Après une escapade en automne l’an dernier, Mars en baroque retrouve le mois… de mars ! Sur le thème « Prima l’opera » le festival ouvre sa 23e édition vendredi. Sa programmation a été concoctée par Jean-Marc Aymes et Romain Bockler qui ont entamé depuis deux ans un passage de relais en douceur à la tête de l’ensemble Concerto Soave et du festival. Rencontre avec Romain Bockler qui prendra le rôle d’Orphée ce dimanche à l’Opéra de Marseille.
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Destimed : Pour la première fois, l’Orfeo de Monteverdi est donné à l’Opéra de Marseille ; y-a-t-il une raison particulière à cette absence ?
Romain Bockler : J’irai même plus loin, c’est la première fois qu’un opéra baroque va être donné dans cette salle plus habituée au grand répertoire lyrique romantique particulièrement affectionné ici. Nous sommes donc très heureux que dans le cadre du 100e anniversaire de la maison, une collaboration ait pu être mise en place entre l’opéra, l’Ensemble Concerto Soave et le festival Mars en Baroque afin de pouvoir présenter cet Orfeo.
Cette coproduction a vu éclore une collaboration avec le chœur de l’Opéra de Marseille. cette première ouvre-t-elle de nouveaux horizons ?
Dès le début du projet nous avons envisagé un travail étroit avec les acteurs locaux. Et s’il était difficile d’impliquer l’orchestre de l’Opéra sur cette production du fait la nature des instruments modernes joués, avec la complicité de Florent Mayet, nous avons la chance d’être accompagnés par le chœur de l’Opéra qui a su faire preuve d’une grande souplesse pour embrasser l’esthétique du chant baroque. Nous espérons, bien entendu, que des liens nous uniront fortement avec l’Opéra de Marseille dans les années à venir…
Vous co-dirigez Mars en Baroque aux côtés de Jean-Marc Aymes ; qu’est-ce qui motive cette organisation ?
En fait nous avons eu l’idée de mettre en place une transmission en douceur avec une co-direction de Concerto Soave et du Festival Mars en Baroque. Cela fait quinze ans que je participe au festival et, d’années en années, Jean-Marc Aymes m’a associé, petit à petit, à l’élaboration des programmes et à la vie des deux structures. C’est un passionné et son travail est d’importance même s’il le mène dans l’ombre et avec humilité. Aujourd’hui nous avons débuté une aventure humaine afin de poursuivre la route, tant pour Concerto Soave dont la qualité ne fait pas de doute, que pour Mars en Baroque qui est un festival à rayonnement international. C’est pour moi un plaisir et un honneur de pouvoir prendre leurs directions le jour où Jean-Marc aura décidé de m’en confier les clés.
Vous allez chanter le rôle titre de l’ouvrage de Monterverdi dans quelques jours; que ressentez-vous ?
C’est une prise de rôle qui compte beaucoup pour moi. Cela fait plus de dix ans que j’attends ce moment en totale adéquation avec les esthétiques que j’aime. C’est un rôle rêvé mais aussi écrasant car prédominant dans tout l’opéra. Et c’est un bonheur de le prendre ici aux côtés de Jean-Marc Aymes et ses quarante années d’expérience ; tout un symbole, comme un passage de relais avec un projet pensé à deux têtes.
Le chant baroque semble avoir de plus en plus d’adeptes, quel est votre sentiment à ce sujet ?
Effectivement, de plus en plus de jeunes chanteuses et chanteurs sont séduits par le répertoire baroque. Je pense que c’est en grande partie parce que le genre n’est pas qu’une machine à faire des sons ; il y a un rapport fort à l’esthétique et les interprètes sont surtout des chanteurs-chercheurs ; des profils qui sont moins dans la performance vocale. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de virtuosité dans le répertoire baroque ; elle existe mais elle est placée à des endroits différents
Comment êtes-vous arrivé au chant baroque ?
Par passion. Cette passion qui m’a accompagnée vers le chant et la musique baroque que j’ai appris à connaître en écoutant les enregistrements discographiques qui étaient légion autour de l’an 2000. Et lorsqu’une semaine après avoir obtenu mon diplôme d’ingénieur (il est titulaire d’un master en recherches acoustiques. NDLR) j’ai été reçu au conservatoire de Lyon, j’ai compris où était ma voie.
Pour vous il y a le chant, mais aussi la recherche, pourquoi ?
Je suis musicien et non musicologue. Mais il est vrai que je n’ai de cesse d’effectuer des recherches sur l’esthétique du chant baroque aux 16e et 17e siècles et sur le rapport virtuosité-voix. En fait, l’enseignement que j’ai reçu au CNSM et celui que je dispense aujourd’hui Pôle d’Enseignement Supérieur Aliénor de Poitiers ont pour ligne maitresse de revenir aux sources par la recherche et non d’imiter ce qui a déjà été fait. Ainsi chaque interprète, à partir de ses recherches, doit être en capacité de proposer sa propre interprétation et ses propres ornements. Les compositeurs baroques ne proposaient pas d’œuvre définitive. Il appartenait aux instrumentistes et aux chanteurs de sculpter des chapiteaux et les décorations.
Propos recueillis par Michel EGEA
Pratique. Le festival s’ouvre le vendredi 28 février à 20 heures avec « Les Fantômes d’Hamlet » fragments d’opéras par Roberta Mameli, soprano et le Concert de l’Hostel Dieu en l’Église Saint-Ferréol de Marseille. Le dimanche 2 mars, « Orfeo » de Monteverdi à l’Opéra de Marseille (14h30 ). Toute la programmation sur marsenbaroque.com