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Site-Mémorial du Camp des Milles

vendredi 8 mars 2013

Des femmes, debout, des femmes en résistances

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(PHOTO D.R.)
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Alain Chouraqui, le président de la Fondation Camp des Milles, en avant-propos , explique les raisons qui ont conduit le site-mémorial à organiser ce premier Forum "Femmes debout, Femmes en résistance" (PHOTO Patrick Kalaydjian)
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Dafrosa Gauthier et Beate Klarsfeld (PHOTO Patrick Kalaydjian)
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Un public nombreux a investi le tout récent auditorium du site-mémorial, ce vendredi 8 mars, journée internationale de la Femme. (PHOTO Patrick Kalaydjian)

A l’occasion de la Journée internationale de la femme, le Site-Mémorial du Camp des Milles a organisé ce 8 mars, de 14h30 à 21h, son premier Forum annuel « Femmes debout, Femmes en résistances ».

Beate Klarsfeld, Dafrosa Gauthier, Claudia Bourdin participe à une table ronde animée par Alain Chouraqui, le président du Site-Mémorial. Beate Klarsfeld, raconte son parcours de jeune fille allemande, dont la vie est toute tracée, qui, afin d’apprendre le français, décide de venir à Paris. Jeune fille au pair, elle rencontre un dénommé Serge qui deviendra son mari. Son existence, rangé, ennuyeuse, bascule, elle chasse les nazis, les auteurs de la Shoah, aux quatre coins du monde.
Dafrosa Gautier, bouleversera l’assistance en racontant son combat afin que soit puni les auteurs du génocide au Rwanda. Enfin, Claudia Bourdin évoque Charlotte Salomon, jeune peintre assassinée à Auschwitz.
Puis, ont été présentés en écho deux films Rosenstrasse et Sophie Scholl, les derniers jours primés notamment à Venise et Berlin, et illustrant des actions de femmes connues ou anonymes contre la dictature nazie.
Le Forum « Femmes debout » est le premier événement organisé dans l’Auditorium du site-mémorial depuis son inauguration le 27 janvier dernier. Il illustre la volonté du site-mémorial d’honorer les « femmes debout » souvent oubliées dans l’historiographie, de rendre hommage à toutes celles qui surent résister aux tentatives d’abaissement et de déshumanisation, celles qui s’opposèrent aux mécanismes conduisant au pire, celles qui surent, par leurs gestes parfois simples mais courageux et efficaces, lutter contre la barbarie et en aider les victimes, celles ensuite qui se sont engagées dans le combat pour la Justice, contre l’oubli et l’impunité des génocidaires.
Alain Chouraqui, en avant propos, explique les raisons qui ont conduit le site-mémorial à organiser ce premier Forum « Femmes debout, Femmes en résistances », « afin de rendre hommage à ces femmes anonymes qui ont résisté. Anonymes car l’histoire est souvent machiste, car la société, machiste, a conduit à ne pas confier de postes de responsabilités à des femmes ». Profitant de l’occasion pour célébrer ces « Justes des nations » qui ont œuvré en faveur des internés du Camp des Milles : Marie-Jeanne Boyer, Nelly Bartoloni, Alice Manen, Georgette Donnier et Françoise Donadille. Puis de rendre hommage à Denise Vernay, la sœur de Simone Veil, résistante, qui vient de décéder, ainsi qu’à Françoise Seligman elle aussi disparue. Françoise Seligman qui est entrée en résistance en 1941, qui, dès 1946 a collaboré à un journal Féministe, La Française, qui fut une grande figure du PS et, jusqu’à son dernier souffle, une militante de la Ligue des droits de l’Homme.

« Il n’y a pas d’autre manière d’être debout que de refuser l’inacceptable »

Dafrosa Gauthier va bouleverser le public. Dès les premiers mots le ton est donné : « chacun peut résister, refuser l’inacceptable. Il n’y a pas d’autre manière d’être debout que de refuser l’inacceptable ». Avant de lancer : « Je suis Dafrosa Gauthier. Je suis née au Rwanda, je vis en Europe depuis 1973, en France depuis 1977. J’ai dû quitter mon pays à cause de l’histoire, parce que, depuis 1959, les Tutsis subissent des massacres . Un mois avant le génocide j’étais au Rwanda, les violences existaient déjà, la Radio des sept collines incitait déjà au meurtre. » Elle s’arrête un instant puis reprend : « Personne ne peut rester soi-même après un génocide. Nous sommes des personnes qui ont vécu avant puis qui ont commencé une autre vie. On survit tant bien que mal au vide. Il ne reste que deux possibilités : le suicide ou essayer de faire quelque chose pour les victimes ».
Dafrosa Gauthier rappelle que le pays était une colonie allemande avant de passer sous tutelle belge. Des Belges qui sont surpris de trouver un pays aussi bien gérer par les Tutsis. Ils avancent que ces derniers ne peuvent être des noirs, sont des seigneurs au contraire des Hutus, le peuple. Les Tutsis forment l’élite du Rwanda, mais, lorsque viennent les idées d’indépendance, ils deviennent les porteurs de ces revendications. La Belgique se met alors à soutenir les Hutus, à véhiculer tous les clichés contre les Tutsis, toujours dans la volonté de diviser pour mieux régner. Les Tutsis sont traités de menteurs, de voleurs, d’exploiteurs. Les pièces du drame se mettent en place. En 1959 a lieu un premier massacre, suivi d’un autre en 1963, en 1973. Les intellectuels sont chassés et, en 1994, c’est le génocide. « Des Rwandais ont tué d’autres Rwandais. Mais on ne peut occulter la responsabilité internationale ». Elle rappelle à ce propos que : « la France a envoyé des soldats former les milices qui ont commis le génocide ». Depuis, des coupables vivent en France qui, comme d’autres pays « a accueilli à bras ouvert ces bourreaux ». « Face à cela nous avons créé le Collectif des Partis Civiles pour poursuivre les criminels, qui sont ici, pour qu’ils soient traduits en justice. Dans cette tâche, nous sommes aidés, bénévolement, par huit avocats ».

« Un premier procès devrait avoir lieu en 2014 »

Elle poursuit : « Nous n’agissons pas par vengeance, simplement pour la mémoire des victimes.. Nous allons au Rwanda pour recueillir des témoignages. Les victimes, leur famille, ont de plus en plus de mal à parler, elles pensent que cela ne sert à rien, qu’on ne peut pas les comprendre. Il faut expliquer, convaincre. Nous allons aussi dans les prisons, les villages, voir les auteurs du génocide pour remonter jusqu’aux commanditaires. Puis il me revient, tâche oh combien éprouvante, de traduire leurs propos. C’est dur, certains jours je ne peux pas, face à tant d’horreur, mais il le faut. Nous avons déposé une vingtaine de plaintes. Depuis 2012, enfin, un pôle d’enquête a vu le jour en France, dans ce pays qui n’a organisé jusque là aucun procès. Mais il y a maintenant trois juges ainsi que huit officiers de police qui travaillent énormément. Un premier procès devrait avoir lieu en 2014 ».

« Condamné à un an de prison pour avoir giflé un nazi »

Puis c’est au tour de Beate Klarsfeld de prendre la parole, elle parle de son père, militaire, « qui n’était ni pro, ni anti-nazi ». De sa venue en France, pour y étudier le français, de sa rencontre avec Serge Klarsfeld, rencontre qui va bouleverser sa vie.
Il lui raconte comment il échappa à la Gestapo à Nice en 1943, grâce à son père, Arno, qui, avait fabriqué une fausse cloison dans un placard. Lorsque la Gestapo arrive, il eut le temps d’y cacher toute sa famille. Ainsi lui seul fut déporté de la gare de Bobigny (convoi 61 du 28 octobre 1943) vers Auschwitz.
En 1963, elle s’engage dans l’office franco-allemand de la jeunesse. C’est alors, qu’en 1966, à la tête d’une grande coalition, Kurt Georg Kiesinger, se retrouve chancelier. Or, après des études de droit, Kiesinger devient en 1933 membre actif du parti nazi. À l’office des Affaires étrangères sous Joachim von Ribbentrop, en tant que directeur-adjoint de la propagande radiophonique du Reich vers l’étranger, il est chargé de faire le lien entre Ribbentrop et Goebbels. « Je ne peux l’accepter. Je fais des tribunes dans la presse ce qui me vaut d’être révoquée de l’Office franco-allemand, a être condamnée. Avec Serge nous commençons à monter un dossier, seule la RDA voudra nous aider. Nous décidons de mener des actions spectaculaires pour secouer la société allemande. J’insulterais Kiesinger d’abord puis je le giflerais en 1968. J’ai été condamné à un an de prison pour avoir giflé un nazi. Cela ne nous a pas empêchés de poursuivre notre action. Ainsi, Ernst Achenbach, ancien adjoint d’Otto Abetz, qui avait transmis les ordres de Hitler directement au maréchal Pétain, était candidat pour devenir commissaire européen : cela était inimaginable pour nous. Nous avons agi afin que le gouvernement allemand renonce à cette nomination. De 1971 à 1975 nous menons régulièrement des actions et sommes régulièrement arrêtés ». Elle retrouve Aloïs Brunner à Damas, l’homme est notamment l’instigateur de la déportation vers les camps d’extermination de 47 000 juifs autrichiens, de 43 000 juifs grecs. Il fut également le chef du camp de Drancy. Il a fait déporter 25 000 juifs français ou résidents en France au départ de la Gare de Bobigny vers Auschwitz principalement. Il est également impliqué dans les rafles de Berlin et dans la déportation des enfants d’Izieu. Le dernier convoi qu’il organise avant la fin de la guerre part le 13 mars 1945 de Sered, en Tchécoslovaquie.
Elle retrouve, enfin, Barbie en Amérique du Sud, obtient son expulsion, en 1983. S’engage aussi contre les dictateurs argentins, paraguayens. Et s’adressant au public : « Je suis partie en 1960 pour devenir jeune fille au pair et me voilà aujourd’hui devant vous, c’est merveilleux ».

« Elle aurait choisi la vie. On ne lui en a pas donné l’occasion, il nous reste son théâtre »

Au camp des Milles, un grand nombre d’intellectuels, d’artistes, furent internés, et c’est d’une artiste dont il va être question. Claudia Bourdin, de l’association Recto-Verso, œuvre pour mettre en lumière l’œuvre de Charlotte Salomon qui, entre 1940 et 1942 peindra plus de 1 300 gouaches. Alors qu’elle est à Villefranche où son père l’a envoyé, croyant que c’est là une terre d’asile. « Elle ne sait pas qu’elle sera déportée en 1943 et qu’elle sera assassinée le lendemain de son arrivée à Auschwitz, alors qu’elle est enceinte de 5 mois. Elle avait 26 ans ». Elle laisse une œuvre considérable, puissante, originale : « Vie ? ou Théâtre ? », une trilogie avec près de 800 gouaches, des textes et des partitions musicales. « Charlotte Salomon est encore peu connue. Elle aurait choisi la vie. On ne lui en a pas donné l’occasion, il nous reste son Théâtre ».
On attend la deuxième édition du Forum, « femmes debout, femmes en résistance ».

Luc CONDAMINE

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