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Marseille. On a vu à la Criée Viripaev et Labiche deux pièces sur la quête de vérité

samedi 21 décembre 2019

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"Les guêpes de l’été nous piquent encore en novembre" de Ivan Viripaev (Photo D.R.)

C’est une pièce finalement grave que cette comédie « Les guêpes de l’été nous piquent encore en novembre » donnée à La Criée avec en deuxième partie « L’affaire de la rue de Lourcine » farce burlesque signée Eugène Labiche. Signée Ivan Viripaev et publiée aux éditions « Les solitaires intempestifs » dans une traduction de Tania Moguilevskaia et Gilles Morel ces « guêpes » évoquent au final la solitude, la douleur de se sentir incompris, dépossédé de soi-même, et trahi par ses proches. Cherchant une vérité qui se dérobe Elena (35-40 ans) appelée Sarra, mariée à Mark (60-70 ans), surnommé Robert, et leur ami Joseph (60-70 ans), alias Donald s’affrontent sur le fait de savoir si Markus était ou pas chez Sarra ce lundi et si il est ou non son amant. Sur fond de suspicion, de dérèglement de la logique, (les personnages ont un double prénom), d’évocations de situations douloureuses, comme l’avortement de Marta la femme de Donald, l’auteur perd le spectateur pour mieux le centrer autour de l’idée que le réel n’est jamais certain et que l’imagination restructure autant notre imagination que les faits bruts. C’est prodigieusement intelligent, et si la mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia manque parfois de rythme, Jean-Charles Clichet -habitué à travailler avec ce metteur en scène et déjà impressionnant dans « Les idoles » de Christophe Honoré donnée à La Criée-, Camille Chamoux et Stéphane Roger dans le rôle de Joseph sont plus que convaincants. Rendant leurs personnages plus mystérieux encore qu’ils ne le sont dans le texte lui-même, ils illustrent avec humour cette phrase célèbre : « Gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge ». La mise en scène qui mêle musique et décors sobres avec de temps en temps des interventions des comédiens au micro, renforce l’aspect loufoque de l’écriture de cette pièce ô combien foisonnante et terriblement humaine. Une comédie de salon qui tourne rapidement à la tragédie métaphysique et dont on sort amusés et très surpris.

Labiche pour des personnages en quête de mémoire.

Que s’est-il passé rue de Lourcine, où une femme semble avoir été la victime de tueurs ? Comment en est-on arrivés là ? Lenglumé et son pote de beuverie Mistingue ne se souvenant plus de rien, demeurent incapables de savoir si oui ou non ils ont commis ce crime. Pourtant tout les accuse, et un rien les accable. Dans cette autre pièce en forme de puzzle que l’on doit à Labiche, il est montré comme chez Viripaev que l’existence est un fait-divers, que notre vanité nous aveugle, que chacun a en lui un démon intérieur et que le pire n’est jamais certain mais parfois tout à fait concevable. Personnages non pas en quête d’identité ou d’auteur comme chez Pirandello, ceux de la rue de Lourcine sont à la poursuite d’une mémoire perdue, et d’une vérité en miettes. Là encore François Bélier-Garcia a choisi pour développer un récit complexe une présentation sobre. Si l’épilogue est un coup de théâtre assez attendu, on saluera la modernité du propos et l’aspect intemporel de l’ensemble. Certes on aurait souhaité peut-être plus de rythme, le côté « portes qui claquent » inhérent à ce genre de farce burlesque faisant parfois défaut, mais les mêmes acteurs que dans l’autre pièce (rejoints par Sébastien Eveno campant deux rôles) nous emballent et nous emportent. Du travail solide, intelligent, pour un cri théâtral rempli d’humour sur la fatuité, et l’ivresse née de son propre déséquilibre.
Jean-Rémi BARLAND
« Les guêpes de l’été nous piquent encore en novembre » par Ivan Viripaev. « Théâtre 2000-2012 » Éditions Les Solitaires intempestifs. 430 pages, 23 €

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