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Tribune de Bernard Valero : vitaminer la relation franco-allemande...

jeudi 5 mai 2022

Pour Bernard Valero, qui fut consul général à Barcelone, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à Skopje, ambassadeur de France en Belgique, directeur général de l’Avitem (Agence des villes et territoires durables méditerranéens) et porte-parole du Quai d’Orsay évoque l’importance du voyage qu’Emmanuel Macron va effectuer à Berlin.

Comme il l’avait annoncé, le président de la République effectuera prochainement à Berlin le premier déplacement à l’étranger de son nouveau mandat pour y rencontrer le Chancelier allemand, Olaf Scholz.

1) Alors que la classe politique allemande a exprimé sa satisfaction a la suite de la réélection d’Emmanuel Macron et son soulagement après sa victoire sur la candidate du Rassemblement national, cette visite :
. S’inscrira dans ce qui est désormais un moment important du biorythme du couple franco-allemand. Ce sont en effet tous les chanceliers allemands (Adenauer, Brandt, Schmidt, Kohl, Schroeder, Merkel) -et, Scholz qui a été reçu a Paris le 10 décembre 2021 tout de suite après son élection- qui ont sans discontinuer cultivé cette tradition dans le sens Berlin-Paris, tandis que ce fut le Président Sarkozy, suivi par ses deux successeurs qui en posa en 2007 la dimension Paris-Berlin.
. Visera à réaffirmer l’attachement de la France à la relation franco-allemande qui, depuis le Traité de l’Élysée du 22 janvier 1963 et, tout récemment, le Traité d’Aix-la-Chapelle du 22 janvier 2019, est la pierre angulaire de la politique européenne de la France.
. Sera l’occasion pour le Chancelier allemand de réserver un accueil chaleureux au Chef de l’État français. Olaf Scholz connaît bien les Français, avec lesquels il a eu notamment l’occasion de travailler étroitement lorsqu’il était le ministre des Finances de Mme Merkel, mais aussi lorsqu’il était en 2015 ministre plénipotentiaire chargé des relations culturelles franco-allemandes. A l’actif de sa francophilie, on n’oublie pas non plus qu’en sa qualité de maire de Hambourg, il avait été un ardent promoteur du projet de lycée franco-allemand de sa ville lancé en 2016.

4 grands défis qui se présentent a l’Europe.

2) Une visite qui revêt un relief inédit face à 4 grands défis qui se présentent à l’Europe.

. Afin de contribuer à maintenir la mobilisation que les Européens ont manifesté pendant la crise du Covid, mais aussi pour aller plus loin sur le chemin d’une résilience européenne post pandémie qui permettra aux 27 économies européennes de dépasser cette crise hors normes.
. Pour faire face aux bouleversements géostratégiques provoqués par l’invasion russe de l’Ukraine qui, depuis le 24 février 2022, questionnent la sécurité des Européens, leur rapport à l’Otan et à la relation transatlantique, leurs efforts nationaux et collectifs en matière de défense.
. En vue de permettre la mise en œuvre effective et urgente du plan de la Commission européenne visant à accélérer la transition verte de l’UE et de lancer l’Europe sur la trajectoire de la neutralité carbone en 2050.
. Dans le but de consolider le socle des valeurs démocratiques qui fondent la construction européenne, menacée aujourd’hui par la montée des nationalismes et la poussée des extrémismes.

3) Après les 16 années Merkel, les Français ont l’occasion d’effectuer un « reset » de leur relation avec l’Allemagne, en accompagnant, voire en optimisant les 3 grands virages que Berlin a pris ces dernières années :

Le virage budgétaire.

Face a la crise sanitaire, et fruit d’une initiative franco-allemande, le plan de relance européen, adopté en 2020, restera un jalon majeur dans la construction européenne, en raison de son ampleur tout d’abord (750 milliards d’euros) mais aussi, et surtout, parce qu’il prévoit, pour la première fois, la possibilité pour la Commission européenne d’emprunter sur les marchés financiers au nom des 27. Cette « occasion du siècle », selon Ursula von der Leyen, la Présidente de la Commission, a marqué un véritable tournant stratégique de l’Allemagne qui a brisé le tabou de la dette commune.

L’enjeu désormais sera de mettre cette solidarité financière entre les 27 au service d’une nouvelle étape d’intégration européenne, une perspective vers laquelle Français et Allemands auront intérêt a cheminer de concert.

Le virage militaire.

Trois jours seulement après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et après avoir pris lucidement la mesure de la faiblesse de ses forces armées, l’Allemagne a créé une double surprise :
. En décidant d’investir 100 milliards d’euros pour mettre son armée a niveau, et de porter son budget annuel de défense à plus de 2% de son PIB.
. En décidant d’aider militairement l’Ukraine, y compris avec la fourniture d’équipements lourds, comme l’Allemagne ne l’avait jamais fait jusqu’ici.

Dictées par des circonstances extraordinaires, qui conduisent aujourd’hui l’Europe a se retrouver face a une rupture stratégique majeure, ces initiatives sont, vues de Paris, bienvenues alors que depuis des années les Français faisaient valoir, en vain, que la France ne pouvait porter toute seule le poids de l’effort de défense en Europe.

Ces deux décisions posent deux défis à la France :
. S’assurer que cette nouvelle posture de Berlin s’inscrive dans le cadre de la défense européenne, or ceci n’est pas gagné d’avance compte tenu de l’attachement viscéral de l’Allemagne au lien transatlantique.
. Veiller à ce que les projets franco-allemands de coopération industrielle en matière de défense soient remis sur de bons rails alors qu’ils semblaient s’en être sensiblement écartés ces derniers temps : le système de combat aérien Scaf, les armements terrestres, l’avion de patrouille maritime, les drones.

Le virage énergétique

Probablement le virage le plus critique à négocier, celui de la réduction, à terme de la disparition, de la dépendance de l’Allemagne vis-à-vis de la Russie pour son approvisionnement énergétique. Le droit d’inventaire des années Merkel auquel se livrent les Allemands fait apparaître combien certains choix énergétiques stratégiques ont conduit l’Allemagne à subir aujourd’hui deux dépendances :
. Une dépendance aux énergies fossiles en raison de l’abandon du nucléaire.
. Une dépendance à la Russie pour ses importations d’énergie (55% pour le gaz, 50% pour le charbon, 35% pour le pétrole).

La grande question qui se pose aujourd’hui à l’Allemagne est de savoir quand et comment elle pourra se défaire de l’emprise russe, le gaz restant le point le plus délicat.

Un dialogue et une concertation entre Paris et Berlin sur ce dossier sera d’autant plus nécessaire que ce qui est en jeu est la stabilité de la première économie européenne, et du premier partenaire économique de la France.

Conclusion....

Cette visite que le président de la République effectuera en Allemagne sera tout sauf de routine ou protocolaire. Elle intervient en effet à un moment ou les chars et les missiles russes mettent en cause le destin de l’Europe.

A situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. Dès lors, pourquoi ne pas mettre le couple franco-allemand à la hauteur de cette bascule historique que vit le continent européen aujourd’hui : une visite a Berlin, oui bien sûr. Mais pourquoi ne pas la prolonger par une visite conjointe du Président français et du chancelier allemand à Kiev ? Et pourquoi ne pas le faire le 9 mai prochain, journée de l’Europe, de cette Europe qu’exècre tant Vladimir Poutine lequel, le même jour, éructera menaces et pitoyables cris de victoire sur la place rouge ?

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