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Transport Paca : " La SNCF n’est plus dans les rails"

jeudi 6 octobre 2016

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Christian estrosi a dressé un bilan des négociations avec la SNCF en présence de Caroline Pozmentier-Sportich, vice-présidente en charge de la sécurité et de la prévention et Philippe Tabarot vice-président en charge des Transports (Photo Robert Poulain)

Les choses sont claires et nettes, Christian Estrosi, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ne se satisfait en rien du train-train de la SNCF et le signifie : « Entre les grèves, les retards, les trains annulés, les niveaux de service dégradés, la situation n’est plus acceptable pour les usagers. Or, la convention qui lie la Région à la SNCF arrive à son terme le 31 décembre prochain. Nous avons décidé, en conscience, de rompre les négociations avec la SNCF. Nous serons la première Région de France à engager un tel processus, nous le faisons en responsabilité. » Soulignant que la SNCF a présenté à la collectivité, « un devis qui n’est plus acceptable de 291M€ et que nous refuserons de payer. Il existe un écart de charges de 36M€ en 2016 entre le devis proposé par la SNCF et les coûts réels du service (soit 12 % d’écart) ». Il annonce qu’après « des mois de négociations », il soumettra au vote des élus de la Région le 3 novembre prochain, « un budget unilatéral, drastiquement revu à la baisse, pour le devis 2016. Je n’ai pas l’intention de faire payer aux habitants de notre région les délires tarifaires de la SNCF ». Et dévoile également vouloir engager « l’accélération de l’ouverture à la concurrence et des solutions alternatives ». Annonce dont il a « réservé la primeur » à la SNCF à Guillaume Pépy, le PDG de la SNCF. Ce dernier ayant laissé entendre qu’« il nous ferait très rapidement des propositions, nous verrons ». Dans le même temps le président de région tient à rassurer les usagers , non seulement les trains continueront à circuler mais«  les transports coûteront moins chers aux usagers dès le 1e janvier car c’est là un enjeu environnement et de qualité de vie. » Parle de mettre, par exemple, « fin à la carte Zou pour une carte jeune en direction des moins de 25 ans qui proposera encore plus d’avantages et, une carte intermodalité pour toute une série d’usagers ». Et de donner l’exemple des Alpes-Maritimes où un accord a été passé entre les intercommunalités et le département. « Ainsi, un aller-retour Nice-Cannes qui coûtait plus de 30€ ne coûte plus que 2 euros, un euro étant le prix d’un trajet sur l’ensemble du département »,indique-t-il

Je le dis clairement, la SNCF n’a pas suivi

Christian Estrosi considère que la qualité d’un réseau de transport ferroviaire participe à l’attractivité d’un territoire. « C’est pourquoi, indique-t-il, dès notre élection à la tête de la Région, nous avons engagé des discussions très étroites avec la SNCF. Pour rappel, notre région offrait à ses usagers la pire qualité de service de France à notre arrivée avec 20 % de trains en retard, 10 % de trains annulés, 18 % de fraude, sachant qu’un point de fraude équivaut à 800 000 € de manque à gagner ». Le président de Région rappelle que, dès son élection, il a contacté le président de la SNCF, il s’en est suivi, indique-t-il :« Un protocole d’accord signé le 29 janvier avec la SNCF pour construire un centre de maintenance à l’Est de la Région ; indemniser les usagers en cas de retard et d’annulation ; sécuriser les transports en construisant 2 Centres de Supervision Urbaine en gare de Marseille et de Nice, généraliser la vidéo-protection ; créer des équipes mobiles sur le terrain (200 agents) et installer des portiques anti-fraude. » Et de lancer : « Je le dis clairement, la SNCF n’a pas suivi ». Avant d’affirmer :« Je ne serai pas le Président de la Région qui accepte que la SNCF nous mette devant le fait accompli. Je ne serai pas davantage le Président de la Région qui acceptera que la SNCF continue à facturer très cher aux habitants un service de mauvaise qualité. Nous en sommes arrivés à un point de non-retour. Un service rendu de mauvaise qualité pour 300 M€ par an, c’est intolérable ! ».

Chaque jour, près de 40 trains pourtant commandés par la Région ne circulent pas

Il enfonce le clou : « C’est bien l’incapacité de la SNCF à mettre en œuvre les moyens nécessaires pour répondre à ses engagements et aux demandes de la Région et aux besoins des usagers qui est en cause ici. Des grèves et des blocages à répétition. Nous en sommes à 86 jours de grève recensés depuis le début de l’année. Sans ignorer les annulations et les retards sans la moindre explication. C’est inacceptable de mettre les usagers devant le fait accompli ». Il fustige :« une gestion calamiteuse des personnels conducteurs qui amène à l’annulation des trains pour cause de pénurie alors même que le plan de circulation des trains est arrêté et commandé par la Région auprès de la SNCF depuis près de deux ans. Chaque jour, près de 40 trains pourtant commandés par la Région ne circulent pas. C’est intolérable ». Il cache encore moins sa colère lorsqu’il avance : « Pire, si le contrat actuel avec la SNCF était appliqué à la lettre, la Région devrait même payer pour ces trains supprimés ». Pour le président de région face au refus « de coopérer » de la part de la SNCF, il déclare : « Je siffle la fin de la partie et je prends mes responsabilités. Le TER dans notre région est le plus cher de France, le surcoût est de l’ordre de 20 % en raison d’une organisation locale très peu efficiente (accords sociaux locaux spécifiques, TER omnibus comptant de trop nombreux arrêts, etc.). Nous avons commandé un audit indépendant qui démontre des écarts de coûts importants avec d’autres opérateurs ». Et de poursuivre sa charge :« Il faut se rendre compte que la SNCF estime ne pas avoir à justifier les charges qu’elle nous facture malgré nos nombreuses demandes depuis décembre 2015. Une inflation des coûts incontrôlable. Une hausse du prix du train facturé à la Région de l’ordre de 7% entre 2015 et 2016 à périmètre constant. Nous ne demandons aucune faveur, simplement de payer le prix juste. Je constate que la SNCF refuse cette demande. J’en prends acte ».

« Chacun pourra continuer à prendre son train demain »

Christian Estrosi tient à rassurer :« Que les choses soient claires pour le grand public : chacun pourra continuer à prendre son train demain, le mois prochain et l’année prochaine ! Mais, la Région ne supportera que le juste coût des services proposés par la SNCF. Je le dis à Guillaume Pépy. Je reste ouvert à ses propositions concrètes, opérationnelles et de court terme. Mais, il doit me faire des propositions très rapidement et opérationnelles sous peu. ». Christian Estrosi n’entend pas rester sur le quai à attendre des trains qui ne passent pas et engage « sans plus attendre » un travail sur des propositions alternatives à ce qu’offre la SNCF. Parle de 5 pistes : « Dès 2019, nous voulons expérimenter l’ouverture à la concurrence sur le rail, et même avant si L’État nous le permet, nous allons candidater à l’expérimentation de l’ouverture afin de préparer l’ouverture à la concurrence dès 2019. La ligne Marseille-Nice est à ce jour identifiée car la SNCF donne aujourd’hui la priorité à ses TGV plutôt qu’à nos TER pour les circulations sur cet axe. J’ajoute que les parlementaires de notre majorité vont déposer une proposition de loi pour permettre l’expérimentation de la concurrence des services ferroviaires le plus rapidement possible. Il s’agit ici de faire de notre région une région pilote en la matière ». Il signale également, sortant des limites de la Région : « Nous travaillons à la création d’un groupement européen de coopération territoriale qui associerait au moins Monaco et la Ligurie en Italie. L’objectif est de permettre à un autre opérateur de faire circuler des trains sur la ligne Azur entre Cannes et Monaco jusqu’à Gênes ». Par ailleurs, il annonce que, dès cette année, des cars régionaux seront mis en place pour assurer la continuité du service public pendant la fermeture pour travaux de la ligne Cannes-Grasse. Ces travaux inscrits au CPER vont entraîner la fermeture de cet axe pendant un an à compter du 11 décembre prochain.« La fermeture de cette ligne ferroviaire va constituer un premier test puisque nous allons mettre en place, indépendamment de la SNCF, un plan de continuité du service de transport avec des cars des Départements ». Il explique à ce propos : « Nous allons conventionner avec les Conseils Départementaux afin d’assurer la mise en place de ces autocars où les usagers du TER pourront présenter à bord leur abonnement. Nous sommes en train d’évaluer la pertinence de chaque mode de transport sur d’autres liaisons régionales par la route et notamment les bus. Le train n’est pas toujours le mode de transport le plus adapté aux besoins des usagers (en fonction de la fréquentation, de la fiabilité du service et du temps de parcours…). Une offre alternative est actuellement à l’étude dans nos services pour certaines lignes. Nous devons aboutir ici dès 2017 ». Il ne manque pas de remercier son prédécesseur en indiquant : « Nous étudions la mise en place d’une régie pour obtenir l’autorisation d’organiser certaines lignes de transport ferroviaire sur le modèle des chemins de fer de Provence. Notre Région est aujourd’hui dotée d’une régie (les Chemins de Fer de Provence) qui a fait ses preuves en termes de qualité de service rendu aux usagers. Rien ne nous interdit de recourir à la gestion en régie plutôt qu’au monopole de la SNCF ». Et de se faire menaçant : « Si la SNCF venait à contester la mise en régie de certaines lignes, la Région proposerait une question prioritaire de constitutionnalité afin de faire trancher par le juge si c’est le droit de notre collectivité à s’administrer librement qui doit primer ou non sur le monopole de la SNCF ».
Christian Estrosi annonce également le lancement des Assises de la mobilité sur ces questions, d’ici la fin du mois d’octobre et jusqu’au mois d’avril 2017. Leur objectif est d’associer tous les acteurs de la mobilité en région à l’élaboration de la stratégie régionale des transports pour qu’elle corresponde aux besoins réels du territoire.
Seront dans ce cadre consultés, les habitants de la région, les acteurs économiques, les collectivités territoriales et l’État. « Nous allons innover ici, sur le modèle des conférences de consensus des pays nordiques : un panel de citoyens et d’usagers représentatifs nous permettra tout au long des assises d’identifier et de valider les véritables besoins en matière de transport et de mobilité dans notre région.
Un dialogue par les outils du web 2.0 permettra à chacun de s’exprimer et de proposer de nouvelles solutions
 ».
Michel CAIRE

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