La ville d’Aix-en-Provence réhabilite actuellement la Bastide du Jas de Bouffan où vécut Cézanne entre 1859 et 1899. Les travaux en cours ont permis d’y retrouver des peintures de jeunesse qui ne sont pas intégrées au catalogue raisonné de John Rewald. Découvertes qui viennent d’être présentées à la presse.
La Bastide du Jas de Bouffan est entrée dans la grande histoire aixoise en devenant propriété de la famille Cézanne. Actuellement restaurée, la volonté de la ville et de la société Paul Cézanne, présidée par Denis Coutagne, est d’y créer un nouveau lieu dédié au maître d’Aix qui devrait ouvrir ses portes en 2025, année qui marquera la réconciliation du peintre avec son territoire. Manifestations et inaugurations, notamment celle de l’atelier des Lauves totalement consacré au peintre, ainsi qu’une grande exposition au Musée Granet sont programmées. Mais, pour l’heure, c’est la découverte d’éléments picturaux sur l’un des murs du grand salon de la bastide qui fait actualité et événement. Ces peintures sont, en effet, attribuées au jeune Cézanne, âgé de 20 ans, à son arrivée dans les lieux. Comme pour nombre de trésors, l’histoire de cette découverte mérite d’être contée.
Peintures murales
On savait que Cézanne avait peint sur les murs du grand salon de la bastide avant que son père ne lui fasse construire un atelier sous les toits. Les œuvres qui s’y trouvaient sont répertoriées et des photos prises au début du siècle dernier témoignent de leur dépose alors que la famille Granel-Corsy avait pris possession des lieux. Certaines d’entre elles, trop importantes, ont même été découpées à ce moment là en plusieurs fragments appartenant désormais aux collections de plusieurs musée dans le monde. La technique était risquée puisque les murs étaient tranchés et nettoyés, face au sol avant que la peinture ne soit encollée sur une toile. D’ores et déjà on sait que quelques uns de ces fragments seront présentés l’année prochaine au sein de la grande exposition au musée Granet. On sait aussi que ces œuvres étaient peintes à même le mur par Cézanne qui n’hésitait pas à travailler en recouvrant de précédentes réalisations.
L’entrée d’un port ?
Dans le cadre des travaux de réhabilitation, quelques sondages étaient réalisés sur les murs sans grand espoir de découvrir grand-chose. Mais une trace de pinceau intriguait les spécialistes de l’œuvre du peintre qui engageaient alors la Ville à poursuivre les études des épidermes des murs; ce que Sophie Joissains, maire d’Aix-en-Provence, acceptait. Et l’été dernier, l’improbable se produisait: les professionnels découvraient un ensemble de 5 à 6 m² correspondant à un tout premier panneau peint par Cézanne au Jas de Bouffan.
L’œuvre, dont quelques fragments importants sont visibles, représente vraisemblablement l’entrée d’un port avec, à gauche, des mats de bateaux et des oriflammes et à droite des bâtiments le tout surmonté d’un ciel sur la longueur du mur. Pour les spécialistes, qui ont authentifié formellement ces fragments, la découverte est essentielle car elle est le dernier témoignage in situ du travail de l’artiste dans sa bastide. Elle permet aussi de percevoir et de comprendre la révolution picturale engagée par l’artiste. Cette découverte devrait être l’un des éléments essentiels mis en valeur au cœur de la bastide rénovée.
Michel EGEA