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Robert Hossein mort d’un géant du spectacle et d’un homme de paix et de foi

jeudi 31 décembre 2020

A l’image de Michael Lonsdale, disparu voilà peu, Robert Hossein était un homme de foi, de paix et de dialogue. Son livre de conversations avec François Vayne intitulé « Je crois en l’homme parce que je crois en Dieu », attestait de sa volonté de transmettre sa passion du sacré.

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Robert Hossein a tiré sa réverence ce jeudi 31 décembre à l’âge de 93 ans (Photo capture d’écran/interview INA )

De son vrai nom Abraham Hosseinof, enfant de la balle fils d’un compositeur et d’une comédienne, Robert Hossein aurait pu avoir écrit lui aussi « Il fait Dieu », si Didier Decoin n’avait pas pris ce titre pour un de ses bouleversants ouvrages. Son travail, mélange de cinéma et théâtre populaires exigeants et fédérateurs construisait des mondes bigarrés dans lesquels les super-productions qu’il proposait à un vaste public secouaient les cœurs, les consciences, voire les corps tant nous étions saisis par la force évocatrice des scènes savamment agencées. Dans son Jésus notamment donné au Palais des Sports en 1983 où les spectateurs étaient conviés à prendre position en participant de manière active à la Cène et aux moments tragiques du Jardin des Oliviers. On pourrait ajouter à ce propos que la plupart des mises en scène dont il s’est occupé traitent de la question de la présence à l’Autre, de la culpabilité, -on se souvient de sa mise en scène à Marigny en 2001 de « Coupable ou pas coupable » de la dramaturge Ayn Rand-, du poids des fautes « Ouragan sur le Caine », et du pardon et de la main tendue à son ennemi. Pas étonnant donc que de l’avoir vu offrir une lecture scénique prodigieusement profonde de « Crime et châtiment » le chef d’oeuvre de Dostoïevski adapté par Gaston Baty, créé à Marigny en 2001 avec un phénoménal Francis Huster et une bouleversante Mélanie Thierry. Une lettre de prison de l’auteur russe pourrait d’ailleurs résumer la pensée de la pièce et de Robert Hossein en personne. « La vie est partout la vie, la vie est en nous et non dans le monde qui nous entoure », écrivit Dostoïevski qui ajouta : « Près de moi seront des hommes, et être un homme parmi les hommes et le demeurer toujours, quelles que soient les véritables circonstances, voilà le véritable sens de la vie ». « On sait que Hossein se reconnaît tout entier dans ces mots », nota à l’époque la critique théâtrale Armelle Héliot qui offrit en filigrane un portrait poignant du metteur en scène disant de lui : «  Il possède, on ne sait quoi d’ombrageux et farouche, tempéré par la douceur mélancolique, d’une âme d’essence russe ». Concluant ainsi son ombre et lumière de ce Slave au grand cœur/ « Il n’a jamais oublié le petit garçon pauvre et rêveur aimé de ses parents exilés à Paris, mais toujours solitaire, qu’il a été ».

Un homme fait de tous les hommes

Attentif aux autres, curieux, généreux « qui partage tout et ne garde rien », (dixit Armelle Héliot), rencontrant pour l’éternité amicale Raymond Rouleau ou Frédéric Dard avec qui il travailla notamment en réalisant des films d’après « Les salauds vont en enfer » ou « Toi et le venin », Robert Hossein était donc nourri de cette idée d’homme parmi les hommes défendue par Dostoïevski et Sartre dans « Les mots  ». Sartre qu’il admirait au point de mettre en scène « Huis clos » à Marigny en 2000 après la mort du dramaturge. Une cohérence donc dans son travail, et un éclectisme mis au service d’une grande présence auprès des actrices qu’il magnifie sur scène de son regard compassionnel. Et puis bien sûr il y a tout son travail d’acteur où Robert Hossein montra qu’il avait une forte présence autant sur les planches que derrière la caméra. Son rôle dans la série des « Angélique » succès de télévision où il crevait l’écran, signalait sa manière de s’adapter. « Un meurtre est un meurtre, d’Étienne Perier « Les uns et les autres » de Lelouch, « Vénus beauty » de la regrettée Tonie Marshall, dès qu’il apparaissait Robert Hossein demeurait inoubliable. Décédé ce 31 décembre, le lendemain de son anniversaire, ce géant du cinéma et du théâtre, qui prit la plume et défendit les grands acteurs s’en est allé rejoindre là-haut dans les étoiles tous les porteurs de paix dont il était sur terre le vibrant messager.
Jean-Rémi BARLAND

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