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Le Coin Lecture de Régine : "Un diplomate mange et boit pour son pays" de Stéphane Gompertz

dimanche 15 septembre 2019

La diplomatie est l’art de manier l’adaptabilité et la modération en toute circonstance. Endosser le costume d’un ambassadeur impose donc d’en connaître les codes et les devoirs, à l’exemple de Stéphane Gompertz.


Les diplomates n’ont guère bonne réputation. Ils passent pour mener une existence luxueuse, faite avant tout de mondanités, de réceptions, parfois de bals, de cocktails toujours. Ils touchent de belles primes d’expatriation. Ils vivent à l’écart de la vraie vie et des convulsions du monde auxquelles ils sont censés remédier. Ils roulent en belle voiture, souvent avec chauffeur, sont exemptés de la TVA et, de moins en moins à vrai dire, s’abstiennent de payer leurs contraventions. Ce privilège hérisse les locaux. On les comprend. Pourtant, nous ne sommes pas – pas toujours – les caricatures que d’aucuns se plaisent à voir en nous. Il nous arrive de nous comporter avec humanité. Et si, selon la boutade d’un collègue malien, "un diplomate mange et boit pour son pays", les roses sont souvent hérissées d’épines. Le métier est noble et délicieux, mais parfois difficile. Il y faut de la passion. Elle transpirera peut-être dans ces quelques lignes. Stéphane Gompertz

Après avoir enseigné la littérature médiévale, Stéphane Gompertz, normalien et énarque, a choisi la voie de la diplomatie. Ses différents postes à l’étranger lui ont fait découvrir les codes de ce métier pour lequel il ne suffit pas d’être un simple représentant de l’Etat. Un diplomate doit s’adapter à un pays, en accepter les codes, les coutumes, les susceptibilités. Et avant tout, se garder de jugements hâtifs en gardant une objectivité, un recul indispensable dans certaines situations. De sa capacité à savoir communiquer avec un interlocuteur dépendra souvent l’aboutissement d’une négociation ou d’un accord. Un diplomate mange et boit pour son pays se lit avec délectation ! Et son titre évocateur résume parfaitement le ton de ce livre, entre analyses et anecdotes. Il donnera à coup sûr envie à certains de rejoindre ce corps diplomatique, entre rêves et réalités.

Régine ZOHAR

"Un diplomate mange et boit pour son pays", de Stéphane Gompertz. Éditions Odile Jacob. 216 p. 22,90 €.

Extrait :
La vie de château…
Une célèbre publicité pour les chocolats Ferrero Rocher met en scène une réception censée être donnée par un ambassadeur de France : « Les réceptions de l’ambassadeur sont réputées pour le bon goût du maître de maison. » Ferrero a récidivé en mettant cette fois au premier plan l’ambassadrice. La pub a été plusieurs fois parodiée, preuve de sa popularité. Elle véhicule bien des clichés sur la vie diplomatique : résidence somptueuse, images de bal, tenues de soirée, mondanités, sourires artificiels, esquisses de flirts. Le succès de ce court film publicitaire tient sans doute à l’ancrage de ces clichés dans la perception commune. Il y a du vrai là-dedans. Pas toujours.
Les résidences d’ambassadeurs sont souvent belles, somptueuses même. L’association Bienvenue en France a fait éditer par Flammarion un ouvrage sur les résidences d’ambassadeurs à Paris. Certaines ambassades de France à l’étranger sont des monuments historiques, comme le palais Farnèse à Rome ou le palais de Santos à Lisbonne. Parfois, elles peuvent exciter des convoitises : l’ambassade de France au Maroc avait le malheur d’être située en surplomb par rapport au palais royal. Sa Majesté Hassan II en conçut quelque dépit. Il fallut l’abandonner et construire plus en contrebas une autre ambassade, qui, avec ses lignes géométriques et sa teinte ocre, est d’ailleurs un chef-d’œuvre d’architecture moderne. Une des plus belles est la Résidence des Pins à Beyrouth. Lorsque je la visitai pour la première fois dans la suite du président Chirac, après la fin de la guerre civile, elle n’était plus qu’une ruine : elle était criblée d’impacts de balles et la toiture était éventrée par des trous d’obus. J’eus le privilège d’y loger deux ans plus tard à l’occasion d’une réunion régionale d’ambassadeurs : elle avait retrouvé tout son lustre. Sa reconstruction ainsi que la replantation, aux frais du conseil régional d’Île-de-France, du bois des Pins symbolisaient à la fois la renaissance du Liban et la constance de l’amitié de la France.
L’ambassade à Addis-Abeba, où j’ai résidé quatre ans, occupe la plus vaste emprise diplomatique de la France à l’étranger : quelque quarante-deux hectares. Après les élections de 2005, j’avais invité à déjeuner le maire élu d’Addis-Abeba, leader de l’opposition ; nous étions allés nous promener après le café ; il m’avait dit avec un sourire qu’une fois installé à la mairie, il nous prendrait une partie du parc pour en faire un jardin public. Il n’eut pas le loisir d’exécuter sa dangereuse promesse : son parti contesta le résultat des élections générales et refusa, contre les conseils de la communauté diplomatique, de prendre ses sièges au Parlement comme à la mairie. Des émeutes meurtrières s’ensuivirent et les chefs de l’opposition finirent en prison. L’ex-maire élu s’est réfugié à l’étranger en vue de fomenter la lutte armée. Une autre menace, plus réelle, pèse sur nos emprises : la tentation qu’a périodiquement notre ministère de vendre les bijoux de famille. Heureusement, nous n’avons pas, à ma connaissance, de titre de propriété qui nous permettrait de vendre notre beau terrain d’Addis-Abeba. Le domaine nous avait été généreusement octroyé par l’empereur Menelik. Un de mes lointains prédécesseurs reçut du ministère l’Instruction de demander un titre de propriété. Il prit sa canne et son chapeau et, sans doute passablement embarrassé, alla solliciter auprès du souverain la délivrance du fameux parchemin. Menelik le toisa et lui dit : « Monsieur l’ambassadeur, vous avez la parole de l’empereur. Cela ne vous suffit-il pas ? » L’affaire en resta là. Cet heureux insuccès nous a peut-être évité une initiative funeste.

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