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Marseille. Conférence de Manoël Penicaud : ’Pèlerinages et lieux saints partagés en Méditerranée’

mercredi 21 décembre 2022

C’est un hôte de marque que l’Association provençale pour Compostelle a accueilli cette semaine à Marseille. Originaire de Pertuis, anthropologue au CNRS, chercheur a l’Institut d’ethnologie méditerranéenne, européenne et comparative, Manoël Penicaud vient en effet de donner une inspirante conférence devant les amis marseillais de Saint Jacques de Compostelle, sur le thème : "Pèlerinages et lieux saints partages en Méditerranée".

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Borne zéro du chemin de Saint-Jacques de Compostelle, située sur le parvis de l’église des Accoules de Marseille (Photo B.V)

Manoël Pénicaud s’est attaché à présenter la fréquentation des lieux saints ainsi que la pratique des pèlerinages sur tous les points cardinaux de la Méditerranée. Il en ressort une réalité contemporaine complexe et foisonnante, bien loin des clichés, des préjugés et des images préconçues.

L’espace méditerranéen est constellé de lieux saints

C’est tout d’abord un tissu très dense de lieux saints et de chemins de pèlerinages liés à chacune des trois religions monothéistes qu’un examen attentif révèle sur tous les rivages de la Méditerranée. Ce fourmillement de « réseaux secondaires », très vigoureux à l’époque contemporaine, vient donner de la profondeur aux grands pôles spirituels que sont Jérusalem, Rome ou La Mecque. L’espace méditerranéen est en effet constellé de lieux saints et parcourus de nombreux « chemins », les uns et les autres de plus en plus fréquentés. L’essor du chemin, (il serait plus approprié de parler des chemins) de Saint-Jacques de Compostelle, la revitalisation du pèlerinage du Mont Saint-Michel en porte témoignage. Plus près de nous, la toute récente réactivation du chemin depuis les Saintes-Maries-de-la-Merjusqu’au sanctuaire de la grotte Sainte Marie-Madeleine, lancée et conduite par la Région Sud, conjugue avec bonheur la beauté d’un territoire et de sa nature avec la spiritualité des lieux sacrés ou Marie-Madeleine, disciple du Christ, a laissé il y a 2000 ans une empreinte ineffaçable.

phénomène social global

Cette vitalité des lieux saints et des pèlerinages dans l’espace méditerranéen se nourrit aujourd’hui d’une fréquentation croissante au point de devenir un véritable « phénomène social global ».

Si pendant des siècles, la quête de la rédemption, la pénitence ou la vénération des reliques inspiraient les pèlerins de toutes les confessions et de tous les horizons, il en va autrement désormais des motivations qui animent les pèlerins du 21e siècle. Certes, la ferveur religieuse et la recherche de spiritualité demeurent importantes, mais le phénomène est devenu hétérogène et multidimensionnel, la palette des motivations s’étant considérablement étendue : mise a l’épreuve de soi-même, besoin de se ressourcer, faire un pas de côté par rapport au matérialisme qui imprègne toutes les sociétés modernes, recherche du lien avec les autres, désir de redonner du sens à la vie et de pouvoir entrer en dialogue singulier avec Dieu, sont autant de raisons qu’invoquent les femmes et les hommes au moment de s’engager sur les chemins de la Méditerranée. Pour sa part, la modernité n’est pas effacée si l’on en juge par l’effet démultiplicateur et amplificateur des réseaux sociaux qui peuvent littéralement transformer un pèlerinage individuel en démarche de toute une communauté de « followers » au gré des photos et commentaires postés par le pèlerin.

Des démarches individuelles peuvent traverser les frontières religieuses

dès lors, il est curieux d’observer que des démarches individuelles peuvent traverser les frontières religieuses (sans qu’il y ait conversion). Ainsi en est-il du chemin de Saint-Jacques de Compostelle que des pèlerins musulmans empruntent. De l’autre coté de la Méditerranée, sur l’île de Buyukada, située à quelques encablures d’Istanbul, ce sont des dizaines de milliers de pèlerins turcs musulmans qui viennent chaque année, à l’occasion de la fête de la Saint-Georges (23 avril) prier leur dieu…dans le modeste monastère orthodoxe qu’abrite cette île, bel exemple d’un lieu saint partagé. Au Maroc, dans le cimetière juif de la ville d’Essaouira, c’est la tombe du rabbin Haïm Pinto (18e siècle) qui fait l’objet d’un culte remarquable, tandis qu’en Tunisie, ce sont des milliers de pèlerins juifs qui chaque année viennent prier à la synagogue de la Ghriba sur l’île de Djerba, en terre musulmane, autant de lieux et de moments ou la géopolitique le cède à la tolérance et au respect. Difficile de trouver meilleur endroit que Marseille pour tenir cette conférence et en illustrer l’esprit, au pied de Notre-Dame-de-la-Garde, vénérée par tous les Marseillais, de toutes origines et confessions.

une quête propre a chaque individu

A l’heure où la religion cristallise l’altérité et nourrit trop souvent la peur de l’autre, ce témoignage est bienvenu et renvoie les Hommes, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, à leur condition humaine et à la complexité de leur recherche de sens et d’espoir. Il s’agit là d’une quête propre à chaque individu mais dont l’addition des itinérances spirituelles peut dépasser les frontières religieuses, beaucoup plus souvent qu’on ne le croit.

Creuset des trois religions monothéistes, la Méditerranée n’a pas fini de nous étonner, de nous inspirer et, souhaitons le, de rapprocher ceux qu’elle héberge.
Bernard VALERO

Manoël Pénicaud est l’auteur de plusieurs ouvrages :
- « Louis Massignon, le catholique musulman ».
- « Le réveil des sept dormants : un pèlerinage islamo-chrétien en Bretagne ».
- « Dans la peau d’un autre : pèlerinage insolite au Maroc avec les mages Regraga ».
Manoël Pénicaud a contribué à de nombreuses publications. Il a été par ailleurs le commissaire de la remarquable exposition présentée pour la première fois au Mucem en 2015, "Lieux Saints partagés", une exposition dont le succès ne s’est pas démenti lorsqu’elle a ensuite été présentée au musée du Bardo à Tunis, au musée d’art contemporain de Thessalonique, au musée des confluences à Marrakech, au musée de l’histoire de l’immigration à Paris, à la galerie Depo à Istanbul, et à la New York public Library.

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