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Marseille- Bouches-du-Rhône : la polémique enfle autour du dossier des mineurs isolés

vendredi 5 mars 2021

La ville de Marseille a pris en charge des mineurs isolés et reproche au Département des Bouches-du-Rhône de ne pas remplir ses "obligations". Martine Vassal, la présidente du Département dénonce pour sa part une « instrumentalisation de la misère ». Le PCF et EELV réagissent vivement.

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Les mineurs-isolés © Photo illustration d’un tableau du peintre CAM

Le Département a opposé un silence coupable à la détresse de ces enfants

La polémique démarre le 2 mars, jour lors duquel la mairie de Marseille met à l’abri 38 mineurs isolés. Elle indique via un communiqué avoir mis à l’abri des mineurs « abandonnés par le département des Bouches-du-Rhône ». Précisant encore : « Aujourd’hui, des mineurs isolés, dont certains vivant dans la rue depuis plusieurs mois, se sont présentés à la mairie de Marseille ». Dès leur arrivée, Audrey Garino, adjointe au maire de Marseille en charge des affaires sociales, les a reçus pour écouter leurs demandes. Le communiqué ajoute : « Toute la journée, la ville de Marseille a sollicité la Présidente du Département qui a pourtant l’obligation de prendre en charge tous les enfants en danger du territoire. Le Département a opposé un silence coupable à la détresse de ces enfants ».

Martine Vassal, présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence ne manque pas de réagir dans un communiqué au titre sans équivoque : « Instrumentaliser la misère : le triste calcul d’une partie de la Gauche ». Elle déclare alors que : « la situation des mineurs non accompagnés (MNA) sur notre territoire ne cesse de se dégrader depuis de nombreux mois. Les arrivées de jeunes migrants sont continues depuis 2015, dans des proportions toujours plus importantes. Les capacités d’accueil de l’aide sociale à l’enfance sont continuellement saturées et ce, malgré la création massive de nouvelles places, chaque année. Aucun des conseillers départementaux qui siègent à la ville de Marseille ne l’ignore ».

Il est toujours plus facile de critiquer que de faire

Martine Vassal assène : « Parfaitement consciente de l’effort que tout l’appareil départemental déploie pour résoudre cet épineux problème, la majorité municipale préfère instrumentaliser cette situation à des fins politiciennes ». Ajoute encore : « Comment la majorité municipale peut-elle procéder ainsi alors qu’elle prétend vouloir accueillir les migrants ? Il est toujours plus facile de critiquer que de faire. Saturation permanente des dispositifs d’accueil malgré les augmentations, difficulté à établir avec précision l’âge de ces mineurs en l’absence de tout papier d’identité pouvant établir leur âge réel, il est décidément bien imprudent de faire des MNA un enjeu de politique politicienne locale ». Et d’affirmer : « Finalement, cette majorité municipale, qui ne perd jamais une occasion de nous rappeler à quel point elle est humaniste, se révèle être prête à toutes les manœuvres, y compris les plus sombres, pour affirmer sa volonté d’accueillir les migrants, sans jamais estimer avoir à les prendre en charge. Voilà l’humanisme de la gauche marseillaise ».

Il n’est pas question de mettre en danger le dispositif de prise en charge des MNA

Elle annonce : « Le Département des Bouches-du-Rhône, respectueux des décisions de justice, prendra en charge les 7 mineurs et non 38 comme faussement indiqué bénéficiant d’une ordonnance de placement provisoire et attendra le retour de l’évaluation de la minorité pour les autres personnes. Il n’est pas question de mettre en danger le dispositif de prise en charge des MNA pour répondre à une préoccupation de politique politicienne portée par les élus de Marseille et les associations qui lui sont inféodées ».

À Marseille, il ne peut pas y avoir des enfants qui dorment à la rue

Concernant cette mise à l’abri, Benoît Payan insiste via son compte Twitter « Ce n’était pas de notre responsabilité, mais c’était notre devoir. À Marseille, il ne peut pas y avoir des enfants qui dorment à la rue, quelle que soit leur histoire ou leur couleur de peau ».

Pour Martine Vassal mettre à l’abri des mineurs isolés et leur donner une chance d’un avenir plus radieux, relève de "l’instrumentalisation de la misère"

Le PCF 13 fait part « de son indignation » après avoir pris connaissance des propos de Martine Vassal. Il écrit dans un communiqué : « Pour Mme Vassal accueillir des mineurs isolés, les mettre à l’abri et leur donner une chance d’un avenir plus radieux, relève de "l’instrumentalisation de la misère" et ceux qui préservent l’enfance "contribuent au trafic d’êtres humains" et renforcent " l’exploitation de la misère" et "que la somme dépensée aurait pu l’être ailleurs" ».

EELV a également réagi par un communiqué dans lequel il note : « Martine Vassal, présidente de la Métropole et du Département des Bouches du Rhône, déplore publiquement l’utilisation de moyens financiers pour mettre à l’abri des mineurs qu’elle appelle des "migrants" : "Ces moyens pourraient être mis à disposition de nos habitants en situation d’extrême fragilité", écrit-elle sur les réseaux sociaux. Hiérarchiser la souffrance de mineurs est-ce digne d’une élue de la République ? ».

La loi française ne reconnaît pas le statut de mineur "étranger" ou "migrant" et, tout enfant, indépendamment de sa nationalité, est éligible aux dispositifs de protection de l’enfance

EELV poursuit : « Nous tenons à rappeler à Martine Vassal ses obligations en tant que présidente du département du 13. La loi française ne reconnaît pas le statut de mineur "étranger" ou "migrant" et, tout enfant, indépendamment de sa nationalité, est éligible aux dispositifs de protection de l’enfance, conformément aux engagements de la France, pris dans la convention internationale des Droits de l’enfant.

Nous invitons Martine Vassal à se ressaisir et à cesser ses polémiques qui ne font qu’attiser la haine de l’Autre

Cette volonté de protéger les mineurs est un engagement fort de notre pays en faveur de l’enfance et doit le demeurer. Nous invitons Martine Vassal à se ressaisir et à cesser ses polémiques qui ne font qu’attiser la haine de l’Autre. Comment peut-on mettre en compétition des enfants qui ont besoin d’être protégés ? La présidente du département des Bouches-du-Rhône ne devrait-elle pas plutôt avoir à cœur de faire appliquer la loi française, dont elle est garante en tant qu’élue. Cela évitera aussi au département une nouvelle condamnation juridique [1] . L’urgence est aujourd’hui de mettre ces jeunes à l’abri ».
Jean EYGUESIER

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[1Face à l’inaction du département des Bouches-du-Rhône, Médecins sans frontières et Médecins du Monde avaient déposé le 20 mai 2020 un référé-liberté au tribunal administratif de Marseille. L’ordonnance est tombée le mardi 26 mai : le tribunal administratif de Marseille ordonne au département "une prise en charge individuelle, sociale, sanitaire et éducative adaptée", et ce dans un délai de 8 jours.

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