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Tribune de Caroline Gora. Lutte contre le harcèlement scolaire : ’Mettons en place les dispositifs qui réparent’

lundi 27 septembre 2021

40 millions de vues. Un hashtag aussi abject que sidérant. Un flot d’insultes. Des menaces. Et ces enfants-nos enfants-qui, la boule au ventre, refusent parfois de se rendre à l’école.

La campagne de harcèlement dite "anti 2010" laisse notre pays groggy. L’inimaginable surgit. À peine âgées de 11 ans, les victimes, en réalité des bébés, voient leur joie de vivre être anéantie.

Devant ce drame les témoignages sont glaçants. Élise, une maman Marseillaise, ne comprend tout simplement pas. Pour elle et son enfant, le quotidien est devenu insupportable. Amoureux du jeu vidéo Fortnite, son fils, en ligne, est accusé d’être un "looser".

Tout aussi grave, ses camarades, plus âgés, adoptent un comportement terrifiant : micro-bousculades, mise à l’écart, moqueries, surnom dégradant. Élise est désespérée. Son enfant a perdu l’appétit. Il ne sort plus, somatise, connaît des douleurs paralysantes. Sa mâchoire se crispe au point de ne plus bouger. Pris en charge psychologiquement, le jeune garçon tente une courageuse reconstruction.

La multiplication de ces situations doit pousser les adultes à agir. En ce sens, l’association Egali-Terre, que j’ai l’honneur de présider, tient à saluer le rapport sénatorial paru le 23 septembre.

Mettant l’accent sur le cyber-harcèlement, le texte rappelle la réalité des chiffres. 25 % des collégiens auraient déjà connu ce type d’humiliation. Plus largement, 1 million de nos jeunes, seraient, chaque année victimes de harcèlement.

A bien des égards, le phénomène marque la difficulté de faire accepter "la différence".

Nous pouvons, ainsi, remarquer combien la moindre ombre de diversité est conspuée. Un détail physique ou anatomique, le goût de la lecture, de l’histoire ou de la science fiction, la réussite ou l’échec scolaire, le style vestimentaire ou tout simplement une forme de timidité, peuvent servir de prétexte à des brimades constantes.

Si les 35 propositions mises en avant par le Sénat sont importantes, notre devoir est d’aller plus loin.

La lutte contre le harcèlement scolaire se noue, en effet, au cœur de la vie quotidienne. Parents d’élèves, équipes pédagogiques, directions d’établissement, associations, rectorat, collectivités territoriales mais aussi police, doivent jouer solidement leurs rôles !

Concrètement, j’ai pu mettre en place avec le Lycée Agricole "Campus Fontlongue" de Miramas, un dispositif pilote en termes de lutte contre le harcèlement. Un processus de sensibilisation a été élaboré. Des "référents préventions", choisis parmi les élèves (généralement les plus âgés) sont chargés de passer dans les classes pour expliquer et convaincre. La discussion, cependant, peut s’exercer ailleurs que sur les temps de "cours". A l’extérieur, par petit groupe, de façon peut-être plus informelle mais plus efficace, les "référents" continuent à sensibiliser, agir, écouter.

Je tiens ici à préciser un point. L’expression "référent prévention" couvre un large spectre. Elle concerne par exemple la lutte contre les violences faites aux femmes et aux jeunes filles ou encore celle contre les addictions.

Concernant le harcèlement, lui même, j’ai complété le dispositif par 6 points :

- La réalisation, par les élèves, d’une vidéo de sensibilisation.

- L’intervention de la police à des fins de prévention. Le Major Vidal et ses équipes, à Miramas, réalisent un travail formidable. Choisissant les mots justes, ils démontrent, devant les élèves, jusqu’à quel point le harcèlement est punissable. Engagés sur tous les fronts, je salue personnellement leur soutien et leur professionnalisme.

- La formation des professeurs et la mise en place d’un travail trans-disciplinaire sur le sujet. Les enseignants peuvent, quelque soit leurs matières, évoquer le harcèlement en classe et détecter, eux aussi, "les signaux faibles" (adolescents en souffrance, isolés, en manque de sommeil…)

- La mise en place d’espace numérique, de type Instagram. Le but est de pouvoir s’exprimer sur le harcèlement.

- La garantie, si l’élève le désire, de l’anonymat.
Le caractère anonyme possède, à mes yeux, une importance capitale. Le but est clair : faire en sorte que les référents préventions puissent prévenir les adultes. Ici, l’action de l’adulte, revêtu de l’autorité et du sens des responsabilités, s’avère primordiale. Trop souvent, les communications contre le harcèlement tombent dans le piège de la culpabilisation des enfants. Des formules telles que "se taire c’est être complice" peuvent être mal interprétées. Nous devons être en mesure de "sécuriser" un "témoin" timide, angoissé, paralysé par la peur et craignant à son tour d’être menacé. Nous devons libérer la parole en créant un climat de confiance et de sérénité. À ce titre, je considère que les actes posés par l’adulte sont structurants et exemplaires.

- La coordination avec les collectivités territoriales, les associations, et les psychologues.
Ouvrir l’école constitue un enjeu pédagogique. Associer élus, thérapeutes et société civile à la lutte contre le harcèlement, est un impératif. Dès lors, le choix par Renaud Muselier, Président de la Région Sud, d’élever la lutte contre le harcèlement scolaire au rang de grande cause régionale est une avancée majeure !

La lutte contre le harcèlement scolaire reste une affaire de volonté. L’action sur le terrain, irremplaçable, doit nous unir et nous fédérer !

Pour nos enfants ! Agissons enfin !

Caroline Gora. est Présidente de l’association Egali-Terre. Professeur de Français et d’expression communication au Campus Fontlongue de Miramas.

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