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Tribune de Sébastien Chaze directeur de l’Adie Paca-Corse. Un manifeste : ’pour un entrepreneuriat populaire en France’, ’pour une reconnaissance des petits entrepreneurs locaux’

mardi 3 mai 2022

C’est un fait, notre système n’a pas été construit pour les entrepreneurs indépendants et il ne leur est ni accueillant ni bienveillant. Ils se comptent aujourd’hui par millions en France et sont plus de 360 000 en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Et pourtant ils sont encore souvent dans l’angle mort des politiques publiques.

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Sébastien Chaze directeur de l’Adie Provence-Alpes-Côte d’Azur-Corse ©Destimed/RP

Alors que s’achève la présidentielle et que démarrera bientôt les législatives, il est temps de sortir de la logique ancienne consistant à différencier les droits selon les statuts, à tracer des frontières. Il est temps de prendre en compte la diversité des parcours, la mobilité des personnes. Il est temps de découvrir la réalité des parcours de vie.

Géraldine, gérante d’un salon de thé à La Crau, Micky, fleuriste à Mougins, Gagny, restaurateur à Marseille, Cécile, toiletteuse pour canins et félins à Sanary-sur-Mer, Damien, mécanicien à Miramas, Ahmed, primeur sur les marchés à Grasse… A l’Adie, nous les connaissons bien ces entrepreneurs qui ont lancé, développé leur petite entreprise et ont tenu bon pendant la crise et les confinements successifs. Avec leurs rêves et leurs difficultés, avec leur enthousiasme et leurs convictions, avec leur incroyable résilience, ils sont, eux aussi, dans nos villes, nos quartiers et nos campagnes, sur le littoral ou dans les vallées le visage de la France d’aujourd’hui et de demain, celle dont nous sommes fiers et qui n’est pas seulement celle des startups et des grands groupes industriels.

Ils sont trop souvent considérés comme fragiles, dépendants des plateformes ou encore subissant leur statut alors que la réalité est toute autre. L’enquête réalisée pour l’Adie [1] par l’institut de sondage OpinionWay [2] révèle ce que les bénévoles et salariés de notre organisation vivent au quotidien, au contact de ces créateurs locaux : la grande majorité d’entre eux revendiquent le choix de leur statut d’indépendant.

Bien sûr il s’agit d’un choix personnel, individuel, mais ce choix, de plus en plus de Français en rêvent : la possibilité de créer un jour sa propre entreprise est en effet une option bien présente dans la tête de 72% des moins de 25 ans.

Voilà pourquoi il faut en finir avec ce vertigineux décalage entre la réalité économique, sociale et humaine de l’entrepreneuriat populaire, et l’image idéologique déformée qu’en renvoie le discours public -et enfin accorder à ces indépendants, dans leur infinie diversité, le respect et l’importance qu’ils méritent ; les écouter ; chercher les vraies bonnes réponses à leurs justes revendications, plutôt que de s’obstiner à croire que la seule solution réside dans l’emploi salarié- dont le plus souvent ils ne veulent pas.

Nombreux sont les chantiers qui restent à ouvrir pour cela. La principale demande des petits entrepreneurs locaux, celle que nous rencontrons chaque jour et partout, c’est à la fois une revendication citoyenne de bon sens et une exigence de justice : que la collectivité leur accorde les mêmes droits que les salariés - c’est à dire d’avoir de quoi vivre lorsqu’ils tombent malades, de pouvoir se loger, se former, de pouvoir rebondir en cas d’échec, sans être regardés avec méfiance par les bureaucraties privées et publiques…

Aussi plaidons-nous, au nom des petits entrepreneurs locaux, pour la convergence des régimes et des droits sociaux -sécurité sociale, droit au chômage, garantie locative, droit à la retraite, droit à la formation et à la valorisation des acquis de l’expérience professionnelle- avec l’universalité pour objectif ultime.

On ne saurait également ignorer plus longtemps la nécessité de mettre en place une politique sociale d’aide à la mobilité verte qui ne fasse pas des travailleurs indépendants à revenu modeste les exclus et les révoltés de la transition automobile, pas plus que la définition d’un cadre juridique novateur permettant aux travailleurs dont le revenu dépend des plateformes de s’organiser collectivement en syndicats, et de négocier la répartition primaire du revenu dans un rapport de forces plus équilibré.

Nul ne saurait nier que, si ces revendications sont simples à formuler, le chemin à parcourir est difficile !

Seules une conviction forte et une vision claire de l’objectif ultime permettront d’avancer vraiment : sans égalité des droits, on ne peut espérer voire prospérer en France un entrepreneuriat populaire, qui ne soit pas un privilège réservé à ceux qui peuvent se le permettre, mais soit véritablement accessible à tous ceux qui le désirent pour se façonner la vie de leur choix.

C’est pourquoi, plus que jamais, il importe que soit entendue la voix des petits entrepreneurs locaux, créateurs de richesse et d’économies de proximité durables, travailleurs, citoyens. Il importe que toutes celles et ceux qui seront aux responsabilités demain aient pleine conscience de leur contribution au bien-être commun et à la paix sociale, pleine conscience de leur juste demande d’équité et de reconnaissance.

Les propositions de l’Adie pour un entrepreneuriat populaire

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[1L’Adie (adie.org ) finance et accompagne les créateurs d’entreprise n’ayant pas accès au crédit bancaire

[2Questionnaire auto-administré en ligne réalisé par OpinionWay du 4 au 8 janvier 2022 réalisé auprès d’un échantillon de 5 188 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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