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Marseille. Un voyageur va poser ses valises au Musée Subaquatique

lundi 29 août 2022

C’est ce lundi 5 septembre 2022 que se tiendra la cérémonie d’immersion de la onzième sculpture du Musée Subaquatique de Marseille. Bruno Catalano posera ce jour-là la valise du « voyageur » dans la galerie sous-marine Albert Falco, comme un hommage à tous les migrants qui ont trouvé à Marseille un port d’attache, qui ont enrichi cette ville, hommage aussi à tous les migrants fuyant la guerre, la misère et qui ont trouvé la mort en mer.

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"La Graine et la mer" de Davide Galbiati ©Guillaume Ruoppolo

Le Musée Subaquatique de Marseille (MSM) est une installation « multi-artistes » de 10 œuvres située à 100 mètres au large de la plage des Catalans et immergée à 5 mètres de profondeur. Ce Musée hors du commun qui se révèle être une véritable prouesse artistique, technique, scientifique, pédagogique et environnementale est enfin devenu réalité le 15 septembre 2020.

Ce lundi 5 septembre il va accueillir le Voyageur : Une valise, un homme qui s’en empare, et se lance vers l’inconnu. Voyage volontaire vers un horizon qu’on embrasse et qu’on voudrait infini, ou voyage forcé, contraint par l’exil et la souffrance, en quête de liberté et guidé par la survie. Le voyageur de Bruno Catalano est cet homme livré à lui-même, un homme propulsé dans l’infini du temps et de l’espace. Sa maison n’est plus qu’une valise et son être, progressivement, se dépouillera de tout ce qu’il croyait indispensable, de tout son-moi si savamment construit par nos sociétés.

Il n’est plus l’homme d’un monde, mais l’homme dans le monde, encore empreint de sa culture mais devenu fragile face à l’immensité. Sa quête ne se fera pas sans dommages. Homme défragmenté, déstabilisé, dépouillé de ses repères, il marche vers son salut autant que vers sa perte. Tout sera désormais à réinventer. Ce voyageur s’échappe de lui-même, à la rencontre de sa terre inconnue

Artiste des Voyageurs, Bruno Catalano fait escale de visage en visage

Artiste des Voyageurs, Bruno Catalano fait escale de visage en visage le temps d’une sculpture, cherchant à saisir en chacun de ses modèles le bagage singulier qu’il transporte avec lui. La série devenue emblématique et qu’il poursuit encore aujourd’hui a commencé en 1995 comme le point de résolution d’une épopée familiale et le nouveau départ d’une aventure artistique. Quand il est né au Maroc en 1960, il était déjà le fruit de différents périples. Sa famille, d’origine franco-italienne, aurait des ancêtres Juifs chassés d’Espagne au XVe siècle et réfugiés en Sicile avant de s’installer en Afrique du Nord.

Il a dix ans lorsqu’ils quittent le pays pour venir s’établir à Marseille. Puis, formé par son père au métier d’électricien, il entame à vingt ans sa vie professionnelle en travaillant sur des bateaux pour une compagnie maritime, puis entre à la SNCM. Il est encore loin de l’Art, mais cette expérience restera déterminante dans la construction de sa sensibilité. C’est avec des amis, qu’il découvre d’abord l’artisanat des masques de cuir, puis il se consacre à l’argile à partir de 1991. Déterminé à maîtriser ce matériau, il s’inscrit dans un atelier de modelage et de dessin, et complète sa formation d’autodidacte par ses lectures.

Pas à pas, Bruno Catalano s’installe dans son propre atelier, acquiert son propre four, et fait enfin de la sculpture son activité principale. Il gagne une reconnaissance officielle quand, en 2001, la mairie du 5e arrondissement de Marseille lui confie l’exécution d’un buste d’Yves Montand pour orner le square qui lui est dédié. Il inaugure ainsi une production d’œuvres d’art publique qui va devenir le cœur de son travail. Pendant tout ce temps, Bruno Catalano n’a pas cessé de vouloir parfaire ses représentations, de rechercher toujours plus de justesse et de vérité dans l’expression de ses figures.

Pourtant, sa pratique prend un nouveau tour quand, en 2004, une invention formelle s’invite dans son atelier. Un simple accident de coulée de métal ouvre une brèche dans le corps de la sculpture et dans les habitudes de l’artiste. Il décide de se saisir de cet accident et fait de cette déchirure de la matière un élément central dans la production qui va suivre. Des figurines de ses débuts, il se met à réaliser des figures de plus en plus monumentales, atteignant plusieurs mètres de haut, toujours en bronze et parfois rehaussées de couleurs. Il continue aujourd’hui de faire ce métier de sculpteur dans le sens plein du terme, c’est-à-dire en prise avec la matière physique qui constitue ses œuvres autant qu’avec celle, impalpable, qui façonne l’existence des hommes.
Jean EYGUESIER

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