Retrouvez-nous sur :  
Suivre la vie du site
DestiMed
L’info des deux rives

Accueil > >

< >

Retour sur... Surdité à Marseille : Audition Solidarité vient en aide aux plus démunis

lundi 18 mai 2020

JPEG - 78.6 ko
La joie de pouvoir entendre à nouveau (Photo Audition solidaire )

Audition Solidarité a été fondée à Yzosse (à côté de Dax) dans les Landes, début 2008 où se situe son atelier de reconditionnement d’appareils auditifs, le seul en France. L’association a 3 missions, une action de prévention auditive en direction des écoles de musique et deux actions humanitaire, en France : à Paris et à Marseille et, à l’étranger, au Maroc, à Madagascar, en République Dominicaine et au Vietnam. Elle était, juste avant le confinement, à Marseille, pour venir en aide aux plus démunis. Entretiens avec Adrien Fagault-Martial de l’association Audition Solidarité et de François Paire, vice-président de l’association Surdi 13.

JPEG - 84.1 ko
Adrien Fagault-Martial de l’association Audition Solidarité (Photo M.B.)

Destimed : Adrien Fagault-Martial, vous êtes de l’association Audition Solidarité qui a passé, (avant le confinement NDLR) deux jours à l’hôpital de la Conception, à Marseille avec une équipe comprenant 8 professionnels de l’audition, 1 ORL, 3 Audioprothésistes, 1 fabricant de bouts auriculaires, 1orthophoniste et 2 logisticiens. Quel est l’objectif de cette mission de service public accompli par votre association, en liaison avec l’APHM ?
AFM : Nous sommes ici sur deux journées pour répondre aux problèmes d’audition des personnes qui sont dans une grande précarité et qui n’ont pas de couverture sociale ou qui bénéficient de l’Aide médicale d’État (AME). Nous ne travaillons pas avec les personnes qui bénéficient de la CMU, de la complémentaire universelle de maladie parce qu’elles sont prises en charge par le circuit classique.

Vous existez depuis 12 ans, parce qu’il y a un manque important ? Est-ce qu’il y a beaucoup de Français qui ne sont pas appareillés alors qu’ils entendent mal ?
Effectivement nombre de Français ne sont pas encore appareillés alors qu’ils ont un problème d’audition, notamment dans la population qui n’a vraiment pas de couverture sociale ou qui bénéficie de l’aide médicale d’État. Nous répondons ainsi à un petit trou du système et on vient en complément du circuit classique qui est mis en place dans les villes.

Vous pouvez décrire les services que vous rendez lorsque vous venez deux jours à Marseille ?
Nous recréons dans l’hôpital de la Conception le circuit, la chaîne de l’audition. Dans chaque salle on retrouve une étape. Cela commence par la consultation avec le médecin ORL. On voit là tous types de problèmes au niveau de l’ORL, parfois des tympans percés mais aussi des bouchons de cérumen qui sont enlevés, puis parfois d’autres pathologies qui conduisent le médecin à prescrire des médicaments. Deuxième étape, si nécessaire, l’audiométrie où les personnes font un test d’audition. Et, s’il est nécessaire d’appareiller ces personnes, s’il y a une surdité, le trajet se poursuit dans une autre salle où on va installer un embout auriculaire sur mesure et puis ensuite dans une autre salle encore elle va être appareillée avec des appareils numériques bien sûr. Un appareillage sur mesure réglé avec un logiciel professionnel. Il y a une dernière salle,l’orthophonie, pour finir la chaîne. La personne une fois appareillée va faire une séance d’orthophonie. C’est fondamental, en appareillant la personne on lui permet de réentendre mais ce n’est pas suffisant car il s’agit après de pouvoir faire la différence entre des sons très proches et pour les personnes qui sont sourdes profondes, de pouvoir placer leur souffle, ressortir les mots, ressortir les sons entendus.

Et ces appareils que vous donnez, d’où viennent-ils ?
Ces appareils sont dans la grande majorité issus du recyclage. Nous avons un atelier unique en France où on reçoit des milliers d’appareils auditifs chaque année. Ils y sont recyclés. On leur donne ainsi une seconde vie.

Est-ce que vous faites de la prévention aussi parce qu’on voit beaucoup de personnes avec des écouteurs dans les oreilles, dans les transports publics, dans la rue ?
Effectivement, une autre action de l’association réside dans la prévention auditive. Nous avons pour cible les conservatoires et les écoles de musique. Nous expliquons le fonctionnement de l’oreille et surtout on donne des bons conseils pour prendre soin de son audition. C’est à dire, par exemple, pendre des moments de pause, de silence, après avoir sollicité son oreille pendant une répétition ou pendant un concert. Autres conseils : s’éloigner un petit peu de la source sonore, éviter de mettre de la musique compressée avec des écouteurs qui vont directement dans l’oreille et contre le tympan, privilégier l’écoute de la musique avec des enceintes ou des casques audio.

Pour quelles raisons venez-vous deux fois par an à Marseille ?
Il est très important pour nous de suivre les patients et de voir si les appareils sont bien réglés, de faire les ajustements nécessaires, redonner des piles, réaliser le contrôle que l’on retrouve dans le circuit classique.

Vous venez 2 fois par an, comment se fait-il que vous ne soyez pas plus connus ?
C’est un de nos axes de travail car c’est vrai que c’est dur de se faire connaître même si nous avons régulièrement droit à des reportages télé. En revanche, nous sommes bien connus du réseau associatif marseillais qui nous permet de passer l’information et de nous envoyer les personnes que l’on peut aider. On travaille à être plus connus car c’est frustrant de voir que nous avons les infrastructures, le matériel, les compétences, une équipe de professionnels de l’audition et que nous ne recevons pas autant de personnes que nous le pourrions.

Comment est financé votre association, Audition Solidarité ?
Nous sommes financés principalement par le mécénat privé. Il y a beaucoup d’audio-prothésistes notamment qui ont des centres solidaires c’est à dire qui nous aident financièrement. Ils reversent 10 euros par appareil auditif qu’ils vendent et récupèrent les appareils auditifs de leurs patients ou du grand public lorsqu’il y a un renouvellement. Ces appareils qui ne sont plus utilisés, il nous les envoie.

Combien d’audio-prothésistes, il y a des milliers d’audio-prothésistes en France, sont justement vos mécènes privés ?
Nous en avons 200 qui sont mécènes en France et ces 200 audioprothésistes rassemblent 350 centres d’audioprothèses en France.

En tout cas vous avez un financement assez conséquent puisque vous allez aussi à l’étranger.
Oui, tout à fait on est aussi aidé par des fondations privées (Fondation Zéphyr, Fondation la France s’engage, Fondation Up et Fondation Sarepta NDLR) et on mène des actions aussi à l’étranger dans des écoles d’enfants sourds et mal-entendants. On a des missions au Maroc, à Madagascar, en République Dominicaine et au Vietnam.

Prochain passage à Marseille d’Audition Solidarité à la Conception ?
Les 15 et 16 septembre 2020

Entretien avec Adrien Fagault-Martial de l’association Audition Solidarité


Lors de ces journées des bénéficiaires d’audition solidarité ont exprimé tout le plaisir d’entendre...

JPEG - 104 ko
La bonne humeur est de rigueur (Photo Audition solidarité)
JPEG - 73.8 ko
Salle d’audiométrie (Photo M.B.)
JPEG - 87.3 ko
Pose d’appareil (Photo M.B.)

Une femme se rappelle la joie qu’elle a éprouvée quand elle a entendu à nouveau l’eau couler du robinet. Plus loin, Nathalie, 13 ans, traitée pour un paludisme qui l’a rendue sourde pleure quand, nouvellement appareillée, elle entend à nouveau, et Sekou évoque lui aussi, un sourire dessiné sur ses lèvres le plaisir de mieux entendre. Le lien social retrouvé, pouvoir participer à des conversations, ne plus se sentir isolé...


L’association Surdi 13, a aidé Audition Solidarité en informant autour d’elle sur ces 2 journées d’appareillage gratuit. Elle se charge aussi d’accueillir les sourds et les mal-entendant.

JPEG - 104.6 ko
François Paire, vice-président de l’association Surdi 13 (Photo M.B.)

Destimed : François Paire, vous êtes vice-président de l’association Surdi 13, vous êtes dans les couloirs de la Conception auprès de l’association Audition Solidarité, quel est exactement votre rôle ?
F.P. : Nous sommes là en appoint, en tant qu’association de mal-entendants. Nous venons les aider, un petit peu, dans leur communication sur Marseille, puisque nous y sommes quand même bien implantés, de façon à faciliter leur travail auprès des mal-entendants.

L’association Surdi 13 reçoit indifféremment des mal-entendants comme vous venez de le dire et des sourds profonds, est-ce que cela veut dire qu’il y a en fait beaucoup de variété de surdité ?
Oui, en termes de perte d’audition il y a énormément de schémas différents. Vous avez des gens qui perdent l’audition très très progressivement, c’est le cas par exemple aussi avec les pertes d’audition liées à l’âge et puis vous avez effectivement des maladies qui font que l’on va perdre l’audition rapidement. Nous, nous sommes là pour renseigner, pour aider les gens à se situer, pour les aider à trouver des moyens de s’adapter à leur perte d’audition. Il est bien clair que nous ne sommes pas médecin. Nous ne sommes pas là pour les remplacer. En revanche nous connaissons bien le domaine de l’équipement. Nous pouvons aider les gens à se situer par rapport à leur environnement. Essayer de voir quelles sont les pratiques à adopter pour leur permettre de rester dans leur environnement sonore, professionnel, familial et pouvoir continuer à communiquer le mieux possible avec tout le monde.

Est-ce qu’il arrive que l’on soit mal-entendant ou sourd et encore en activité ?
Oui, bien sûr et dans ces cas-là, il y a des possibilités d’équipement. Comme tout le monde on peut avoir des appareils auditifs et on peut, dans le cadre professionnel, s’équiper au niveau de la téléphonie, au niveau du poste de travail, on peut s’équiper pour mieux suivre les réunions, ce qui souvent est une grande difficulté pour les gens qui sont mal-entendants et là on peut aider les gens à se guider dans toutes les solutions qui existent.

Quand on va au cinéma, peu de films sont sous-titrés donc accessibles aux sourds profonds et quand on fait aussi des études, on s’aperçoit très vite qu’en primaire comme en supérieur il y a peu d’aides pour les sourds, est-ce que vous qui êtes une structure départementale, nationale, vous pouvez agir, faire du lobbying, pour que ces situations évoluent afin que ces personnes soient moins touchées dans leur quotidien ?
Oui, c’est clairement le rôle du Bucodes de SurdiFrance qui est un regroupement de 42 associations de malentendants au niveau français et qui fait remonter l’ensemble de nos demandes au niveau du ministère, au niveau national de façon à ce que les choses évoluent. On a fait évoluer, au fil des années les remboursements des appareils, les méthodes de prise en charge...

Est-ce que vous-même, ou autour de vous, vous avez remarqué que c’est le jour et la nuit quand on a un appareil qui fonctionne et surtout quand on a une bonne adaptation faite par un audio-prothésiste ?
Oui, bien sûr, l’appareil auditif est là pour compenser une partie de la perte auditive, cela ne remplace pas une oreille en pleine santé mais il va falloir un bon appareil et il va falloir un appareil bien réglé et on peut dire qu’il y a la même importance à bien choisir l’appareil qu’à bien le régler. Effectivement le travail de l’audioprothésiste est important il faut que nous, malentendants, nous allions choisir notre audioprothésiste. Un audioprothésiste qui soit à l’écoute et que nous puissions avec lui faire adapter notre appareil à notre besoin. Ce n’est pas pour rien si dans les protocoles qui sont mis en place, cette année, par le 100 % santé il doit y avoir une période d’essai d’un mois pour tester l’appareil avant de l’acheter puis ensuite, 3 rendez-vous de réglage au cours de la première année et ensuite deux rendez-vous chaque année pendant toute la vie de l’appareil.

Justement ce 100 % santé en appareils auditifs il est prévu avec des rendez-vous. Mais le démarrage est pour quand ?
La mise en place est en cours, le 100 % santé appareils auditifs sera effectif au 1er janvier 2021. On est dans une phase transitoire. Ce qui est en place déjà et qui semble relativement bien respecté c’est le nombre de rendez-vous. Une enquête récente de Que Choisir montrait que le nombre de rendez-vous par année était respecté. En revanche, ce qui semble pour le moment encore un peu délicat à se mettre en place c’est le devis normalisé qui a été institué le 1er janvier 2020 et là, il semblerait que les premiers retours soient moyens.

Une période d’adaptation est nécessaire ?
Oui, tout à fait, il faut que tout le monde s’habitue. Il faut que les audioprothésistes prennent leurs marques sur ce nouveau devis et que les clients aussi viennent avec leurs demandes et puissent faire avancer les choses.

Une heureuse initiative que ce 100 % santé appareils auditifs parce que ces appareils restent chers.
Oui il est bien clair que l’appareil auditifs 100 % santé -qui, répétons-le, reste un bon appareil même si l’année prochaine il sera gratuit-, n’est pas un appareil au rabais il est gratuit parce qu’il est remboursé en partie par l’assurance maladie et en très grande partie par la mutuelle. D’ailleurs on commence à entendre parler d’augmentation du prix des mutuelles ce qui pose peut-être un petit problème.

Tous ces renseignements on les retrouve de toute façon sur votre site ?
Bien sûr sur surdi13.fr vous aurez tous les renseignements sur qui nous sommes, ce que nous faisons et le programme de nos actions.

Entretien avec François Paire, vice-président de l’association Surdi 13

Propos recueillis par Mireille BIANCIOTTO

Cet article vous a intéressé ?

Aidez-nous à poursuivre la mise à disposition d'articles gratuits en regardant simplement une courte publicité de votre choix :



Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Signaler un contenu ou un message illicite sur le site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.