivent puis fabriquent eux-mêmes leurs aliments. Cette demi-journée, elle s’envole très vite, nous restons tributaires d’une bête malade ou blessée à secourir, de mises bas, du suivi des cultures quand la saison arrive… Pour nous, RTT, ce serait plutôt « Renoue ton tablier ».

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