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Les carrières : la première pierre de l’industrie française

dimanche 21 juillet 2013

Peu médiatisées, jouissant d’une image pas toujours flatteuse, les carrières de pierre sont pourtant indispensables à l’activité du BTP, la première industrie du département des Bouches-du-Rhône. Cette industrie traditionnelle, qui obéit à une logique de proximité, s’attache pourtant à prendre en compte l’environnement et multiplie les initiatives pour faire connaître son métier.

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Trois carrières de pierre, dont celle de Sainte-Marthe au Nord de Marseille, alimentent en matière première les grands chantiers de la cité phocéenne. (Photos Philippe MAILLÉ)
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"Plus on est proche des bassins de consommation, moins on consomme de camions et de CO2. Le produit est également moins cher, si bien qu’au final la construction l’est aussi", explique Guy Laborde, directeur du groupe Bronzo-Pérasso.
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Si la carrière de Sainte-Marthe n’était plus exploitée, il faudrait quand même alimenter les deux centrales à béton installées sur le site. "On passerait de 400 à 800 camions par jour sur le chemin des Bessons", indique Guy Laborde.

La construction du nouvel hôpital Ambroise Paré, qui regroupera les deux anciens établissements Ambroise Paré et Paul Desbief, sur le site d’Euroméditerranée à Marseille ? 60 000 mètres cubes de béton, soit 120 000 tonnes de cailloux. La Tour CMA-CGM ? 160 000 tonnes de cailloux. Le chantier de la L2 ? 500 000 tonnes de cailloux, ainsi que 300 000 tonnes de cailloux d’ajout, soit environ 800 000 tonnes de pierres sur 3 ans. Quant au chantier de rénovation du stade Vélodrome, il nécessitera 140 000 tonnes de cailloux livrées exclusivement par la seule carrière de Saint-Tronc, exploitée par la société des Carrières et Bétons Bronzo-Pérasso (CBBP), la plus grande de la cité phocéenne qui s’étend sur 200 hectares au sud-est de la ville. Autant de chiffres qui donnent un relief particulier à la réalité, souvent ignorée, que livre sans détour Guy Laborde, directeur du groupe Bronzo-Pérasso : « La pierre est le deuxième produit le plus consommé en France après l’eau, avec 7 à 9 millions de tonnes (Mt) consommées par habitant chaque année ».
A Marseille, trois carrières alimentent en matière première les grands chantiers de la ville : celle de l’Estaque (16e), exploitée par le groupe Lafarge, et celles de Sainte-Marthe (14e) et Saint-Tronc (10e), propriétés du groupe Bronzo-Pérasso. Elles produisent et commercialisent du béton, des granulats et autres matériaux de carrières qui s’adressent pour l’essentiel au secteur du bâtiment, travaux publics et postes de transformation (préfabrications, postes d’enrobage, centrales à béton). Les produits extraits des carrières ont en effet des destinations très larges. Ils sont employés dans le Béton prêt à l’emploi (BPE) que ce soit pour la construction de maisons individuelles ou de logement collectifs, pour la réalisation d’ouvrages d’art ou de génie civil, pour certaines voiries et aménagements urbains ou bien encore pour les bétons décoratifs. On les utilise aussi dans la fabrication de produits en béton manufacturés comme les agglos, les poutrelles ou les tuyaux, dans les couches de roulement des chaussées et le ballast, dans la fabrication du ciment, de l’acier, des tuiles ou du verre, ainsi que pour la constitution des charges minérales nécessaires dans l’industrie du papier, des plastiques, des peintures, des revêtements, des adhésifs, de l’agriculture ou de la pharmacie.

« Il faut faire comprendre aux riverains de manière pédagogique l’intérêt de cette activité »

Dans la région PACA, 240 exploitations de carrières destinées à différents usages (granulats, ocre, pierre de taille...) et de dimensions diverses (familiales ou industrielles) sont recensées à ce jour - alors que la Corse en compte également 27, 14 en Haute-Corse et 13 en Corse du Sud - pour une production d’environ 32 Mt de matériaux. Les productions sont à l’image du tissu industriel des départements : élevées dans les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes, faibles dans l’arrière-pays.
L’activité réglementée des carrières est ainsi absolument indispensable au secteur du BTP, la première industrie du département qui représente 7% des emplois dans les Bouches-du-Rhône. Elles n’ont pourtant pas bonne presse car, comme le souligne Guy Laborde, également président de l’Unicem PACAC (Provence-Alpes-Côte d’Azur-Corse), l’un des 19 syndicats régionaux de l’Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction (Unicem), les renouvellements d’autorisation d’exploitation sont toujours difficiles à obtenir. Les riverains, électeurs des maires qui gèrent leur document d’urbanisme, voient en effet souvent d’un mauvais œil une carrière à proximité de leur lieu d’habitation. L’activité, peu médiatisée, reste aujourd’hui encore synonyme aux yeux du grand public de nuisances sonores, productions de poussières ou trafic incessant de camions. « Nous sommes en pleine démocratie sociale. Il faut faire comprendre aux riverains de manière pédagogique l’intérêt de cette activité : s’ils sont convaincus, les élus le seront aussi », résume Guy Laborde.
Une démonstration que le groupe Bronzo-Pérasso a parfaitement réussie sur le site de Sainte-Marthe qui a obtenu, il y a trois ans, une nouvelle autorisation d’exploitation pour dix ans, c’est-à-dire jusqu’à juillet 2020. « Deux centrales à béton et une centrale à graves traitées sont installées sur le site. On consomme ainsi sur place la moitié, 250 000 tonnes, de ce que l’on produit. Personne ne les voit et les camions les amènent ensuite sur les chantiers. Si nous ne disposions plus de l’autorisation d’exploiter la carrière, nous serions obligés d’alimenter les deux centrales à béton du site en faisant venir les matières premières de l’extérieur : on passerait de 400 à 800 camions par jour sur le chemin des Bessons », souligne le directeur du groupe Bronzo-Perasso.

« Plus on est proche des bassins de consommation, moins on consomme de camions et de CO2 »

Un raisonnement qui a convaincu le maire de secteur Garo Hovsépian (PS). « Il comprend cette activité, nous avons un très bon dialogue », indique le président de l’Unicem PACAC. Egalement conquise, l’association de protection de l’environnement Colinéo-Assenemce, présidée par Monique Bercet, qui vise à sauvegarder le patrimoine naturel et culturel du nord-est de Marseille, de la chaîne de l’Étoile et du massif du Garlaban. Elle avait ainsi demandé à ce que le renouvellement d’autorisation d’exploitation soit accordé à la carrière.
Un renouvellement d’autant plus crucial que les trois carrières phocéennes ne sont pas de trop pour nourrir l’activité du BTP sur la ville. Selon les projections de l’Unicem PACAC, la production sera même en déficit de 3 Mt par rapport aux besoins du secteur en 2015 dans les Bouches-du-Rhône. Il ne faut donc absolument pas qu’une carrière ferme sur Marseille. « On a fait une simulation en fonction du marché pour le BTP, et on a comparé par rapport aux carrières utilisées. Si certaines ne sont pas renouvelées, il faudra importer des cailloux d’autres départements, d’autres régions, ou encore via des importations par bateaux. L’idée, ce n’est pas d’ouvrir d’autres carrières, mais de pouvoir continuer à exploiter celles qui existent », étaye Guy Laborde.
Or, devoir importer la matière première serait un comble pour une industrie traditionnelle qui obéit à une logique de proximité. « Plus on est proche des bassins de consommation, moins on consomme de camions et de CO2 : c’est bon pour l’environnement et cela diminue les nuisances. Le produit est également alors moins cher, si bien qu’au final la construction l’est aussi », souligne-t-il.
Un argumentaire que l’Unicem a également déployé au niveau national à l’attention d’Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif. « Nous lui avons expliqué tout l’intérêt de notre filière minérale car le caillou est un produit naturel, pas chimique. La carrière est une activité non délocalisable, qui crée de l’emploi en France : on compte un emploi direct pour 3 indirects, hors activité du BTP », insiste le président de l’Unicem PACAC.
Tout le contraire, à ses yeux, des filières ayant recours au bois. « On subventionne le bois mais il s’agit d’un bois industriel qui vient de Pologne. Cela envoie de la valeur ajoutée à l’extérieur et nuit à la balance commerciale de la France. En outre, cela détruit de l’emploi dans la filière minérale », conclut-il.

Serge PAYRAU

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