Retrouvez-nous sur :  
Suivre la vie du site
DestiMed
L’info des deux rives

Accueil > Culture > Musique / Opéra > On a vu "Carmen" aux Chorégies d’Orange : Quand Jonas Kaufmann survole les (...)

< >

On a vu "Carmen" aux Chorégies d’Orange : Quand Jonas Kaufmann survole les débats…

dimanche 12 juillet 2015

JPEG - 65.5 ko
Après s’être aimés sur l’as de pique, carte symbolisant la mort, Don José et Carmen s’y livrent à un dernier corps à corps qui sera fatal pour la belle cigarière (Photo Philippe Gromelle)

Samedi 11 juillet. 20 heures et des poussières. Météo de rêve sur Orange. Les terrasses des pizzerias et autres restaurants au « menu unique des Chorégies » ont fait le plein. La cohorte des pèlerins du lyrique se restaure avant de partir à l’assaut, en rang par deux, des pierres réchauffées du théâtre antique. Pour cette deuxième soirée c’est « sold out » pour la représentation de « Carmen ». Pourtant le chouchou maison, Roberto Alagna, n’est pas à l’affiche. Qu’importe, il n’est pas seul à avoir ses groupies, locales et régionales, elles sont nombreuses, dans l’assistance, à avoir les yeux de Chimène, à défaut de ceux de Carmen, pour le beau Jonas Kaufmann, Don José ce soir.
21h45 tocantes, les lumières s’éteignent. En haut, certains n’ont pas encore rejoint leurs places. Qu’importe, c’est en direct à la TV et l’heure c’est l’heure. Mikko Franck active sa baguette à la tête de ses futures troupes du « Philhar » de Radio-France, place au drame. Car c’est un drame, entre séduction, jalousie, amour et issue fatale, qui se joue sur scène. L’héroïne : Carmen, la mort est au bout de son chemin, elle l’a lue dans les cartes. Implacable destin privilégié par Louis Désiré, le metteur en scène, qui a gommé toutes les espagnolades que l’on plaque souvent sur les productions de cet opéra de Bizet, pour garnir le plateau de cartes géantes qui s’avèrent être, parfois, gênantes, pour les déplacements de ceux qui vont faire vivre l’action. Le travail de Louis Désiré a du sens, même si nous pensons qu’il prendrait toute sa dimension sur le plateau d’une maison d’opéra. Car, pour s’imprégner du propos il faut saisir toutes les subtilités de la direction d’acteurs : la présence de Micaëla, côté cour, lorsque José et Carmen s’aiment sur l’as de pique, la moue de José, seul sur sa chaise côté jardin, qui observe sa belle séductrice et bien d’autres détails encore qui peuvent échapper au spectateurs sans vision panoramique du plateau. Puis travailler sur les sentiments, même si la gestuelle est plus accentuée à Orange, nécessite une réelle proximité entre la salle et la scène, une vraie intimité. Cela dit, et écrit, Louis Désiré est allé au bout de son idée, nous offrant quelques moments d’anthologie, comme l’interlude précédant l’acte IV où Escamillo revêt Carmen d’une cape-robe. L’idée de déterminer le périmètre de l’action avec les piques de la corrida est aussi intéressante. Une mise en scène qui a ses faiblesses, mais aussi de nombreuses qualités, et qui mérite d’être reprise et affinée pour offrir une nouvelle vision totalement aboutie de cet opéra. Et après ? Après, musicalement, il y a l’orchestre et son chef bientôt attitré. Nous ne rentrerons pas dans les querelles parisianno-parisiennes qui font qu’il est de bon ton de siffler Mikko Franck, futur directeur musical du philharmonique de Radio France. Samedi soir, sa direction a été correcte même si, parfois, elle est un peu brouillonne, laissant les chœurs solitaires chercher leur chemin avec d’inévitables décalages. Cependant, une mention très bien (en ce moment c’est de rigueur) est attribuée aux enfants de la Maîtrise des Bouches-du-Rhône, particulièrement attentifs, sollicités vocalement, mais aussi scéniquement, et idéalement préparés par Samuel Coquard, leur directeur musical. Puis il y a le plateau. Jonas Kaufmann survole son sujet. Il est un Don José plus que parfait, scéniquement et vocalement.
Et, s’il est vrai que le contraire eut été étonnant, rappelons qu’il n’avait chanté ici qu’en 2006, soliste du Requiem de Verdi, pour sa première « opératique » il ne déçoit pas : précis, diction parfaite, ligne de chant directe et puissante, couleur, émotion… Le bon choix de Raymond Duffaut qui, à lui seul, a le mérite de remplir les gradins du théâtre antique pour trois soirées. Restons chez les garçons pour saluer la prestation de Kyle Ketelsen, Escamillo, pour sa première prestation orangeoise. Celui qui fut Leporello, il y a peu sur la scène du Festival d’Aix-en-Provence, s’impose physiquement et vocalement. Sa personnalité est remarquable. Reste à savoir s’il pourrait tenir un « grand rôle » devant le mur ? Nous pensons que oui. A essayer…
Pour en terminer avec les hommes, Teitgen (Zuniga), Noguera (Moralès), Grand (le Dancaire) et Laconi (le Remendado) assurent leurs parties avec aisance.
Venons en à Carmen. Kate Aldrich, dont c’était la première aux Chorégies, a toutes les qualités vocales pour servir le rôle-titre. Elle est facile, régulière dans son chant, puissant et coloré, avec une aisance véritable et beaucoup de limpidité. Le « hic », c’est qu’ici elle est à contre-emploi ; ou presque. « So british » cette Carmen qui manque de gouaille, d’impudeur, de chaleur méditerranéenne. Et le fait que son visage soit maquillé en blanc (pour la TV ?) ne fait que renforcer le décalage avec son personnage. Et elle a beau nous montrer ses jambes (qu’elle a fort belles au demeurant) jusqu’à mi-cuisses, elle est loin de ce côté sauvageonne qui sied à Carmen. Quant à Inva Mula, Micaëla, ici aussi la voix est belle, mais manque cependant singulièrement de diction. Les notes sont là mais sans la candeur juvénile qui caractérise le personnage. On le sait, Inva Mula, habituée des lieux, est plus en adéquation, ici, avec les grands rôles dramatiques… Pour en terminer avec ces dames, signalons qu’Hélène Guilmette (Frasquita) et Marie Karall (Mercédès) ont été au niveau d’excellence des deux premiers rôles.
Désormais, après l’ultime représentation de Carmen ce 14 juillet, et le triomphe de Jonas Kaufmann, nous attendons désormais « Le Trouvère », début août, ici même, avec Roberto Alagna…
Michel EGEA
Pratique : Dernière représentation le mardi 14 juillet à 21h45 au théâtre antique d’Orange. Réservations : 04 90 34 24 24. Choregies.fr
Prochains spectacles, le 1er août : récital Nicolas Coujal à 18 heures, Cour Saint-Louis et « Il Trovatore » à 21h30 au théâtre antique
.

Messages

  • Bonjour,
    Je ne vais pas faire la critique de Carmen, vous l’avez faite et fort bien. Je voulais par contre faire la critique des conditions dans lesquelles j’ai assisté au spectacle. Pour un prix frôlant l’arnaque (180 euros) en haut des arènes j’ai eu le loisir de voir (et peu entendre) un orchestre et des personnages d’environ 10 cm de haut. Revoyant en replay la retransmission j’ai pu enfin voir le visage des différents protagonistes. Je pense que ma place ne valait pas plus que le prix du DVD du spectacle. Venant d’assister au festival de jazz à Vienne je me demandais pourquoi aucun écran géant n’était installé permettant à chacun de jouir du spectacle dans des conditions décentes, je me suis également demandé pourquoi la buvette se trouvait d’un seul coté des arènes et dans des conditions quasiment spartiates.
    C’était ma première à Orange et ce sera donc ma dernière.
    Amicalement

  • J’avoue avoir ete decue par cette mise en scene...statique vu le decor.
    Fan d’Orange je suis venue pour Jonas et la...super heureuse, c’etait parfait. A savoir qu’une demi heure le 8, avant l’ouverture, il errait avec sa voiture sans trouver le parking des artistes... A bientôt pour Le trouvere ou Alagna avait deja brillé il y a 3 ans je crois.

  • A mourir d’ennui, aucun relief, décor unique empêchant les mouvements et les déplacements, aucun souffle, aucun lyrisme, costumes ridicules, le tout au détriment des chanteurs et de leurs voix, j’ai lâché avant la fin, bref, spectacle bâclé qui ne valait pas le prix demandé aux malheureux spectateurs !

  • Je ne suis pas un spécialiste de l’art lyrique, mais j’ai ressenti un réel plaisir et pas mal d’émotions à regarder cette interprétation de Carmen. Je crois que le parti pris du metteur en scène était de nous présenter une version de Carmen moderne et épurée des espagnolades habituelles afin de de mieux valoriser la performance des acteurs. Et je pense que la prestation de Kate Aldrich dans le rôle-titre entre très bien dans cette option d’une Carmen des temps modernes, un peu sortie du contexte espagnol. Et puis j’ai adoré sa voix, son jeu et sa manière d’occuper la scène ; et puis elle est belle ce qui, pour jouer la grande séductrice qu’est Carmen, me semble capital.

  • Habitué aux chorégies, j’ai été très déçu par le chef d’orchestre : il jouait son rôle de chef, mais il n’était pas intégré à l’orchestre, et il y avait deux entités. Un chef doit être debout pour dominer les musiciens, et ne doit pas constamment faire des sourires ou des signes de connivence avec les 1ers violons : tous les interprètes ont droit à la même sollicitude du chef. Contrairement à mon habitude, je n’irai pas voir en 2015 Mme Butterfly avec ce chef. C’est la 1re fois depuis de très nombreuses années que je dois déplorer un tel comportement.

  • Quel domage que ces cartes à jouer aient étouffées la mise en scène tres statique mais Kaufmann a tout racheté quel voix !c’est le ténor du siècle ! Merci pour cette soiree

  • C’était la 1°fois que je me rendais à Orange et, malgré le mistral le 8 juillet, je n’ai pas été déçue : mise en scène déroutante mais intelligente avec une vision de CARMEN singulière ,dépouillée .
    Par contre,je suis une"amatrice "chevronnée du lyrique et j’ai déjà vu Kaufmann en récital à Paris en mai dernier , Andrea Chénier à Londres puis à Perelada ( Catalogne) l’été dernier .Ses interprétations ,en effet, survolent celles de ses partenaires ;son intelligence et sa connaissance des textes ont contribué à "moderniser" l’opéra ,l’humaniser et le faire apprécier à des non-mélomanes. Toutes ses prestations sont magnifiques ,émouvantes voire magiques ! Actuellement, il est un des rares ténors dont la seule voix est capable de nous transcender et nous éblouir autant . J’attends ,avec impatience,sa Damnation de Faust en décembre à Bastille ....Kaufmann et Berlioz : un rêve éveillé ?

  • Voix merveilleuses mais mise en scene decevante qui se veut minimaliste austère , ennuyeuse

  • Une Carmen ni andalouse ni gitane, pas de flamenco, pas de corrida, mais du noir, du gris, encore du noir, encore du gris, heureusement les gilets jaunes des soldats rappellent les travaux sur l’autoroute. La scène encombrée de cartes à jouer géantes sur lesquelles trébuchent les chanteurs réduit tellement l’espace que les choristes ne nous prouvent leur existence qu’en levant et en baissant alternativement les bras. Quant aux gitans, malheureux contrebandiers qui ont perdu leurs foulards multicolores, les voilà affublés de chapeaux mous et de manteaux gris. De contempler cette Carmen dépressive perdue chez les Loubavitch, et las de tenter de comprendre son français phonétique, je me suis ENDORMI I

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Signaler un contenu ou un message illicite sur le site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.