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Tribune de Bernard Valero. ’Après le traité historique du Quirinal entre la France et l’Italie, vers un traité de la Moncloa, ou de l’Élysée, entre la France et l’Espagne ?’

lundi 25 juillet 2022

Le 26 novembre 2021, la France et l’Italie signaient à Rome le Traité dit du Quirinal, un accord de coopération bilatérale de haute intensité comme la France n’en n’avait pas conclu depuis le Traité franco-allemand de 1963. Chacun de ces deux textes, au-delà de leurs chronologies distinctes et de la différence de portée de leurs engagements respectifs, traduisent une qualité exceptionnelle de densité et d’intensité des relations que la France entretient avec deux de ses voisins stratégiques. En y regardant de plus près, il serait souhaitable et approprié qu’un troisième partenaire, l’Espagne, puisse rejoindre ce premier cercle de solidarité et de confiance. "Quien tiene buen vecino, tiene buen amigo" (proverbe espagnol)

1) l’Espagne, un partenaire stratégique de la France.

Les relations franco-espagnoles, outre les évidences de la géographie, puisent profond dans une histoire partagée, pour le meilleur et pour le pire, depuis des siècles. Sur le triptyque histoire/géographie/liens humains, les deux pays ont en effet forgé au cours des 50 dernières années une relation bilatérale intense qui se nourrit et s’enrichit d’un engagement commun au service de la construction européenne, faisant de la France un miroir de l’Espagne, et de celle-ci un écho de la France.

Au fil du temps, et au nom de leurs intérêts nationaux bien compris, les deux pays ont investi et solidifie tous les compartiments de leur relation bilatérale : une coopération policière et judiciaire exemplaire construite dans la lutte, devenue commune dans les années 90, contre le terrorisme de l’ETA, une coopération éducative, universitaire, scientifique et culturelle portée au plus haut niveau d’excellence, des relations économiques qui font de la France le premier partenaire commercial de l’Espagne, un pays où opèrent 2 000 filiales d’entreprises françaises, représentant 300 000 emplois.

Une appartenance commune au monde méditerranéen, un attachement partagé à l’Union européenne, et une foi égale dans les valeurs européennes sont le ciment de cette relation qui a prospèré depuis des décennies sur d’intenses échanges humains. Au-delà des flux touristiques, qui se calculent chaque année en millions de visiteurs dans les deux sens, ce ne sont pas moins de 150 000 Français et près de 200 000 Espagnols qui vivent dans le pays de l’autre, et qui sont autant d’artisans au quotidien de cette relation bilatérale.

2) Un traité bilatéral pour quoi faire ?

. D’abord pour mettre de l’ordre, dessiner un cadre, définir une méthode et fixer un horizon. Qu’on en juge : Depuis le Traité des Pyrénées du 7 novembre 1659, signé par Louis XIV et par Philippe IV, ce sont plus de 370 accords, traités ou conventions qui ont été passés entre la France et l’Espagne. Cela fait du Royaume d’Espagne l’un des pays au monde avec lequel la France a signé le plus d’accords bilatéraux.

. Pour conforter le pilotage et la gouvernance d’ensemble de la relation franco-espagnole : transversalité, travail collectif, feuille de route commune à tous les acteurs, enceintes dédiées aux décisions et à la coordination des politiques publiques des uns et des autres, définition d’objectifs et d’échéanciers de mise en œuvre.

. Pour identifier les projets structurants. A cet égard, et à titre d’exemples, on pourrait en distinguer trois :
- Les interconnexions énergétiques et les franchissements transpyrénéens,
- La ratification et la mise en œuvre de l’accord bilatéral sur la double nationalité
- La coresponsabilité des deux parties vis à vis de ce trésor partagé que constituent les Pyrénées qui, sur 450 kilomètres entre l’Atlantique et la Méditerranée sont tout à la fois un château d’eau, un gisement exceptionnel de biodiversité, un rempart contre le réchauffement climatique, un pôle touristique majeur et des territoires de vie étroitement imbriques les uns dans les autres.

. Trait d’union entre les peuples d’Orient et d’Occident, d’Europe et d’Afrique, la Méditerranée est un protagoniste structurant de la relation franco-espagnole à laquelle elle offre un espace géostratégique de toute première importance. Cet espace peut devenir le creuset de coopérations fécondes pour relever les défis, nombreux et lourds, qui s’y présentent notamment, et pour commencer, au Maghreb qui n’est qu’a quelques encablures.

Enfin, l’appartenance commune des deux pays à l’Union européenne favorise, de longue date et plus que jamais aujourd’hui, une action concertée des deux partenaires sur toutes les grandes orientations de l’UE, a l’heure où celle-ci, face aux conséquences de la guerre en Ukraine, est en train de se repenser sur de nombreux plans, en particulier s’agissant de sa défense, de ses souverainetés ou encore de son élargissement. Conjuguée au partenariat franco-italien, cette dimension européenne de la coopération franco-espagnole viendra opportunément renforcer l’enjeu du voisinage sud de l’Europe.

3) quid des collectivités territoriales ?

Au-delà, ou aux côtés, de l’action de l’État, les collectivités territoriales jouent un rôle majeur dans le développement des relations franco-espagnoles. Nonobstant la dissymétrie des périmètres de compétences et de ressources entre les régions françaises et espagnoles, les acteurs territoriaux de et l’autre des deux pays sont engagés de longue date, et bien au-delà de la seule coopération transfrontalière, dans un entrelacs compact de relations de coopérations.

Côté Français, l’Occitanie est bien évidemment en première ligne, mais pas que. Pour ne parler que d’elle, la Région sud, ou l’empreinte de l’histoire franco-espagnole est forte, à commencer par celle qui figure sur son blason, est concernée à de nombreux titres. Aux ambitions méditerranéennes de Marseille, des villes-ports comme Barcelone, Valence ou Malaga sont en mesure d’y faire écho, tandis que les affinités méditerranéennes, les nécessaires solidarités face aux mutations climatiques, ainsi que de nombreux intérêts collectifs doivent permettre aux uns et aux autres non seulement de se rapprocher mais aussi d’œuvrer de concert à l’avenir de leurs territoires. Le champ des possibles est immense : coopération économique, tourisme, innovation industrielle et scientifique, combats communs pour l’environnement et contre le réchauffement climatique, coopérations en pays tiers de la Méditerranée, etc.

Le temps semble venu pour donner une nouvelle ambition et un nouvel horizon aux relations franco-espagnoles. Une mobilisation dans ce sens est nécessaire afin de permettre aux deux pays de relever ensemble les immenses défis qui se présentent à l’Europe et qui se pressent sur l’espace méditerranéen. Alors que les crises sécuritaire, alimentaire, énergétique, migratoire, économique, climatique s’enchaînent et se répondent les unes aux autres, il est plus que jamais nécessaire de resserrer les rangs de ses amis et partenaires de confiance.

Depuis le Sommet franco-espagnol de Montauban (15 mars 2021), les diplomates de Santa Cruz et du Quai d’Orsay y travaillent. Ils font œuvre utile.

Bernard Valero : ancien consul général à Barcelone, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à Skopje, ambassadeur de France en Belgique, directeur général de l’Avitem (Agence des villes et territoires durables méditerranéens) et porte-parole du Quai d’Orsay

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