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Santé Sud. France-Afrique - Conférence/débat sur "le Médecin Généraliste et l’équipe de santé en pleine (R)évolution"

mardi 10 décembre 2019

L’ONG marseillaise Santé Sud agit en Afrique pour permettre l’accès durable à des soins de qualité aux populations éloignées des centres de santé en accompagnant et en formant des professionnels locaux. Un de ses programmes phares est l’installation de médecins généralistes communautaires (MGC), dans les zones rurales du Mali, de Guinée, du Bénin et de Madagascar.

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Mali (Photo D.R/santé Sud)

En France, la reconnaissance de la médecine générale en tant que spécialité universitaire proposée à l’internat est un acquis récent. Son rôle s’impose dans les régions rurales de France où les praticiens sont chaque année un peu moins nombreux. En Afrique où les services publics peinent à subvenir aux besoins de tous les habitants, le recours à un médecin généraliste de premiers soins reste un véritable combat. La révolution numérique déjà en route dans le domaine de la médecine pourrait-elle avoir un impact sur le rôle de ces praticiens français et africains ? A l’occasion de son 35e anniversaire, Santé Sud a réuni médecins, philosophes et spécialistes du numérique au service de la santé en France, en Guinée, à Madagascar et au Mali afin de partager la vision d’un médecin généraliste d’un continent à l’autre et de porter ensemble un regard sur l’évolution de ce métier avec le développement des technologies.

Première table ronde. La spécialité de la médecine générale : un acquis récent en France, un combat pour l’Afrique

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(Photo Santé Sud)

Les intervenants : Dr Pierre Costes, concepteur du logiciel médical partagé DataSanté et représentant du syndicat des médecins généralistes MG France - Dr. Dominique Desplats, concepteur Santé Sud du programme de Médecine Générale Communautaire (MGC) - Dr. Karamoko Nimaga, président de l’Alliance du Secteur Privé pour la Santé au Mali (ASP-PSM) - Dr. Abdoulaye Sow, directeur de Fraternité Médicale Guinée (FMG).

En France, la médecine générale est devenue depuis 2004 une spécialité proposée aux étudiants de médecine qui intègrent l’internat. Cette spécialisation dure 3 années après les 6 années de tronc commun. C’est ainsi que le médecin généraliste a acquis ses titres de noblesses, rejoignant le rang des spécialistes. En Afrique, la médecine générale n’est toujours pas reconnue au niveau de la formation universitaire. La plupart des étudiants choisissent presque tous de se spécialiser. Le nombre de médecins généralistes est par conséquence très insuffisant pour permettre un accès à la santé pour la population locale. Ceux qui choisissent ce métier s’installent majoritairement dans les grandes villes, laissant des populations entières installées en zones rurales reculées privées d’accès aux soins. « Tant que les pays africains ne reconnaissent pas la médecine générale comme un spécialité universitaire enseignée en médecine, nous ne pourrons pas développer l’installation de médecins de campagne », explique le Dr Pierre Coste, représentant de MG France. C’est pour répondre à ce besoin du terrain que le concept de médecin généraliste communautaire (MGC) a vu le jour. Le premier MGC s’est installé en 1989 au Mali : une grande victoire et une avancée énorme pour les 10 000 personnes installées sur la zone couverte par ce médecin. Depuis, 195 médecins ont été accompagnés dans leur installation et formés par Santé Sud au Mali, en Guinée, au Bénin. Aujourd’hui, le programme MGC est reconnu par l’OMS. Un des premiers médecins généralistes communautaires, le docteur Karamoko Nimaga témoigne aujourd’hui des bénéfices de l’arrivée d’un médecin pour la population locale. L’installation de ces MGC n’est possible en Guinée qu’à travers la mise en place de partenariats public/privé et par le travail auprès des instances publiques que mènent les partenaires de Santé Sud présents dans les pays soutenus. C’est le rôle du Dr. Abdoulaye Sow qui œuvre auprès du gouvernement pour permettre l’installation de nouveaux MGC en Guinée. Agissant là où la présence d’agents de santé publics ne peut être assurée, les médecins privés favorisent l’accès à la santé pour tous. Pour trouver suffisamment de médecins volontaires pour devenir MGC et permettre l’accès à la santé à ces populations rurales, il faut également travailler à la reconnaissance de la médecine générale par la faculté de médecine. Tel est aussi le combat du Dr Abdoulaye. Les témoignages d’acteurs du terrain présents montrent l’importance de continuer à installer des médecins dans les régions reculées des pays d’Afrique de l’Ouest. Les communautés qui en accueillent prennent rapidement l’habitude d’aller consulter et voient vite les bienfaits d’avoir une présence médicale sur place. Ces regards croisés entre médecins africains et français mettent en évidence le parallélisme entre la médecine générale en France et le médecin généraliste communautaire, chacun ayant ce rôle essentiel de poser le premier diagnostic sur le patient et d’apporter les premiers soins.

Seconde table ronde : Les nouvelles technologies en médecine, une révolution des métiers ?

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(Photo Santé Sud)
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Centre de santé au Bénin (Photo Santé Sud)

Les intervenants : Dr Bernard Muscat, médecin généraliste et membre du syndicat MG France - Dr Pierre Costes, concepteur du logiciel médical partagé DataSanté - Dr Niry Ramaromandray, directrice de Santé Sud Madagascar - Dr Mansour Sy, directeur de Santé Sud Mali- Mark Hunyadi, philosophe.

Face aux nombreux défis auxquels doivent faire face nos systèmes de santé, l’idée d’une organisation de soins de plus en plus connectée se transforme en réalité. Les nouvelles technologies en médecine interviennent dans l’aide au diagnostic (intelligence artificielle), aux actes techniques (robotique chirurgical), à la coordination des soins (dossier médical patient informatisé), à la consultation (télémédecine) en attendant les micro-robots injectés dans le sang et capables d’atteindre les endroits les plus reculés du corps humain pour réaliser un authentique traitement ciblé. L’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication impose une réorganisation de l’ensemble du secteur médical : une révolution en marche en France et bientôt partout dans le monde. Si la télémédecine n’est pas aujourd’hui une question d’actualité pour les pays d’Afrique, les pratiques évoluent pourtant avec les nouvelles technologies qui permettent à l’information de mieux circuler entre patients et médecins. Ainsi, le dossier de santé individualisé et dématérialisé, le « Dossier médical partagé » (DMP), conçu par le docteur Costes de l’association Datasante et mis à la disposition de tous les MGC, permet de faire un suivi personnalisé de chaque personne (historique des diagnostics et traitements prescrits, planification familiale, suivi de grossesse, de vaccination, de la nutrition, etc.), avec des données quantitatives et des informations qualitatives différenciées pour la femme et pour l’homme. « Le dossier médical partagé (DMP) est un outil très simple qui nous permet de mieux suivre nos patients. Les praticiens peuvent ouvrir en même temps le dossier d’un patient et intervenir dessus pour partager un avis. Il nous permet de mieux connaitre les malades, de faire naviguer nos données, de prendre des décisions très rapidement. Il est parfaitement adapté aux besoins des médecins communautaires, explique le Dr Niry Ramaromandray, directrice de Santé Sud à Madagascar. Pour Madagascar, ce DMP est une nouvelle technologie. Data Santé a développé une seconde version du DMP spécialement adaptée aux problématiques de Madagascar, donnant la possibilité de l’’utiliser sur smartphone et sans connexion. La technologie progresse ! »

« Le DMP assure le partage des données, explique encore le Dr Mansour Sy, directeur de Santé Sud Mali. Il permet de mettre en place des outils logiciels d’aide au diagnostic, d’alarmes de gravité, de suivi nutritionnel individuel, d’aide à la prescription et d’outils de formation pour les ressources humaines qualifiées. Mais notre problème reste la couverture réseau du territoire qui nous bloque dans son utilisation quotidienne. Le Mali doit encore progresser dans ce domaine pour permettre le développement des nouvelles technologies. » En France, la télémédecine est aujourd’hui une forme de pratique médicale à distance qui utilise les technologies de l’information et de la communication. Elle permet déjà d’établir un diagnostic, d’assurer un suivi à visée préventive ou un suivi post-thérapeutique, de requérir un avis spécialisé, de préparer une décision thérapeutique, de prescrire des produits ou des actes, ou d’effectuer une surveillance de l’état des patients. Cette télémédecine apparait également comme une des solutions intéressantes pour les territoires considérés comme « déserts médicaux ». Pourtant, cette avancée peut être considérée comme un remplacement de l’homme dans la gestion de la médecine par des outils technologiques et montrer des limites au niveau éthique.

Face à cette transformation des habitudes, Marc Hunyadi, professeur de philosophie sociale, morale et politique de l’Université Catholique de Louvain (Belgique) apporte aujourd’hui sa vision personnelle sur l’impact du numérique sur la relation médicale. Il nous fait part de ses craintes face à cette évolution du numérique. « La relation du patient à son corps change totalement avec cette révolution numérique, explique-t-il. Les enjeux éthiques des données sanitaires nécessitent une attention et une vigilance particulière. L’outil est en train de dépasser l’homme : certains métiers médicaux sont déjà remplacés par la machine. Face à cette révolution profonde de nos pratiques, nous sommes éthiquement et politiquement démunis aujourd’hui. Nous n’avons pas de dispositif institutionnel qui pourrait orienter les grandes politiques de santé et l’utilisation du numérique dans la santé. Je suis frappé comme nos étudiants en médecine sont peu formés à cette montée du numérique. On leur apprend à se préparer à leur propre prolétarisation. La médecine va vers une technologisation de sa pratique, remplaçant l’humanisation du médecin. » Pour le docteur Costes, il n’est pas question de refuser la technicité pour protéger un métier. « Qu’est-ce qui est prioritaire : mieux dépister un cancer du sein ou protéger le radiologue qui fera un diagnostic pourtant moins précis. » La population fera vite son choix.

Le dossier médical partagé doit être protégé et mis sous le contrôle maximum des professionnels de la santé. C’est ce que peuvent apporter les outils tels que data santé. La limite de cette évolution technologique repose encore aujourd’hui en particulier sur notre incapacité à protéger efficacement les données. Le dossier médical partagé pose aussi la limite du droit à l’oubli ou du droit à préserver des informations personnelles : une addiction soignée, un accident que l’on souhaite oublier... Ce droit existe mais les personnes ne le connaisse pas pour le faire appliquer.

Santé Sud, une ONG d’intérêt général


Tout le monde a le droit d’être bien soigné
ONG de solidarité internationale reconnue d’intérêt général luttant pour le droit à chacun d’être bien soigné, Santé Sud agit partout dans le monde et plus particulièrement en Afrique pour accompagner les acteurs locaux dans le renforcement de structures et systèmes de santé. Santé Sud a été fondée en 1984 par une équipe de professionnels de santé qui intervenaient dans des missions d’urgence en Afrique et en Asie. Ils ont voulu lutter durablement contre les inégalités chroniques dans l’accès au soin par le renforcement de systèmes de santé avec la philosophie d’agir sans remplacer. Forte de son réseau de professionnels et de ses méthodes intégrées sur mesure, Santé Sud accompagne les initiatives locales pour permettre l’accès durable de tous à des soins de qualité. En 35 ans d’existence Santé Sud a piloté plus de 160 programmes complexes dans 26 pays sur tous les continents, en s’adaptant en continu aux contextes politiques et sécuritaires difficiles, pour rester aux côtés de ses partenaires dans ses pays d’intervention.
Santé Sud est une association de Groupe SOS Action Internationale.
Sans don, rien ne peut se faire !
Pour pouvoir développer ses programmes, Santé Sud a besoin des dons de chacun. L’association d’intérêt général est subventionnée par des fonds publics et privés européens et français. Mais cela ne suffit pas pour mener à bien les projets qu’elle soutient.
Chacun peut faire un don sur le site santesud.org.

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