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Le conseil municipal honore Ahmed Litim, tirailleur algérien venu libérer Marseille

samedi 22 mai 2021

Ce vendredi 21 mai, le conseil municipal de Marseille a voté une délibération donnant le nom du Caporal Ahmed Litim à l’actuelle école Bugeaud, située dans le 3e arrondissement.

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Le Char Jeanne d’Arc au pied de Notre-dame-de-la-Garde devenu en 1946 monument commémoratif de la libération de Marseille ©destimed/RP

Engagé volontaire en 1943, ce tirailleur algérien est mort, à 24 ans, le 25 août 1944, au pied de Notre-Dame-de-la-Garde, sous le feu des occupants nazis, lors des combats pour la libération de Marseille.

Le Maire de Marseille, a tenu à présenter lui-même le rapport devant le conseil municipal, saluant « l’un de nos libérateurs, mort en héros » et soulignant « le destin tragique d’un homme ayant quitté son village pour combattre le nazisme, (...) et caporal au sein de la première compagnie du premier bataillon des tirailleurs algériens ».

Rappelant les circonstances de son décès alors qu’Ahmed Litim n’a eu de cesse de se porter à l’avant des combats, le Maire a évoqué « son sang mêlé à celui de ses compagnons de combat (...) Résistants et soldats (...) avec parmi eux, des Algériens, des goumiers marocains, qui quittèrent leurs villages, leurs familles et parcoururent des chemins inconnus pour libérer des inconnus ».

En soulignant que « Marseille ne serait pas Marseille sans le sacrifice de ces enfants », le Maire s’est dit « heureux et très fier (...) de mettre ce rapport aux voix du conseil municipal » pour honorer la mémoire du Caporal Litim et, à travers lui, « celle de tant de combattants de l’Armée d’Afrique que l’on ne voit pas suffisamment dans les manuels [...] et bien souvent invisibilisés ».

Désormais, une école de Marseille portera son nom

Ahmed Litim fut cité à l’ordre de l’armée avec la mention suivante : « Jeune caporal, toujours le premier aux postes dangereux, a fait preuve d’un cran remarquable dans les combats de rue à Marseille. A été gravement blessé le 25 août 1944 à Notre-Dame-de-la-Garde, alors qu’il servait lui-même son fusil-mitrailleur, son tireur ayant été mis hors de combat ». Cette citation s’accompagne de l’attribution de la Croix de guerre 1939-1945 avec palme. Désormais, une école de Marseille portera son nom, pour que son sacrifice et celui de ses compagnons de combat ne soient pas oubliés.


En marge du Conseil municipal, Pierre Huguet adjoint au maire de Marseille en charge de l’Éducation revient sur ce qu’il qualifie « d’acte fort »

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Pierre huguet adjoint au maire de Marseille (Photo capture d’écran)

« Pour moi qui suis professeur d’Histoire de formation, aujourd’hui, nous avons fait un acte fort, en votant ce rapport et en donnant effectivement le nom à une école de Marseille le nom d’un héros national, c’est à dire Ahmed Litim. Il a sacrifié sa vie, en 1944, lors de la libération de Marseille. Et il l’a fait au nom des valeurs républicaines que nous partageons, toutes et tous, d’égalité, de liberté, de fraternité. Cela raconte quelque chose aux enfants. »

En nommant cette école du nom d’Ahmed Litim on montre un exemple positif

Il précise : « Nous avions une école Bugeaud, qui portait le nom d’un homme qui a encouragé des atrocités commises, pendant la guerre de conquête d’Algérie. Or, l’école est souvent le premier contact de l’enfant avec la République. On s’y construit, on devient des femmes et des hommes libres. D’ailleurs, souvent, on raconte l’histoire des personnages qui ont donné le nom à l’école. Et qu’est-ce qu’on leur raconte à nos enfants, finalement ? Il s’agit de donner des exemples positifs et là effectivement en nommant cette école du nom d’Ahmed Litim on montre un exemple positif. Et finalement cela parle à l’ensemble des habitants de cette ville et du pays, parce qu’il s’agit d’un héros de la libération qui a sacrifié sa vie, au nom des valeurs que nous partageons. »

La droite a voté comme l’extrême droite

En revanche Pierre Huguet regrette : « Aujourd’hui la droite a voté comme l’extrême droite contre la dénomination de cette école. Et je dirai qu’il s’agit plutôt d’interroger l’opposition sur cette question. Il ne s’agit absolument pas de créer une polémique autour de cette dénomination d’école, au contraire, il s’agit de regarder notre histoire en face, la colonisation est un fait historique, les faits sont têtus, la colonisation s’est accompagnée d’atrocités commises et finalement ce que nous avons fait aujourd’hui vise à poser cet acte, à regarder notre histoire pour ce qu’elle est. Et puis, aussi, de souligner combien il y a des choses qui nous rassemblent et, notamment, autour de cet homme : Ahmed Litim ».

Propos recueillis par Mireille BIANCIOTTO

La libération de Marseille

Le 20 août 1944, l’insurrection de Marseille contre l’occupation allemande voit les premiers combats se dérouler alors que la veille le général de Lattre de Tassigny avait reçu l’ordre du général Patch, commandant la 7e armée américaine, de prendre Toulon et Marseille. Mal armés et peu nombreux, la position de la résistance marseillaise est critique jusqu’à l’arrivée des tirailleurs algériens de la 3e division d’infanterie algérienne (3e DIA) du général de Monsabert et les goumiers marocains du général Guillaume appuyés par le Combat Command 1 (CC1) de la 1re division blindée (1re DB) qui pénètrent dans Marseille le mercredi 23. Du 23 au 27 août, la bataille fait rage. Le 25 août a lieu l’assaut de Notre-Dame-de-la-Garde par les 1ère et 2e Compagnies du 7e Régiment de Tirailleurs Algériens, appuyés par les blindés du 2e Escadron du 2e Cuirassiers. Le char Jeanne d’Arc, sévèrement touché, est immobilisé devant l’Évêché, et trois de ses cinq occupants sont tués sur le coup. Les combats avec l’armée allemande se poursuivront plusieurs jours, jusqu’à la capitulation du général Schaeffer le 28 août. Le 29, le général de Lattre assiste au défilé de l’armée d’Afrique sur la Canebière. Le char Jeanne d’Arc a été restauré et inauguré comme monument commémoratif le 25 août 1946.

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