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Retour sur... 16 et 17 juillet 1942. Bruno Benjamin : "La France manquant à sa parole, elle livra ses protégés à ses bourreaux"

dimanche 26 juillet 2020

C’est à Marseille que s’est tenue le dimanche 19 juillet devant le Monument aux Morts une cérémonie dans le cadre de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux « Justes » de France. Une cérémonie qui se déroule chaque année le dimanche qui précède ou succède le tragique anniversaire de la rafle des 16 et 17 juillet 1942, au cours desquelles près de 13 000 personnes furent arrêtées dans Paris et sa banlieue dont plus de 8 000 furent regroupées au Vélodrome d’Hiver (le Vél’ d’Hiv’) avant d’être déportées.

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Bruno Benjamin rappelle les mot de Winston Churchill "Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre" (Photo D.R./Crif)
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Cérémonie à Marseille devant le monument aux morts (Photo D.R./Crif)

A cette occasion Bruno Benjamin, le président du Crif Marseille-Provence, devait rappeler les mot de Winston Churchill : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ». S’il évoque de tels propos, indique-t-il : « C’est parce que l’ombre noire de l’antisémitisme reflète encore le mal. Certes, cet antisémitisme-là n’a pas le visage effroyable de l’avant-guerre, mais il prospère toujours sur un terreau malsain. Que ce soit en certains endroits du territoire ou sur les réseaux sociaux, l’antisémitisme se manifeste par une haine aveugle des Juifs. C’est toujours cette profonde aversion du Juif qui s’érige en juge vengeur et souvent de manière sanglante ». Et d’évoquer les assassinats du jeune Sébastien Selam en 2003, celui d’Ilan Halimi, torturé et tué en 2006, des élèves et de leur professeur de l’école Ozar Hatorah de Toulouse en 2012, des clients de l’Hyper Casher en 2015, de Sarah Halimi et Mireille Knoll en 2017 et 2018. « Leurs noms s’ajoutent à la liste déjà longue des victimes de l’intolérance et de la brutalité, les deux mamelles de la barbarie. Aussi, convient-il d’honorer leur mémoire avec les 13 152 hommes, femmes et enfants dont nous évoquons aujourd’hui le tragique destin ». Bruno Benjamin ne manque pas de citer les propos du Président Jacques Chirac en 1995 au Vel’ d’Hiv, sur le lieu même de ce crime : « La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, accomplit l’irréparable ce 16 juillet 1942. Manquant à sa parole, elle livra ses protégés à ses bourreaux ». Et de remettre en mémoire : « Une opération préméditée, voulue par Hitler lui-même et servilement exécutée par le gouvernement de Pierre Laval au terme de négociations menées par René Bousquet, alors secrétaire général de la Police nationale. Car aucun soldat allemand n’y participa. La préméditation est attestée par les faits. Pour venger le général Heydrich, abattu en Pologne un mois plus tôt, la rafle visait à la déportation de 22 000 juifs de la région parisienne ». Il raconte ces heures terribles : « A l’aube de ce 16 juillet frisquet, des policiers tiraient des malheureux de leur sommeil en hurlant dans les haut-parleurs, en aboyant des ordres, en défonçant des portes. Pour se sauver, les plus valides se jetaient par les fenêtres, des malades succombaient à des crises cardiaques ; d’autres, handicapés ou perclus de fatigue, de froid ou de douleur restaient figés, tétanisés, tandis que des familles entières, bousculés sans ménagement, se retrouvaient dans la rue. Quelques minutes plus tard, tout ce monde hagard, soudainement frappé, était conduit au Vel’ d’Hiv dans des camions. Du 16 au 22 juillet, parqués dans les pires conditions de promiscuité, ces malheureux furent privés de nourriture, d’eau potable, dormant la nuit à même le sol, sous l’incommodante lumière des projecteurs braqués sur eux ». Pour Bruno Benjamin : « On ne pourra jamais oublier ces vieillards épouvantés, transis de froid et d’effroi, ces mamans serrant leurs petits dans leurs bras, la fragilité des plus vulnérables, et la détresse de tous les autres dont les visages exprimaient l’angoisse exacerbée par le sentiment d’une ignoble ségrégation ». Le président du Crif Marseille-Provence poursuit : « Lieu-symbole des persécutions contre les Juifs, le Vel’ d’Hiv fut aussi un attentat perpétré contre l’enfance et la jeunesse. Conscients de cette ignominie, des policiers bons pères de famille, profondément humains, fermèrent les yeux quand certains s’enfuirent pour aller se réfugier chez des voisins. Des hommes et des femmes qui, au risque de se voir arrêtés, jugés et condamnés, n’hésitèrent pas à ouvrir leurs portes pour sauver des vies. C’est sans doute ce qui explique une singulière démonstration de dignité et de générosité dans la plus grande discrétion : le refus d’assister impuissants à l’arrestation de ces milliers de personnes, dont 4 000 enfants de moins de 16 ans ». Et de mettre en exergue ceux, qui dans ces heures terribles, surent faire preuve d’humanité, de courage : « Ce jour-là, ces voisins courageux incarnèrent les Justes dans l’honneur et la fraternité. Exemples de justice, porteurs des plus hautes valeurs morales. La mémoire des justes des nations ne doit pas faiblir, nous devons la rappeler sans interruption car ils ont été la conscience scrupuleuse de ce monde troublé par l’insensé ». Et de conclure : « La vérité est dure, cruelle, mais le Vel d’Hiv fut un crime contre la France, une trahison de ses valeurs. Car hier comme aujourd’hui, l’antisémitisme n’est pas une opinion mais une abjection. Avec sa référence au passé, je souhaite que cette cérémonie soit un rappel à l’égard des milliers de déportés et de morts, qu’elle soit aussi un appel à la vigilance car la bête répugnante rôde toujours, et une exhortation à ne jamais oublier, comme l’aurait encore dit Winston Churchill : "que l’histoire est tragique" ».
Michel CAIRE

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