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Municipales à Marseille. Entretien avec Yvon Berland candidat LREM à la mairie : "On ne peut plus continuer à faire de la politique en ne pensant qu’à son nombril"

mardi 25 février 2020

Yvon Berland, candidat à la mairie de Marseille soutenu par La République en Marche, tête de liste dans les 6e et 8e arrondissements, revient sur nombre de dossiers qu’il entend porter et défendre. Des urgences au rang desquelles le logement, l’école, l’emploi, les transports, la sécurité mais aussi la culture, l’OM, les relations avec l’Europe, la Méditerranée... Entretien.

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Yvon Berland (Photo Robert Poulain)

Destimed : Comment comptez-vous répondre à la fois aux urgences de cette ville et la nécessité de redresser les finances ?
Yvon Berland : Il faut bien mesurer que la gestion de cette ville n’a pas été satisfaisante. On a une dette qui atteint 2 023 € par habitant à Marseille. Elle est deux fois plus élevée que la moyenne des communes de taille comparable (1 139 €). Il faut donc rétablir une gestion conforme et j’ai démontré avec l’AMU que je savais faire. Il faut obtenir la confiance de l’État avec lequel nous devons établir un dialogue gagnant/gagnant. Puis, il faut s’organiser pour aller chercher de l’argent à l’Europe.

Comment Marseille, la deuxième ville de France, n’a-t-elle jamais pu s’organiser pour aller en ce sens ?
Il faut faire du lobbying, avoir des services compétents pour monter les dossiers et les suivre, sachant que le contrôle de l’Europe est draconien. Et puis, il y a la question des fonctionnaires municipaux, la masse salariale atteint plus de 510 M€ et représentait environ 60 % des dépenses totales de fonctionnement de la ville fin 2017. Là encore, et la Chambre régionale des comptes en fait état, il y a des problèmes. La gestion des ressources humaines constitue un enjeu majeur pour la ville de Marseille. D’autant qu’avec une augmentation de près de 11 % entre 2012 et 2017, se traduisant par une dépense supplémentaire de plus de 50 M€ en 2017 par rapport à 2012, la masse salariale de la Ville progresse bien plus rapidement que ce qui est observé dans les communes de la même strate.

Un des symboles de la fracture Nord/Sud réside dans la question du logement. Quels moyens allez-vous allouer pour apporter des améliorations ?
Le logement est l’une des questions centrales. On a un nombre colossal de logements potentiellement indignes, un grand nombre de personnes qui vivent dans du logement dégradé et, le parc de logement social est très insuffisant. Face à cela, il faut en finir avec le phénomène des logements vacants qui se chiffre à plus de 30 000. Il faut ensuite mieux répartir la construction de logements sociaux entre les divers secteurs de la Ville. Nous voulons un audit précis sur les logements insalubres du centre-ville afin de réhabiliter rapidement là où c’est possible. Notre objectif est de réhabiliter 20 000 logements d’ici la fin du premier mandat. Et nous voulons systématiser la construction de logements "haute qualité de vie". Les propriétaires sont actuellement accompagnés sur la rénovation des façades, ce n’est pas suffisant, nous allons élargir ce soutien à la plomberie et l’électricité. Au-delà, pour éviter un nouveau drame tel que celui de la rue d’Aubagne, qui a coûté la vie à 8 personnes, nous allons réorganiser les services, développer la concertation avec la population. Je ne comprends pas qu’il ait fallu attendre cette tragédie pour découvrir l’ampleur de la situation. C’est vrai pour le logement mais aussi pour les écoles. Sur de tels dossiers une vigilance mensuelle s’impose. Le maire, pour moi, doit avoir les mains dans le cambouis. Nous allons travailler avec les CIQ, les collectifs, les maires de secteur dont nous renforcerons les prérogatives et les élus en charge des dossiers.

Justement, quelle place entendez-vous donner à la concertation ?
L’époque où une équipe municipale gérait seule est révolue. Il faut s’entourer, prendre de l’avis de ceux qui sont impactés par un sujet. C’est pour cela que je souhaite rapprocher la concertation des mairies de secteur et instaurer un budget participatif.

Un autre symbole de la fracture concerne le manque de transports en commun. Que proposez-vous ?
Je propose la gratuité pour les moins de 25 ans, les retraités et les titulaires de minima sociaux. Un plan de 30 millions d’euros, sur un budget de 1,4 milliard d’euros. C’est une mesure tout autant sociale qu’environnementale qui doit permettre de laisser la voiture au bénéfice des transports en commun. Et nous entendons également augmenter l’offre de transports en intensifiant, par exemple, les fréquences de circulation des bus et métros.

En matière d’emplois quelle politique entendez-vous développer ?
La médecine, l’université, m’ont pris beaucoup de temps et je dois dire que je ne mesurais pas l’ampleur de la pauvreté dans notre ville. Nous avons 35% des jeunes qui n’ont pas d’emplois, un actif sur deux n’a pas le Bac, le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale et, sur le terrain, il manque 60 000 emplois privés. Face à la gravité de cette situation je veux m’appuyer sur des sachants, sur les acteurs économiques. Je veux favoriser une école inclusive, car 85% des métiers de 2030 n’existent pas aujourd’hui. Nous allons favoriser la formation des jeunes en déshérence, créer sur Château-Gombert (13e) une green valley car je crois énormément à l’économie verte, au développement durable. Un guichet unique de l’entrepreneuriat verra le jour avec la CCI et Pôle Emploi. Il faudra anticiper les métiers de demain, former la population au chômage, ne laisser personne sur le bord du chemin.

Comment envisagez-vous l’avenir et quelle est votre vision du Grand port maritime de Marseille notamment pour y développer les emplois ?
Sur le sujet, j’ai une vision très claire sur les priorités. Le port, aujourd’hui, c’est l’État. Le port a un patrimoine considérable, mais c’est toujours finalement un peu la même chose, à savoir que la ville de Marseille n’a pas la main sur le port. Ne peut pas décider et avoir le dernier mot sur les plus gros dossiers le concernant. Cela fait partie des dossiers prioritaires sur lesquels il va falloir discuter avec l’État, le Port, la Région et Euroméditerranée. Il faut se poser plusieurs questions pour faire évoluer les choses notamment : est-ce que la Ville peut obtenir plus de prérogatives ? Je vais vous donner un exemple précis qui symbolise ce qui se passe avec le port : quand il y a eu un concours pour le grand hangar du J1 (à la Joliette), à savoir pour choisir quelle sera l’utilisation du lieu à l’avenir, c’est le port qui a décidé. Et pas la Ville. Sur Euroméditerranée, aussi, il va falloir réfléchir à l’avenir pour savoir comment reprendre davantage la main. Nous travaillons depuis longtemps avec mon équipe sur ces questions.

Pendant cette campagne, en arpentant les différents secteurs et quartiers, le thème récurrent dans les discussions est l’insécurité ressentie par les Marseillais...
Je vous avoue que je ne m’attendais pas à ce que ce sentiment d’insécurité revienne aussi souvent dans les discussions. Il est prépondérant dans tous les propos, témoignages. C’est énorme… Et je le constate quel que soit le quartier, le secteur, notamment dans le 8e arrondissement où je me présente comme tête de liste. Ce sentiment d’insécurité, c’est le risque d’assister à une vague Rassemblement National très forte. C’est tellement prégnant que je crains que cette vague s’étende dans tous les arrondissements de la ville. Nous sommes allés à la rencontre des habitants et des commerçants dans le quartier du Panier. Nous avons discuté avec des commerçants qui sont terrorisés par des bandes de jeunes. L’un d’entre eux, à la tête d’un bar, nous a dit qu’un jeune de 15 ans est entré et lui a demandé le prix d’un café. Il lui a répondu : « 1,60 €... » Et le jeune de lui rétorquer : « Ce sera 1 € pour moi, si tu veux être tranquille... ». C’est un sujet social qu’il faut prendre en compte et attaquer à la base. Ce sont les difficultés sociales qui font que l’on arrive à ce résultat. Des efforts ont été accomplis, il faut aller plus loin, doubler les effectifs de police municipale, réorganiser cette dernière, répartir les policiers municipaux sur le terrain, développer le nombre de caméras. Nous allons également travailler avec l’État pour renforcer les effectifs de Police Nationale, nous avons déjà eu des discussions en ce sens avec Laurent Nuñez.

Au niveau de la politique culturelle, quels sont vos principaux projets pour la ville, pour ses différents secteurs ?
Avec mon équipe, depuis une bonne année, nous avons rencontré les acteurs culturels de la ville. Il y a ici un tissu culturel très fort, avec une multitude d’acteurs qui œuvrent au quotidien et le font vraiment bien. Mais, on a constaté qu’il n’y avait pas de vision d’ensemble, de cohérence dans la politique culturelle menée par la Ville. La culture n’est pas incarnée ici, notamment par le Maire. De fait, elle n’est pas mise au rang qui devrait être le sien dans toute la ville et, à l’extérieur. Il faut aussi faire prendre à la culture une dimension plus citoyenne. Dès le plus jeune âge, on doit faciliter l’accès à la culture, avec l’enseignement périscolaire, notamment. Les acteurs culturels doivent aussi aller davantage au contact des citoyens. Il ne faut pas qu’ils restent dans leur chapelle. Il y a eu aussi Marseille 2013 Capitale européenne de la culture qui a fait naître de nouveaux lieux et événements. Depuis, on n’a plus connu une telle grande manifestation même si Manifesta 13 arrive. Nous avons en tête avec mon équipe de créer un événement régulier, si possible annuel. Afin que l’on puisse dire : « Voilà, c’est le grand événement culturel marseillais, connu de tous ». Comme Avignon qui a son grand Festival, chaque année, Aix-en Provence son Festival d’art lyrique, on veut aller vers cela. Et puis, nous voulons également mieux développer la vie nocturne dans la Ville. On voudrait créer un poste de "maire de la nuit" pour organiser la vie nocturne auprès et autour des jeunes. Ensuite, il faut dire des vérités, à l’Opéra, ce sont les mêmes qui y vont depuis 30 ans. C’est souvent pareil ailleurs. Or, il faudrait embarquer plus de monde dans ces lieux. Pourtant, le budget consacré à la culture est de 250 millions d’euros par an, ce n’est pas rien, mais cela ne se voit pas. La culture est pourtant un facteur d’inclusion sociale exceptionnel. Et enfin, développer dans cet esprit le réseau des Bibliothèques dans la ville est aussi très important.

Quel est votre avis sur la question de la vente ou non du stade Vélodrome ?
Je dois vous avouer que je ne peux pas vous répondre précisément sur le sujet. Je n’ai pas tous les éléments en ma possession pour avoir un avis tranché. Nous avons préféré travailler au préalable sur d’autres dossiers, mais bien sûr celui-ci devra être étudié de près en cas d’élection. En revanche, j’ai beaucoup discuté avec le président de l’OM et il m’a souvent répété qu’il était dommage que l’OM, le club, en tant que marque mondialement connue, ne soit pas plus et mieux utilisée par la ville. Je parle là de projets autour de la marque OM, autour de ce que l’OM représente. Je constate que, pendant cette campagne, lorsque Mamadou Niang, qui se présente sur nos listes dans les 15e et 16e arrondissements, vient avec nous, tout le monde se précipite sur lui, c’est incroyable ! On voit un peu plus que l’OM est un facteur de cohésion sociale. Il l’est déjà, mais surtout dans le stade. Ce pourrait être plus si la ville l’utilisait mieux pour aller vers plus de cohésion. Effectivement, nous devons réfléchir à comment mieux se servir du club, au quotidien, car il n’y a pas que le match du week-end à prendre en compte pour cela. Là-encore, c’est une question de marketing territorial qui est en jeu.

Quel regard portez-vous sur la place occupée par Marseille, aujourd’hui, vis-à-vis de l’Europe ?
Aujourd’hui, Marseille ne connaît pas assez bien l’Europe, Marseille ne connaît pas Bruxelles, et donc, dans le même temps, Bruxelles ne connaît pas Marseille. Il y a un travail énorme de lobbying à faire dans ce sens-là, en se montrant plus volontaires et offensifs du côté de Bruxelles pour peser auprès de l’Europe. Quand, à la tête de l’Université d’Aix Marseille, j’ai créé avec mon équipe l’université européenne, nous avons permis à des milliers d’étudiants de se déplacer, par le biais académique, à Marseille et en Europe. C’est un sujet majeur d’internationaliser Marseille, en premier lieu au niveau européen. A la tête de l’AMU, aussi, j’ai décidé de nommer une personne pour faire partie du bureau renforcé par la Région Sud à Bruxelles pour peser et pouvoir lever des fonds européens. C’est obligatoire de faire ce travail. Or la Ville de Marseille n’a jamais rien fait dans ce sens. Pour le moment, nous ne sommes pas assez repérés… On ne peut pas visiter Marseille que par vagues et par moments uniquement en se focalisant sur les touristes qui passent ici et repartent. Des touristes qui souvent restent quelques jours et repartent aussi vite. Il faut aussi visiter notre ville par le biais universitaire, économique. Des villes comme Bordeaux, Lyon, Nice, se développent depuis ces dernières années grâce à une politique volontariste impulsée pour faire rester longtemps dans leur ville les touristes. Il faut s’en inspirer. Autre exemple : dans le cadre du dernier programme national pour l’Intelligence Artificielle, ont été retenus les projets soutenus par Paris, Grenoble, Nice et Toulouse, alors que nous avons tout, ici, à Marseille, dans le domaine, pour arriver aux premières places ! Pourquoi cela n’a pas été le cas ? Car le dossier n’a pas été porté par le maire ici, alors qu’à Nice, le maire a été le premier à agir ainsi. Quand le premier magistrat de la ville se déplace, à chaque fois, pour défendre un dossier, vous marquez obligatoirement des points pour pouvoir l’emporter. Moi-même, à la tête de l’AMU, je me déplaçais à chaque fois que je le pouvais pour représenter physiquement mes universités, mes étudiants. Or, quand on envoie le 15e couteau sur un dossier, comme c’est trop souvent le cas pour Marseille, on se demande obligatoirement en France, en Europe ou ailleurs, si la Ville et les Marseillais veulent vraiment remporter la mise ? C’est aussi simple que cela à comprendre.

Une dernière question, toujours en termes de rayonnement international, comment jugez-vous Marseille dans ses relations avec la Méditerranée et l’Afrique ?
Marseille doit être et doit devenir le pont entre l’Europe et l’Afrique. De par sa position géographique, son port, ses différentes origines, cette ville doit être leader dans le domaine, mais cela n’est toujours pas installé dans les esprits. A ce titre, le dernier grand sommet international organisé sur le thème du dialogue méditerranéen : le Sommet des deux rives, en 2019, n’a pas été une franche réussite de l’aveu même, je crois, du Président de la République... Pour faire changer les choses, là encore, il faut qu’il y ait désormais une vraie et saine collaboration entre toutes les institutions et collectivités du territoire. Elles ne doivent pas ou plus être en compétition, mais réfléchir et agir en additionnant enfin tous leurs talents et compétences. Sans cela, l’image que vous renvoyez à l’arrivée est terrible dans le côté négatif, car cette division se ressent et se voit au niveau de l’Europe, par exemple. Chaque collectivité ne doit plus penser qu’à elle, à son intérêt, mais à Marseille, à tout son territoire. J’entends insister sur ce point : on ne peut plus continuer à faire de la politique ici en ne pensant qu’à son nombril, en restant dans sa bulle. On doit tous être responsables, dans le sens surtout plus collectif. C’est ce pourquoi on a été élus, c’est en tout cas l’idée que je me fais de la politique. Aujourd’hui, on arrive à un tournant, à ne surtout pas manquer, pour changer les choses. Il est obligatoire de changer de paradigme dans ce monde politique où il y a un nombrilisme incroyable. Je ne l’ai que trop constaté. Si je suis élu maire, je promets aux Marseillais de tout faire pour tordre le cou à ce nombrilisme.
Propos recueillis par Bruno ANGELICA et Michel CAIRE

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