Tribune du Pr. Hagay Sobol. Ce qui a changé avec la dernière flambée de violence à Gaza

Publié le 8 août 2022 à  9h02 - Dernière mise à  jour le 8 décembre 2022 à  14h18

Depuis le coup d’État du Hamas à Gaza, on assiste régulièrement à des confrontations à l’initiative des groupes terroristes contre l’État hébreu qui a pourtant quitté la bande côtière depuis 2005. Loin d’être une répétition des précédentes, l’opération actuelle, «Aurore» (nom de code donné par Israël), de par la stratégie employée et le contexte tant locorégional qu’international a complétement changé la donne et restauré la force de dissuasion de Tsahal à l’aune des défis sécuritaires à venir.

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Jusqu’à présent, Israël attendait d’être attaqué avant de réagir. Cependant, l’État hébreu n’a jamais bénéficié de la bienveillance que l’on pouvait légitimement attendre de la part de la communauté international suite à une agression. Bien au contraire, les critiques les plus vives et la désinformation la plus vile envahissaient l’espace médiatique. Et tout était mis en œuvre pour empêcher Jérusalem d’en finir avec la menace terroriste qui prenait en otage la seule démocratie du Moyen-Orient et ses 10 millions d’habitants. Le résultat était un sentiment d’impunité du Hamas et du jihad islamique palestinien (JIP) récompensés par les valises de dollars du Qatar, en théorie dédiées à la reconstruction, mais aussitôt détournées pour reconstituer l’arsenal des factions grâce à leur suzerain iranien.

Prévenir plutôt que guérir ?

Cette fois, Israël a pris l’initiative afin de déjouer un méga attentat. Il s’agit d’une action antiterroriste préventive qui a permis d’éliminer par une frappe chirurgicale le commanditaire de l’opération, le commandant du jihad islamique dans le Nord, Tayseer Jabari, – comparable à celle contre le chef d’al Qaïda, Ayman al-Zawahiri par les USA. Dans le même moment, Ziad Nakhaleh, le responsable à l’étranger du JIP était à Téhéran pour collecter des fonds et avait reçu le feu vert pour des attaques d’envergures contre Israël.

Dans la foulée, Tsahal et le Shin Bet (renseignements intérieurs) s’en sont pris exclusivement au JIP, en puisant dans leur banque patiemment élaborée une quarantaine de cibles afin d’affaiblir de manière substantielle l’organisation djihadiste tout en minimisant les pertes civiles. Ainsi, des ateliers de fabrication et des plateformes de lancement de roquettes, des centres d’entrainement ou un tunnel stratégique ont été détruits. D’autres hauts responsables du JIP ont été éliminés dont le chef de la branche Sud, Khaleed Mansour et Rafat al-Zamali, commandant de l’unité de roquettes, décapitant ainsi totalement l’organisation terroriste.

En retour, le JIP a procédé un barrage de feu aveugle de près de 600 roquettes et obus de mortiers contre les agglomérations civiles israéliennes dont près de 96% ont été contrées par le dôme de fer. Le reste ne mettant pas en danger la population n’a pas fait l’objet de contremesures. Malheureusement d’autres, plus d’une centaine, sont retombées en territoire palestinien occasionnant la mort de civils dont des enfants innocents.

Un message adressé au Hamas et au Hezbollah libanais

Il s’agit d’un changement de paradigme à plus d’un titre qui a pris au dépourvu à la fois les organisations terroristes de la bande côtière mais également le Hezbollah chiite Libanais et plus loin leurs commanditaires à Téhéran.

Traditionnellement, Israël préfère s’abstenir de toute action lors des solennités du calendrier hébraïque. Mais l’imminence du danger a forcé la main de l’establishment politique et militaire qui malgré l’approche du Shabbat et du jour le plus douloureux du calendrier, le 9 Av commémorant la destruction du second Temple de Jérusalem par les légions romaines en l’an 70 après JC, a décidé de passer à l’action de manière préventive. Ainsi, la seule démocratie du Moyen-Orient ne s’est pas vu imposer cette fois-ci l’agenda par des groupes terroristes, mais au contraire, a bénéficié de l’effet de surprise, en choisissant le moment le plus approprié pour agir après une minutieuse préparation.

Sur le plan de l’information, Tsahal a appris de ses erreurs et a rigoureusement documenté ses actions ainsi que celles de ses adversaires. C’est ainsi qu’après des accusations infondées d’un carnage ayant entraîné la mort de civils dont des enfants, les autorités israéliennes ont prouvé que c’était le résultat d’un tir raté du jihad islamique. Les habitant de Gaza n’ont pas hésité également à partager sur les réseaux sociaux des séquences filmées confirmant la position israélienne.

La précision des informations, la technicité des frappes et des contremesures ont démontré une supériorité d’Israël dans tous les segments du champ de bataille et la vanité des efforts de Mollahs perses, via leurs supplétifs, à nuire à l’État Juif. Comme en Iran, cela implique des complicités locales à tous les niveaux prouvant, s’il était encore nécessaire, que les factions ne font pas l’unanimité à Gaza ou en Cisjordanie, alors qu’elles trouvent des supporters jusque dans nos contrées.

De leurs côtés, le Hamas et le Hezbollah, malgré leur rhétorique guerrière, ne sont pas intervenus de peur de se voir infliger, aux mêmes maux, les mêmes remèdes. C’était l’effet de division recherché par le Chef d’État-major hébreu, Aviv Kokhavi. La campagne de Gaza de 2021 et son cortège de pertes douloureuses pour le premier, la seconde guerre du Liban pour le second, cumulés aux gains stratégiques et à l’imprévisibilité de la réponse israélienne illustrée par la présente opération, semblent avoir totalement restauré la force de dissuasion de Tsahal au grand dam de Téhéran.

Enfin, la situation profite largement à l’Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas qui voit ses ennemis affaiblis, sans tirer un seul coup de feu, alors qu’ils ambitionnent de prendre le pouvoir à Ramallah, tout en n’hésitant pas à critiquer l’intervention israélienne.

L’alliance internationale contre le programme nucléaire et les visées hégémoniques de Téhéran

Dans les coulisses diplomatiques tous les regards sont tournés vers ce qui se passe à Gaza, ainsi que ceux des États-majors des principales armées la planète mêmes si leurs intérêts divergent. Ce ne sont pourtant pas les graves crises internationales qui manquent, la dernière en date concernant la Chine et les USA à propos de Taïwan ou la guerre en Ukraine, sans parlers des exactions turques en Syrie contre les Kurdes, voire les menaces nucléaires de la Corée du Nord. Mais depuis l’invasion russe et en perspective de l’échec des pourparlers sur le programme nucléaire iranien, Israël est au centre de toutes les attentions comme source d’approvisionnement potentiel en gaz pour les européens et surtout, son armée pourrait intervenir pour mettre un frein aux ambitions nucléaires perses.

Lors de la dernière visite de Joe Biden au Moyen-Orient, on a beaucoup parlé d’une alliance régionale sur le modèle de l’Otan incluant Israël et les pays du Golfe. Si l’on en n’est pas encore là, les acteurs potentiels, en tout premier lieu les pays signataires des accord d’Abraham et l’Arabie Saoudite, ont tout intérêt de voir Israël restaurer sa dissuasion et vérifier l’efficacité de ses dispositifs avant toute action d’envergure contre leur dangereux voisin perse.

Le défi que représente le programme nucléaire iranien n’est, bien sûr, en rien comparable à ce qui se passe à Gaza. Mais Israël, avec sa façon d’aborder la campagne actuelle, et ses multiples actions en Iran même, sans réponse crédible en retour, semble avoir déjà pleinement endossé son rôle de leader d’une coalition contre Téhéran. Le premier gain stratégique est la fragilisation du front chiite-Hamas contre Israël et les pays sunnites modérés, avec la crainte de pertes irrémédiables et d’éliminations ciblées. Ensuite, la technologie israélienne, incluant la guerre cybernétique, un système antimissile et antidrone multicouche avec ses dernières innovations qui a fait ses preuves en conditions réelles, ses F35 capables de faire la distance sans ravitaillement et leur chargement de bombes antibunker, la capacité de projection aux frontières de l’Iran et surtout les complicités locales sont autant d’arguments convainquant pour ses alliés que de raisons de craintes pour le régime des Mollahs.

Un cessez le feu en vue

Après trois jours de conflits, même si tous les objectifs militaires ne sont pas atteints, la pression internationale exercée sur Israël, ainsi que la médiation de l’Égypte et, c’est une grande première, celle du Hamas, pourrait amener à une cessation des hostilités avec le jihad islamique. Cependant, comme il n’existe plus de coordination faute de haut commandement, que les cadres du JIP à l’étranger (en Iran et en Syrie) ne peuvent accepter ce qui s’apparenterait à une reddition, il est toujours à craindre une action inconsidérée de dernière minute qui jetterait de l’huile sur le feu avec pour ultime but un baroud d’honneur aussi inutile que sanglant.

[(Hagay Sobol, Professeur de Médecine est également spécialiste du Moyen-Orient et des questions de terrorisme. A ce titre, il a été auditionné par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée Nationale sur les individus et les filières djihadistes. Ancien élu PS et secrétaire fédéral chargé des coopérations en Méditerranée, il est vice-président du Think tank « Le Mouvement ». Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg de Marseille, il milite pour le dialogue interculturel depuis de nombreuses années à travers le collectif « Tous Enfants d’Abraham ». )]

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