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On a vu au Festival d’Aix-en-Provence : une « nuit de deuil » qui ouvre une voie

samedi 12 juillet 2014

« Trauernacht », nuit de deuil en français, est le nouvel O.M.N.I. (Objet musical non identifié) de la présente édition du Festival d’Aix-en-Provence. Une nouvelle forme dans le monde de la musique et de l’art lyrique, un opéra minimaliste construit avec des extraits de cantates de Bach sur le thème de la mort. Cette idée de la metteur en scène Katie Mitchell s’est concrétisée pour la première représentation, jeudi 11 juillet au soir, sur la scène du théâtre du Jeu de Paume, avec la complicité de Raphaël Pichon à la direction musicale et des artistes de l’Académie européenne de musique.

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Un décor unique pour cette nuit de deuil mise en scène par Katie Mitchell au théâtre du Jeu de Paume (Photo Patrick Berger)

Une famille au soir de la mise en terre du père. Une table, quelques rangements sur les côtés : décor minimaliste, pour une tranche de vie que ceux qui ont vécu un deuil connaissent bien. Douleur omniprésente, on se raccroche encore aux vêtements, aux objets du quotidien, objets de vie du défunt. Tensions, larmes, déplacements au ralenti pour les protagonistes qui vivent un peu hors du temps. L’esprit du père est encore là… Et le noir final se fera lorsqu’il aura quitté la scène et que les cartons seront sortis pour enfermer les vestiges de vie de celui qui s’en est allé. C’est ainsi que Katie Mitchell a organisé le spectacle. Un minimalisme qui veut être la porte d’entrée à la méditation. Au soir de la première représentation, les avis étaient très partagés sur ce travail. Les « pour » et les « contre », en quelque sorte, ce qui est plutôt une bonne chose pour une telle création.
Unanimité, en revanche, autour du travail effectué par Raphaël Pichon. En une semaine, il réussit le tour de force de composer un vrai orchestre baroque avec onze instrumentistes qui ne se connaissaient pas et n’avaient jamais joué ensemble auparavant. Onze musiciens recrutés parmi les grands élèves de conservatoires. On ne peut que saluer le travail du jeune directeur musical et la qualité de chacun des membres de l’orchestre. Ça sonne superbement, les couleurs sont belles, c’est baroque à souhait et l’atmosphère ainsi créée est totalement dans le ton. Puis il y a les voix. Une soprano, Aoife Miskelly, une alto, Eve-Maud Hubeaux, un ténor, Rupert Charlesworth, une basse, Andri Björn Robertsson et l’esprit du père, la basse de Frode Olsen, plus « siffleur » que chanteur pour la circonstance ; il siffle, en effet, les notes des extraits du choral qui sert de transition entre les tableaux et ne chante qu’une seul fois pour un très beau duo avec Robertsson. Des voix superbes qui témoignent, là aussi, du travail effectué en quelques jours. Le seul reproche qui puisse être fait c’est la tonalité plus lyrique que baroque de ces voix. Ce qui induit un certain décalage entre la musique instrumentale et celle des cordes vocales. Un parti pris totalement assumé par le directeur musical.
In fine, faut-il porter un jugement définitif sur cet O.M.N.I. ? Certainement pas en ce qui nous concerne. Nous avons apprécié la partie musicale, nous n’avons pas adhéré au côté scénique mais, dans la mesure où il n’y a pas de contresens, où Bach est respecté, où l’ensemble est cohérent, saluons cette création. C’est la première d’une forme artistique nouvelle. Elle est posée au Jeu de Paume. Est-elle précurseur ? C’est à souhaiter si le niveau de qualité de ce qui vient est égal, voire supérieur à cette « nuit de deuil » qui a le mérite d’exister.
Michel EGEA

Pratique
« Trauernacht » les 14, 16, 19 et 21 juillet à 20 heures, le 13 juillet à 17 heures. Théâtre du Jeu de Paume. Renseignements et réservations : la Boutique du Festival, place des Martyrs de la Résistance, 13100 Aix-en-Provence.
Tél. 0820 922 923. Site : Festival d’Aix.

A la télé et à la radio
Opéra en direct sur Culturebox et Medici.tv le 16 juillet à 20 heures.
En direct le 13 juillet à 17 heures sur Radio Classique.

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