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Marseille. L’Alfred Merlin, le bateau du futur pour retrouver le passé

lundi 12 juillet 2021

Alfred Merlin, nouveau navire de recherche archéologique subaquatique et sous-marine du -Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) dont le siège est à l’Estaque à Marseille (16e) depuis sa création en 1966- vient d’être inauguré en présence d’Annick Girardin, ministre de la Mer et Roselyne Bachelot, ministre de la Culture. Dans ce cadre, la ministre de la mer est notamment revenue sur la question des croisières mettant en avant les avancées réalisées dans la lutte contre la pollution...

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Annick Girardin, ministre de la Mer était à Marseille pour l’inauguration de l’Alfred Merlin ©Mireille Bianciotto

Annick Girardin, ministre de la Mer était à Marseille pour évoquer l’archéologie sous-marine, les infrastructures portuaires et le secteur de la croisière. Rappelant : « On parle beaucoup du droit de la mer, on en parle de plus en plus, c’est mon souhait pour évoquer la responsabilité de ces États qui ont des étendues maritimes comme la France ». Elle a inauguré en présence de Roselyne Bachelot, l’Alfred Merlin, navire doté des toutes dernières technologies qui prend la mer à la recherche des quelque 200 000 épaves perdues dans les espaces maritimes français avec à son bord une flotte de robots. Il effectuera sa première mission fin juillet au large de Bonifaccio.

Entretien avec Michel L’Hour, ancien directeur de recherche en archéologie sous-marine 15 ans durant et à la DRASSM pendant 40 ans

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Michel L’Hour © Mireille Bianciotto

L’Alfred Merlin est un navire de pointe pour l’archéologie sous-marine. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?
C’est un navire extrêmement moderne qui dispose de tous les systèmes électroniques susceptibles de favoriser le travail de détection des épaves, des anomalies qui se trouvent au fond de la mer. Il dispose d’une flotte de robots pour analyser ces anomalies et, il permet de faciliter des plongées humaines. Il est capable de traverser les océans en emportant avec lui une équipe scientifique et technique de 28 personnes, équipage inclus. Les recherches s’effectuent dans les eaux sous juridiction française qui est quand même le 2e territoire maritime au monde, et puis aussi à l’international puisque c’est aussi la vocation de la France de pouvoir assister et conseiller les pays qui ne disposent pas de la même technologie et qui souhaitent bénéficier de l’appui de la France, en tant que conseiller, pour réaliser l’audit d’expertise d’épaves.

On voit l’archéologie changer, aurez-vous assez de personnes pour agir ?
Oui, a priori, les postes sont renouvelés, la preuve, il y aura un directeur, après moi, donc c’est plutôt bon signe, n’est-ce pas ?

Vous dites que la mer est le plus grand musée du monde avec ses trésors mais c’est aussi le premier domaine du pillage des œuvres d’art. Que faut-il faire pour empêcher cela ?
Précisément la meilleure protection, finalement, c’est d’inventorier l’intégralité de ces trésors, de les analyser, de prendre des mesures de protection spécifique. C’est ce que fait la France dans son espace maritime. J’ai été, très longtemps, membre du conseil scientifique de l’Unesco et notre propos consistait à essayer de stimuler d’autres pays à faire de même, c’est la meilleure protection contre le pillage.

Entretien avec Michel L’Hour

A propos des croisières

entretien avec Jean-François Suhas, pilote du Port de Marseille Fos, président du conseil de développement du port de Marseille Fos et président du Club de la Croisière Marseille-Provence

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Jean-François Suhas ©Destimed

Quel regard portez-vous sur cette visite de la ministre de la Mer ?
Il faut savoir que nous avons plusieurs tutelles dans les croisières. Nous sommes ravis d’accueillir la ministre de la Mer alors que nous avons une véritable reprise de la croisière à Marseille. La ministre vient se rendre compte in situ de ce que nous avons déjà fait. Nous allons visiter les terminaux avec elle, et surtout parler du futur, de la "Convention électrique à quai", sur laquelle le gouvernement est très engagé.

On a vu que le navire "Diamond Princess" était un cluster mais, la filière croisière a pris nombre de mesures, lesquelles ?
On redémarre dans des conditions qui sont draconiennes avec des limitations du nombre de passagers. Tout cela c’est la partie opérateurs en revanche on s’est aperçus, avec le Club de la croisière qu’un travail était à accomplir à terre. Un écosystème se met en place, ce que l’on appelle des excursions bulles qui sont voulues par les opérateurs. Les chauffeurs de bus par exemple sont identifiés, testés, ils sont dans des espaces avec des distanciations sociales et, quand ils vont au restaurant, par exemple, ce sont des restaurants dédiés.

Il y a une levée de bouclier contre les bateaux de croisière en raison d’un important niveau de pollution générée. On va commencer par la pollution en mer est-ce qu’ils utilisent toujours le fuel lourd ?
Mais non, justement il y a beaucoup de choses qui ont changé. C’est vrai que, d’une manière globale, il y a eu un changement mondial de carburant en 2020. Il s’applique aux paquebots comme aux autres navires et impose d’avoir du 0,5 de taux d’oxyde de sulfure réduit, c’est un premier point qui est très important. Mais, surtout, nous avons signé à Marseille une Charte bleue en 2019 qui, évidemment, devait s’appliquer le 1er janvier 2020, signée par les opérateurs principaux. Aujourd’hui, nous avons, à Marseille par exemple, l’obligation à quai mais aussi en mer d’utiliser le carburant le plus désulfuré. Nous avons des bateaux GNL, sans oublier l’électrification à quai qui avance. La ministre vient nous voir pour justement découvrir l’avancée de tous ces travaux...

Combustion en mer, production d’électricité à quai pour les branchements à quai, horizon 2025 et rien en 2021 ?
En 2021, il y a des bateaux au gaz pour lesquels il n’y a plus de particules fines, pas de polluants avancés. Il faut savoir, quand nous brancherons ces bateaux, nous serons les premiers au monde à le faire quasiment parce que ce qui a été fait, aux États-Unis, sans rentrer dans trop de détails techniques, ce sont des connexions avec des fréquences équivalentes, alors que nous, en France, nous convertissons cette fréquence, sur des puissances assez importantes.

La nouvelle majorité municipale n’est pas dans les mêmes termes avec le Club de la croisière que la précédente, comment l’avez-vous perçu ?
C’est une frustration, je ne peux pas vous dire le contraire parce qu’effectivement c’est quand même très politique. Quand on dit qu’on utilise des mauvais carburants, à Marseille, provenant des culs de fosse ou autre, c’est, évidemment, une contre-vérité. Nous avons des bateaux au gaz. Et, quand on dit qu’on a les plus vieux bateaux qui viennent à quai, on ignore que nous venons d’accueillir également un bateau qui a 4 ans, et un troisième est attendu qui, lui aussi est neuf. Nous avons donc les bateaux les plus modernes. Et j’ajoute que ma porte est ouverte et je tiens à dire que je travaille très bien avec Monsieur Barles.

Les compagnies maritimes, ce sont des multinationales, les tours opérateurs qui organisent des excursions sur terre, ce sont, aussi, des multinationales, comment un Club de la croisière ou encore une municipalité comme Marseille peuvent peser par rapport à ces mastodontes ?
C’est exactement pareil, on pourrait parler de l’hôtellerie ou de n’importe quelle société multinationale basée à Marseille. Mais n’oublions pas que les gens qui y travaillent ont des contrats de droit français. C’est une erreur monumentale d’imaginer qu’il y aurait des travailleurs détachés. Non, tous les gens qui travaillent, les 2 000 emplois revendiqués aujourd’hui par la croisière à peu près 3000, si on rajoute Ponant, sont dans des sociétés de droit français.

Je ne parlais pas du problème des travailleurs détachés, mais celui des Tours opérateurs qui menacent les offices de tourisme locaux ?
Pas du tout, l’office de tourisme, par exemple est un partenaire du Club qui vend des produits lui-même en tant qu’Office de tourisme qui sont achetés par les croisiéristes. Après ces derniers font ce qu’ils veulent, alors certains, effectivement, utilisent les services de l’opérateur qui vend des excursions à bord. Mais le bus est un bus d’une compagnie régionale, les restaurants sont des sociétés françaises, il n’y a jamais de sociétés étrangères.

Entretien avec Jean-François Suhas

Propos recueillis par Mireille BIANCIOTTO


Entretien avec Annick Girardin, ministre de la Mer

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Annick Girardin ©Mireille Bianciotto

Les riverains se plaignent de la pollution générée par les bateaux de croisières. qu’est-ce que l’État peut faire ? La Région finance l’électricité à quai, les opérateurs disent qu’ils n’utilisent plus le fioul lourd. Qu’en est-il exactement ?
Il est vrai que la Méditerranée a besoin que l’on se porte à son chevet, sur la protection de la biodiversité, sur des solutions apportées aux différentes pollutions, que l’on parle de plastique, de pollution de l’air. Mais un gros travail est déjà accompli à la fois avec les armateurs, le Grand port maritime de Marseille, les élus pour que nous puissions lutter contre ces pollutions. En fin de compte Marseille, très certainement en 2025, sera en avance en matière de CO2 mais aussi, plus largement, sur les autres pollutions existantes. Les armateurs de croisières font d’énormes efforts. Ils comprennent bien qu’aujourd’hui on ne peut plus avoir les mêmes comportements qu’il y a 10 ans. Il ne faut pas laisser penser que nous ne sommes pas dans la dynamique des solutions.

On a vu aussi l’archéologie sous-marine, la mer, l’océan, ce grand musée de vestiges victime de pillage. Il est évident qu’il faut un engagement des États, là aussi, que peut faire la France ?
La France a des droits, bien entendu, parce qu’elle a un énorme domaine maritime, le 2e domaine maritime qui est d’une surface de 11 millions de km², et nous avons aussi des devoirs. Ces devoirs consistent à porter haut et fort plusieurs messages. Un message concernant l’environnement maritime, bien commun, qui soit effectivement davantage protégé et développé de manière durable. Le rôle du ministère de la Mer est de planifier les activités pour, à la fois, protéger et accompagner les différents porteurs de projets, que l’on parle de tourisme, d’éoliennes en mer, de pêche, de lieux de protection avec les aires marines. Et puis, le rôle de la France d’avoir est de porter des messages forts à l’international.

La France est engagée dans une démarche pour sa Zone économique exclusive (ZEE), vous êtes attachée à l’île de Saint-Pierre et Miquelon, où en est-on ?
Il s’agit, au-delà de la ZEE, des revendications sur ce qu’on appelle le plateau continental. La France a des revendications sur l’ensemble des territoires ultra-marins dans l’ensemble des océans. Le dossier Saint-Pierre et Miquelon, comme d’autres dossiers sont en attente d’être examinés par la commission des Nations Unies. Nous avons bon espoir sur ce dossier, comme sur tous les autres de pouvoir avoir, effectivement, gain de cause, c’est la question d’une revendication de nos droits.

Entretien avec Annick Girardin

Propos recueillis par Mireille BIANCIOTTO


Benoît Payan, maire de Marseille

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Benoît Payan ©Ville de Marseille

Benoît Payan, le maire de Marseille tient à saluer Michel L’Hour avant de rappeler : « Nos immensités maritimes ont depuis le début des siècles été parcourus par d’intrépides aventuriers. Pour autant, le monde du silence reste un étranger aux mystères parfois insondables. A l’évidence, les fonds marins nous subjuguent et nous font rêver et ne laissent personne insensible. Si les fonds marins restent des déserts, ils sont de plus en plus fréquemment explorés. C’est là que viennent aussi s’échouer les navires perdus comme des traces d’une humanité hors du temps qui s’empilent par strates comme des témoignages figés par le sel et le silence ». Il se félicite : « L’Alfred Merlin sera un outil de premier plan pour permettre des missions off shore complexes à travers le monde entier, et offrir aux équipes scientifiques les meilleures conditions et les technologies les plus récentes pour étudier et comprendre notre
passé. En hommage au travail des fonctionnaires du DRASSM, en hommage à la part de rêve que ce navire offre aujourd’hui à Marseille et au monde, je voudrais citer ces quelques mots de l’épigraphe à Saint-Exupéry, tirée du roman Terre des hommes : "Nous sommes solidaires, emportés par la même planète, équipage d’un même navire"
 ».
M.B.


Alfred Merlin

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Alfred Merlin, nouveau navire de recherche archéologique subaquatique et sous-marine © Mireille BIANCIOTTO

Alfred Merlin (1876-1965) était un historien et archéologue qui en tant que directeur du service des antiquités en Tunisie a organisé la première fouille archéologique sous-marine de l’histoire, en 1907, sur l’Épave de Mahdia. Un site qui abrite un navire grec ayant coulé au 1er siècle avant notre ère et à l’intérieur duquel les plongeurs ont retrouvé une très grande variété d’œuvres d’art et de matériaux de construction, pour la plupart exposés au musée du Bardo à Tunis. C’est pour rendre hommage à ce pionnier de l’archéologie sous-marine que le DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marine) a décidé de nommer son troisième navire de son patronyme. Après son baptême et dès cet été, l’Alfred Merlin sera en mer et pour sa première mission, il sera chargé de soutenir une équipe internationale qui doit assurer une campagne d’exploration, sous l’égide de l’Unesco, des "Bancs de Skerki". Un site situé dans les eaux internationales, entre l’Italie et la Tunisie, qui abrite, à 200 mètres de profondeur, les épaves de cinq navires romains datant d’une période comprise entre le 1er siècle avant J.-C. et le 4e siècle après J.-C...

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