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Rentrée 2021 : Entretien avec Bernard Beignier, recteur de l’Académie d’Aix Marseille

dimanche 24 janvier 2021

Bernard Beignier, recteur de la région académique Provence-Alpes-Côte d’Azur, Recteur de l’académie d’Aix-Marseille, Chancelier des universités vient de présenter la préparation de la rentrée 2021, entouré de son secrétaire général, Gérard Marin et de ses 4 Directeurs académiques des services de l’Éducation nationale (Dasen) départementaux, Vincent Stanek, Bouches-du-Rhône, Christian Patoz, Vaucluse, Frédéric Gilardot, les Hautes-Alpes et Catherine Albaric-Delpech, les Alpes-de-Haute-Provence.

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Bernard Beignier vient de présenter la préparation de la rentrée 2021 (Photo Mireille Bianciotto)

A la fois, chancelier d’AMU, la plus grande université francophone avec 80 000 étudiants et recteur de la plus petite école qui compte 8 élèves, Bernard Beignier, tient toutefois à préciser : « Notre pays a des écoles, des collèges, des lycées qui fonctionnent convenablement. Entendons-nous bien, je ne vais pas dire que tout est parfait, nous sommes en période de crise mais, par rapport à d’autres pays, je pense notamment au Royaume Uni ou encore à un certain nombre de Land d’Allemagne, les écoles fonctionnent, en France. J’ai d’ailleurs noté que le Journal du dimanche, faisait état que notre pays, sur le plan éducatif, fonctionnait bien... ». Entretien.


Nous pensons avoir 2 000 élèves de plus dans l’académie

Destimed : L’Éducation nationale, en cette rentrée 2021, va connaître un changement important dès lors que le ministère de la Jeunesse et des sports va venir en son sein. Pouvez-vous nous donner plus de précisions ?
Bernard Beignier : Oui, c’est toute une histoire parce que, vous savez "Jeunesse et Sports" a été, en grande partie, créé par le Général de Gaulle, après les fameux Jeux de Tokyo où la France n’avait gagné aucune médaille d’or. Et c’était au fond, quelque chose qui était anormal parce "Jeunesse et sports" est très lié à l’éducation. C’est donc une très bonne nouvelle car nous allons pouvoir nous occuper, non seulement, du temps scolaire, mais du temps des vacances. Nous voulons dynamiser les colonies de vacances -qui ont un peu disparu, au cours de ces dernières décennies- au profit de ces enfants, qui, parfois, s’ennuient, pendant les 2 mois d’été. Ceci étant, c’est très bien aussi quand les parents peuvent s’occuper de leurs enfants et leur permettent d’avoir de très belles vacances.

Cela peut-il être l’occasion de vacances apprenantes, pour tous les enfants qui auront décrocher en cette période de crise ?
Oui. Le décrochage en réalité est bien moindre que ce que nous redoutions. Mais ce qui est aussi important ce sont ces élèves qui ont continué et qui n’ont pas appris tout ce qu’ils auraient dû apprendre. Nous savons bien que l’école ne s’est pas déroulée d’une manière tout à fait parfaite et que les élèves auront mal appris, mal retenu, il faudra donc, dès la rentrée, et sans doute, dans les 2 années, à venir, rattraper ce risque de déficit.

Nous avons donc reçu des moyens qui nous permettent d’envisager une rentrée sereine

Une rentrée, cela veut dire un nombre d’enseignants et un nombre d’élèves or ce dernier, en France et dans notre académie, change...
C’est vrai qu’il y a une grande différence, même une très grande différence, entre le premier degré, les écoles et le second degré, collèges et lycées. Nous allons avoir une diminution d’environ 2 000 élèves, dans le 1er degré et pourtant, on va créer 190 postes supplémentaires, ce qui nous permettra d’avoir un meilleur encadrement et de poursuivre la politique de dédoublement des petites classes dans l’éducation prioritaire. S’agissant du second degré, là, il y aura une croissance attendue d’élèves et nous allons recevoir 13 postes qui seront traduits par des heures supplémentaires, au bénéfice des enseignants -ce sont des heures supplémentaires année, HSA, qui servent au rééquilibrage entre les heures d’enseignant de 18 heures et le nombre d’heures dues aux élèves-. En tout, nous pensons avoir, parce que ce ne sont que des estimations, 2 000 élèves de plus dans l’académie. Nous avons donc reçu des moyens qui nous permettent d’envisager une rentrée sereine. On peut toujours dire que l’on manque de moyens, après la question est la répartition des moyens. J’ai tenu avec les 2 Dasen des territoires alpins, à ce que ces 2 départements ne soient pas oubliés même si c’est eux qui perdent le plus d’élèves.

L’éducation prioritaire va changer, d’abord elle va connaître un autre dédoublement, en cette rentrée 2021, celui de la grande section de maternelle, mais elle va toucher d’autres écoles qui étaient hors de cette carte de l’éducation prioritaire. Comment cela va-t-il s’organiser ?
Ce qui est dans l’éducation prioritaire, ce qu’on appelle, REP+, on n’y touche pas, c’est un réseau national. Ce qui est en éducation prioritaire simple, REP, on n’y touche pas non plus, pas de modifications de la carte, en revanche, par la volonté de la secrétaire d’État à l’éducation prioritaire, nous allons avoir maintenant des CLA, Contrats locaux d’accompagnement qui vont permettre de donner des moyens appropriés à certaines écoles ou collèges, qui sont dans des zones intermédiaires. Il est vrai que le système de la carte est pratique mais parfois, en l’espace de quelques kilomètres, on a l’impression que la vie change complètement. Je note, d’ailleurs, que notre académie avait, il y a maintenant 5 ans, créé, par ma volonté, un label d’éducation accompagnée qui permettait déjà de compenser tout cela.

Un plan de relance qui pourra bénéficier à la ville de Marseille avec la problématique de ses écoles

Le Plan de relance concerne aussi l’Éducation Nationale, vous êtes obligés de présenter des projets. N’est-il pas trop frustrant de ne pas savoir si vous allez ou non pouvoir compter sur tel ou tel financement ?
Ce qui est important, c’est d’abord qu’il y ait des projets, qu’on ne parte pas à l’aventure et ensuite, il faut qu’ils soient validés. Pour le bâti scolaire, de manière générale, il y aura un effort considérable de fait et, sans entrer dans le détail, les projets de rang moyen, les petits projets sont validés directement par une commission préfectorale et au bout du parcours par le préfet de région, donc, nous ne sommes pas dans un système centralisé. Pour les projets plus importants, il faut qu’il y ait un regard supérieur et à ce titre, nous travaillons avec les services préfectoraux en qui j’ai toute confiance. j’espère vivement que pour la ville de Marseille avec la problématique d’un certain nombre de ses écoles, ce Plan de relance pourra lui bénéficier.

Un meilleur traitement des accompagnants

Pour les élèves en situation de handicap, y-a-t-il des avancées ?
Il y a des avancées, en particulier dans le département des Bouches-du-Rhône. Nous avions un problème très ancien, on prescrivait énormément, -et je ne conteste pas du tout cette prescription des MDPH, (Maisons Départementales des Personnes Handicapées)- mais, nous avions un peu de mal à pourvoir en nombre d’accompagnants. Depuis que Jean-Michel Blanquer a décidé de consolider le statut des accompagnants avec un meilleur traitement, ils ne sont plus de simples contractuels. Nous avons un vivier qui s’est consolidé, qui s’est affermi avec une meilleure formation. Nous sommes en train de rétablir les choses, de telle manière que, entre le moment de la prescription et le moment de l’attribution de l’accompagnant, le temps soit le plus bref possible. J’ai parfaitement conscience que nous devons encore progresser là-dessus et je comprends très bien les parents qui ne sont pas pleinement satisfaits en raison d’un certain temps d’attente.

Vont-ils quand même pouvoir espérer faire passer leur enfant d’une classe spécialisée dans le primaire à une classe spécialisée au collège ?
Oui c’est ce que l’inspecteur d’académie, Vincent Stanek, (Dasen des Bouches-du-Rhône) nous disait. il se trouve que dans le département du 13 (70% des élèves de l’académie sont dans ce département), il y a eu beaucoup de créations de classe Ulis (Unité Localisée pour l’inclusion scolaire) dans le premier degré mais on avait, sans doute, un peu tardé à en créer dans le second degré. Nous sommes en train, grâce au Plan de l’École inclusive, -voulu également par le ministre-, de suppléer à tout cela.

Nous avons contribué à restaurer l’enseignement de la langue française en Algérie

Le Président Macron vient d’ annoncer, après la remise du rapport de Benjamin Stora, sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie, une période de consultations pour construire une autre histoire, êtes-vous consulté, vous qui avait été choisi pour relancer l’enseignement du français en Algérie ?
Nous avons des liens très étroits avec l’Algérie. Et, il faut rappeler qu’aujourd’hui les liens entre la France et l’Algérie, sont, peut-être, plus forts qu’avant l’indépendance. Pourquoi ? Parce qu’il y a beaucoup plus de familles algériennes sur le territoire français. Le consul général d’Algérie, a, je crois, il faudrait vérifier, 300 000 ressortissants, dans sa circonscription et qui, pour l’essentiel, se trouve en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Je me suis rendu, effectivement, plusieurs fois, en Algérie, où je vois, concrètement, l’évolution de ce pays, sur lequel on peut compter. C’est le pays, le plus vaste en territoire, le plus riche en ressources minières, le plus dense en population jeune, son avenir est devant lui. Nous avons pu, effectivement, contribué, à restaurer l’enseignement de la langue française dans un pays qui est, encore très profondément, francophone, et surtout francophile. J’espère simplement que les Français, eux-mêmes, sont, je ne sais pas quelle est la formule, « algérophiles », en tout cas, il y a plus que de l’amitié entre la France et l’Algérie ».

La pédagogie est l’art de parler d’une manière adéquate d’un sujet

Concernant la lutte contre la radicalisation, on a assisté à des cérémonies d’hommage, après l’assassinat de Samuel Paty. Comment cela se passe, dans l’académie Aix-Marseille ?
Très convenablement notre académie a eu relativement peu de faits de trouble, de la part d’élèves. D’ailleurs, quand on les analyse, très clairement, nous n’avons eu aucun fait grave, c’est à dire des menaces de mort envers des enseignants, de contestations violentes... Cela démontre que notre académie, depuis longtemps, s’est emparé de ce sujet et les professeurs, eux-mêmes, savent beaucoup mieux que dans d’autres endroits -et c’est normal parce qu’ils affrontent cette réalité, sur le terrain-
comment aborder des questions, avec le tact que nécessite une pédagogie, de ce point de vue-là. Je voudrais dire qu’on parle souvent de l’auto-censure des enseignants. Il ne faut pas confondre l’auto-censure, c’est dire que je n’aborde pas tel sujet, parce que je trouve qu’il est épineux pour moi, et la pédagogie qui est l’art de parler d’une manière adéquate d’un sujet car c’est ce qui permet de parler de tout, y compris de sujets qui peuvent être délicats pour certains élèves et, surtout certaines familles. Je rappelle que l’affaire de Conflans, c’est quand même, surtout une question de parents et d’alliés de cet enfant, de ces enfants. Il faut bien faire comprendre que la question de la laïcité est très liée au respect d’autrui et à la neutralité de la puissance publique. L’État est neutre sur toutes les questions religieuses, métaphysiques et philosophiques pour permettre la liberté de chacun et ce qui est important, me semble-t-il, c’est d’enseigner à connaître l’Autre. vous parliez de l’Algérie, tout à l’heure, c’est important que ceux qui sont Français, depuis de très longues années, sur le territoire national, apprennent à connaître ce que sont ces enfants dont les racines algériennes sont encore très fortes, c’est pareil pour le Maroc et la Tunisie. On a un très bel exemple de la communauté arménienne, à Marseille, où, désormais, nous scolarisons la 6e génération, depuis l’exode de 1915. Ces jeunes arméniens, en particulier, ceux qui vont à l’école Hamaskaïne (établissement privé sous contrat du 1er et 2nd degré), ils sont très attachés à leurs racines, ils parlent souvent la langue de leur pays néanmoins, ils sont parfaitement et vraiment très très profondément Français. Là-dessus, nous avons, sans doute, beaucoup à réfléchir sur la très grande diversité de notre pays, qui en fait sa richesse.

Dernière question, avec l’assassinat de Samuel Paty, on a encore pu constater le rôle des réseaux sociaux. Est-ce qu’il y a un enseignement dédié ?
Les réseaux sociaux ou les réseaux asociaux, on peut s’interroger. Vous savez je ne suis pas très preneur de ces méthodes, pourquoi ? Parce que, premièrement, les réseaux sociaux permettent des réactions à vif, abruptes, très sommaires. Il y a quelque chose qui est assez préoccupant parce qu’en réalité, c’est le contraire même, de la réflexion, de la méditation et de la pensée. Il faut que les élèves apprennent à manier cela, je ne dis pas qu’il ne faut pas utiliser les réseaux sociaux mais simplement, comme tout moyen, il faut savoir se les approprier. Il est certain qu’actuellement, par exemple, c’est la question très ancienne du harcèlement à l’école qui ressort. Cela existait quand j’étais à l’école, les taquineries ou plus, parfois, dans la cours de récréation. Cela durait ce que la récréation durait. Aujourd’hui, un jeune élève peut retrouver des photos odieuses de lui sur les réseaux sociaux, c’est au milieu de la nuit, qu’il va voir cela et qu’il aura une vision, très altérée de sa personnalité, donc oui, il y a un enseignement, à ce sujet. je pense que nous devons encore creuser cette question, avec les parents qui ont un devoir tout à fait particulier. De toute façon, nous ne pouvons pas nier ce phénomène, il s’impose à nous.

Bernard Beignier, recteur de la région académique Provence-Alpes-Côte d’Azur, Recteur de l’académie d’Aix-Marseille, Chancelier des universités

Propos recueillis par Mireille BIANCIOTTO

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