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Violent, sombre, dense, prenant et éprouvant : "Macbeth" un triomphe pour tirer le rideau sur la saison 2015/16 à l’Opéra de Marseille

mercredi 8 juin 2016

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Le couple maudit incarné par Csilla Boross et Juan Jesus Rodriguez . Les mains pleins de sang, Macbeth vient d’assassiner le roi Duncan. (Photo Christian Dresse)
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La scène finale du 1er acte. Sur le trône royal, la dépouille de Duncan, assassiné. Au premier rang Macbeth, la servante de Lady Macbeth, Banquo, Lady Macbeth, Macduff et Malcom : c’est l’un des tableaux saisissants composés par Frédéric Bélier-Garcia pour cette production de Macbeth (Photo Christian Dresse)

On entre dans cette œuvre comme un plongeur en apnée qui s’en va visiter les abysses. Dès les premières secondes les sorcières nous sautent à la gorge et la musique de Verdi capture nos sens dans des rets tissés fins d’où l’on ne peut s’échapper. Pour "Macbeth", « la pièce maudite » de Shakespeare comme le rappelle Frédéric Bélier Garcia, le metteur en scène, dans sa note d’intention, le compositeur italien propose une partition qui compte au rang des plus abouties, voire la plus aboutie, tout en restant une œuvre de première partie de carrière. Des notes sombres, serrées pour un univers de grisaille et de sang, pour un couple frappé de démence. Cette noirceur, cette épaisseur dramatique, sont retranscrites de façon remarquable par un orchestre de l’Opéra qui bénéficie du travail exigeant, mais nécessaire et qui porte ses fruits, du maestro Pinchas Steinberg. L’engagement intellectuel et physique du directeur musical est indéniable et il dégage une énergie redoutable dans la fosse où les musiciens sont happés et, transcendés, par cette puissance. Et c’est tant mieux car de la première à la dernière note, cette œuvre mérite l’excellence. La musique au service du théâtre, le théâtre au service de la musique.
Si Pinchas Steinberg et l’orchestre donnent toute sa couleur au drame, sur scène, Frédéric Bélier-Garcia en profite pour mettre en place ce qu’il qualifie de « polar médiéval ». Dans des décors d’après cataclysme, il installe son monde en de multiples tableaux jouant avec le clair-obscur, passant du réel à la folie et vice-versa sans que cela ne dérange personne. Il concentre notre attention sur Macbeth et sa lady, réussissant le tour de force, lui aussi, de nous capter et de ne plus nous lâcher. Nous gravissons les escaliers du désir, du pouvoir, jusqu’à la démence finale. L’une des qualités, et non la moindre, du metteur en scène, est de positionner le drame hors du temps, même si ça et là les références existent, et d’en livrer une lecture d’une modernité éclatante, réaliste, d’où le sang et la chair ne sont pas absents mais utilisés pour servir le propos. Un travail d’autant plus remarquable que Frédéric Bélier-Garcia a totalement associé, et avec bonheur, le chœur à cette mise en scène.
Chœur préparé pour ce "Macbeth" depuis de longs mois par Emmanuel Trenque et dont la qualité a illuminé cette production. Pour les membres de l’ensemble, cette première fut un vrai jour de gloire ; mérité !
Au-delà des voix précises, bien placées, colorées, quasi-idéales, leur présence scénique est à mettre au rang des raisons du succès. Tour à tour sorcières, courtisans, peuple, le chœur a encore progressé arrivant à un niveau que peu de maisons d’opéra peuvent afficher. Et, pour notre part, un grand coup de cœur pour les pupitres féminins…

Csilla Boross et Juan Jesus Rodriguez : le top niveau pour Verdi

On le sait, pour servir cette œuvre puissante et exigeante, la distribution se doit d’être irréprochable. Maurice Xiberras n’était pas sans l’ignorer et a réuni sur le plateau marseillais un casting qui n’aurait pas dépareillé sur les plus grandes scènes du monde, du MET au Liceu en passant par Paris ou Munich. A commencer par Csilla Boross, solide soprano hongroise qui chantait à Marseille pour la première fois.
Elle possède un très large registre vocal exploité de fort belle façon, avec souplesse et des aigus maîtrisés. Son jeu est inquiétant à souhaits, procurant à Lady Macbeth sa dimension « côté obscur de la force » tout au long de l’œuvre avec, en point d’orgue, une scène de somnambulisme d’anthologie. A ses côtés, dans le rôle titre, Juan Jesus Rodriguez est assez monumental. Baryton verdien par excellence, sa voix est ample, précise, idéale pour ce rôle auquel il confère sans aucun problème toute sa densité, passant avec un égal bonheur de la solidité à la fragilité psychologiques arrivant crescendo jusqu’à son air final électrisant ; du très grand art. C’est Wojtek Smilek qui prêtait ses traits à Banquo. On connaît sa grande voix de basse et, mardi soir, il n’a pas failli, puissant et grave, dans un rôle où il est physiquement très à l’aise. Pour incarner Macduff, Maurice Xiberras avait proposé à Stanislas de Barbeyrac de venir prendre le rôle dans cette nouvelle production. Ce qui est désormais fait avec beaucoup de classe par le ténor français qui monte, qui monte… Depuis deux ans et son interprétation de Tamino au Festival d’Aix-en-Provence qui a donné un énorme coup de boost à sa carrière. Alors, même si Macduff n’a qu’un air à chanter, mais quel air, Stanislas de Barbeyrac a livré son « O figli, o figli miei !… Ah, la paterna mano » avec aisance et précision, donnant toute son émotion à ce moment dramatique. Vanessa Le Charlès, servante de Lady Macbeth, nous a laissés entendre de beaux aigus, Jean-Marie Delpas et Xin Wang complétant idéalement cette distribution qui fait entrer, avec tous les autres artisans du succès, sur scène, mais aussi en coulisses, cette nouvelle production au rang des sommets de ces dernières années à l’Opéra de Marseille.
Michel EGEA

Pratique. Autres représentations le 10 et le 15 juin à 20 heures, le 12 juin à 14 h 30. Réservations : 04 91 55 11 10 / 04 91 55 20 43. opera.marseille.fr

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