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Théâtre Toursky de Marseille. Darroussin : ’Rimbaud en feu’, Rimbaud en folie, à la folie

lundi 11 octobre 2021

« J’ai avant tout imaginé ce texte pour mon ami Jean-Pierre Darroussin que je considère comme un acteur hors du commun », confie Jean-Michel Djian dans sa présentation de « Rimbaud en feu » publié aux éditions Actes Sud. « Mais je l’ai aussi écrit pour railler en pleine pandémie, le panache de Rimbaud, histoire d’extirper de ce réel flottant le génie extravagant du "voyant". Arthur est venu à ma rescousse. Il a, sans prévenir, transformé mes états d’âme en terrain vague, et j’ai pu jouer à me faire peur. Les mots ont rappliqué, foutraques exactement comme le cerveau les aime quand ils tournoient gaîment au dessus-d’une tète. Ils se sont mis à faire un piqué, à s’emberlificoter, puis à s’embrouiller avant de rentrer dans le rang.  » Et Jean-Michel Djian de conclure : « L’amitié joyeuse de l’auteur et de l’acteur fera le reste : propulser sans masque ce qu’un poète éternel sait faire de mieux, parler à notre place. »

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Jean-Pierre Darroussin mis en scène par sa compagne Anna Novion incarne un Rimbaud tellurique aux propos très...artistiques. (Photo E. Blondet -Abaca)

... Et Darroussin de répondre

A ce formidable envoi en forme d’applaudissements Jean-Pierre Darroussin, peu avare non plus de compliments répond : « Il y a dans ce texte une magie, celle de la rencontre de l’imaginaire et du vivant. C’est souvent ça le théâtre, des mots couchés sur le papier et ça se lève. Ça prend corps, ça prend voix. Il y a longtemps que l’écrivain, journaliste, réalisateur Jean-Michel Djian traque Arthur Rimbaud, de Charleville à Marseille, des Ardennes au Grand Rift, de Paris à Harar. Et puis voilà que le poète a accepté de sortir de son trou et de se faire encore un peu voyant. La rencontre a eu lieu. Du côté de la vie, rageant, pestant, riant, éclatant de passion, cynique, malin, fier, fou, angoissé, joyeux, chantant, désespéré, bref, en feu. Comme quoi, même quand on est mort depuis longtemps, ça vaut le coup de rencontrer Jean-Michel Djian. Il y a dans ce texte un peu plus encore que de la magie ; il y a le ramdam des vingt et un grammes d’âme qui se sont envolés un 10 novembre 1891 du côté de Marseille. » On ne saurait mieux dire... Et l’acteur sur scène de non pas jouer mais d’incarner « l’homme aux semelles de vent » saisi en mouvements... dans une chambre. En 1924, l’année même où André Breton publie le Manifeste du Surréalisme dans les colonnes du Figaro, on retrouve l’auteur de « L’éternité  » enfermé dans sa chambre d’hôpital à Charleville. « Vivant il est, plus voyant encore qu’à 20 ans lorsqu’il décide d’en finir avec la poésie » nous dit-on de lui. « C’est un génie en feu qui s’installe devant nous, hagard, illuminé mais plus flamboyant encore qu’il ne l’a jamais été. Ce n’est plus un corps qui parle, c’est une âme. »

Un homme « sans semelles et sans vent »

Bondissant, convoquant à la barre de sa démence, son « Bateau ivre », son infirmier, « son » Verlaine, Alfred Jarry Ignace de Loyola, c’est un homme « sans semelles et sans vent  » qui nous apparaît dans de larges vociférations cachant une tendre humanité. Ce Rimbaud en feu dévoilé ici par petites touches, c’est davantage un créateur soucieux de nous donner une leçon de vie, et un exposé sur l’art d’écrire et la poésie qu’un malade geignard. Darroussin exceptionnel de densité semble se démultiplier, se glisser dans la pensée du poète avec lyrisme, faire de la pensée de Rimbaud un message de paix universel.

Un certain Léo Ferré

Dans la galerie de portraits surgissant devant nous, où s’entrecroisent aussi curé, carabines, café, chiens, princes, brigands, palpitation du « Mystère de l’éternité  », on entend la voix de Léo Ferré chantant « Âme t’en souvient-il » poème illustrant parfaitement tous les stigmates de la nostalgie rimbaldienne. Léo Ferré diffusé au Toursky… c’est comme une évidence. On sait que le chanteur fut un ami de Richard Martin, l’âme artistique du lieu qui a lui-même enregistré un album de poésie sur Rimbaud intitulé « Fêtes de la patience » et un autre consacré à « Une saison en enfer ». Plus qu’un compagnonnage donc, mais un véritable supplément d’âme que d’entendre ce cher Léo faire bruisser les mots de Rimbaud.

Le temps des cerises

Et puis il y a ce final halluciné et hallucinant au terme duquel Rimbaud se définissant comme « le roi Ubu du royaume des fous » lance : « Je suis l’éternité à moi tout seul Léo. » Avant que d’entonner par Jean-Pierre Darroussin interposé « Le temps des cerises » reçu par le public du Toursky comme un chant de fraternité. Moment sublime comme suspendu hors du temps venant clore ce « Rimbaud en feu » mis en scène avec sobriété, intensité par sa compagne Anna Novion, réalisatrice et scénariste franco-suédoise récompensée en 2012 au Festival international du Caire, pour son film « Rendez-vous à Kiruna » où elle dirigeait déjà Jean-Pierre Darroussin, homme de verbes incarnés avec panache. Son regard de femme sur « Rimbaud en feu  » ajoute une part d’universalité à la pièce et à ses propos artistiques ...pas si fous que ça d’ailleurs !
Jean-Rémi BARLAND

« Rimbaud en feu » par Jean-Michel Djian est publié aux éditions Actes Sud-Papiers. 52 pages, 8 €

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