Le Sommet de Marseille « Climate Chance Europe Afrique » a connu un vrai succès tant par le nombre que la qualité des interventions. Sa déclaration finale est riche de propositions pour la construction de relations entre l’Europe et l’Afrique pour lutter contre le changement climatique et s’y adapter en mettant l’accent sur l’importance de s’appuyer sur les territoires.

Il est revenu à Paul Watson, le fondateur de Sea Shepherd, d’ouvrir la dernière séance du Sommet de Marseille et, pour lui, en matière de lutte contre le changement climatique, pour l’adaptation à ce changement et pour la protection de la biodiversité:« Il y a un frein politique et économique et un manque de motivation.» Face à cela il en appelle « à l’imagination, à la passion et au courage d’agir ». Et, surtout : « Il faut arrêter de regarder la situation comme si elle ne concernait que nous. Nous partageons la planète avec des milliers d’espèces qui n’ont pas forcément besoin de nous quand nous, nous avons besoin d’elles alors que nous sommes en train de les massacrer. » Paul Watson insiste : « Notre obligation est de vivre en harmonie avec les autres espèces et nous devons prendre conscience du fait que si l’Océan meurt nous allons mourir aussi. » « Nous devons, poursuit-il, changer notre façon de regarder le monde et nous n’avons qu’une vingtaine d’années pour agir. Sinon, d’ici un million d’années la planète sera merveilleuse mais nous n’y serons plus. Alors, il faut que nous nous sauvions de nous-même. » Et d’inviter les jeunes à agir.
Ronan Dantec, le président de Climate Chance avance : «Le pari c’est de faire bouger la communauté des acteurs de la lutte contre le réchauffement vers l’adaptation au changement climatique. Et il faut travailler dans la durée. Dans ce sens nous devons travailler pour nourrir la réflexion de l’Europe alors que cette dernière va présenter, en 2026, sa nouvelle stratégie d’adaptation. Nous avançons aidés par le plan d’adaptation français à 4 degrés de réchauffement. La stratégie européenne est un gros enjeu pour nous car elle va s’appliquer pendant cinq ans, connaîtra des déclinaisons au niveau des États. Alors, si on réussit cette stratégie nous avancerons pendant cinq ans.» «La réponse de l’Europe aux attaques contre la science, ajoute-t-il, doit résider dans un développement de la recherche et dans la prise en compte du rôle-clé des régions. Enfin, le rôle du monde économique est central et certains acteurs l’ont déjà compris ».
Sylvain Boucherand, président de la commission Environnement du Conseil économique, social et environnemental (Cese) considère à son tour : « La question n’est pas que celle du climat. Il faut aussi préserver la biodiversité. Pour cela il importe de comprendre qu’il faut aussi partager les ressources avec la nature.»
Gilles Vermot-Desroches, directeur citoyenneté et affaires institutionnelles de Schneider Electric signale: « C’est en prenant en compte l’humain qu’on avancera sur l’atténuation et la biodiversité. Et, dans le narratif que nous construisons il faut évoquer les territoires et la santé ». Concernant l’Afrique, il avance : « L’Afrique va croître de 1,5 milliard de personnes quand le reste de la planète restera stable. Il faut se préparer à cela en développant la formation car sinon on se privera d’innovations extraordinaires. Et on doit aussi apprendre de l’Afrique, de ses pratiques…Nous avons besoin d’inventer ensemble des solutions qui transformeront l’économie du Nord et permettront le développement de l’Afrique ».
Michèle Rubirola, Première adjointe au maire de Marseille revient sur la Déclaration de Marseille qui appelle à mettre la science au cœur de l’action ; invite à renforcer les coopérations entre chercheurs, décideurs et intégrant les savoirs locaux, notamment en Afrique ; plaide en faveur de la mise en place d’outils opérationnels au service des territoires, ; se prononce en faveur du développement de la coopération internationales entre collectivités territoriales ; affiche son ambition de voir la science et la recherche maintenir leurs moyens à un niveau élevé, tout comme l’éducation et se prononce aussi en faveur d’une planification urbaine résiliente. Pour elle : « Les villes africaines subissent le changement climatique, phénomène dans lequel elles ne sont pour rien. Ainsi notre mal développement empêche leur développement. Alors, nous devons sortir de notre modèle de ville minérale et pour cela nous avons besoin d’investissements massifs. »
Anne Hidalgo, maire de Paris et présidente de l’association des villes francophones annonce : « Nous allons reprendre au niveau de l’association cette déclaration et la porter -Europe et Afrique- ensemble dans un monde de plus en plus clivé. » D’insister : « Oui l’Europe et l’Afrique doivent jouer ensemble avec d’autres. Et il faut bien mesurer que lorsque les villes, les territoires agissent cela porte ses fruits mais nous ne pouvons pas tout faire tout seul. » Elle rappelle : « Lorsque nous avons dit que nous allions dépolluer la Seine que n’avons-nous entendu. On a travaillé, sur les technologies mais aussi les changements de comportements et ainsi, alors qu’il ne restait plus que trois espèces de poissons dans la Seine on en compte aujourd’hui une trentaine. » Pour Anne Hidalgo : « il faut maintenant lutter contre du scepticisme. Il faut lutter contre des gens très fortunés que j’appelle des fossiles tant ils sont accros aux énergies fossiles et ils ont beaucoup à perdre. Alors ils interviennent beaucoup. Ils essaient de nous enlever toute capacité de penser un autre monde. Mais ils ont déjà perdu, les collectivités portent des solutions qui marchent et les choses peuvent aller très vite. »
Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la transition écologique et de la biodiversité rappelle, dans un message enregistré adressé au Sommet que la France s’inscrit dans une trajectoire +4 degrés d’ici 2100 et une neutralité carbone d’ici 2050. Elle ajoute qu’« au niveau mondial la France porte 10% du financement total de la politique d’adaptation au changement climatique ». Une nécessité car « anticiper c‘est gouverner», conclut-elle.
Pour Fatimetou Mint Abdel Malick, présidente du conseil régional de Nouakchott (Mauritanie) : « Il faut se focaliser sur la coopération décentralisée. Les financements viennent sur cette coopération car l’adaptation est un enjeu territorial, car les élus locaux, les populations locales, ont des solutions et ces populations doivent être associées aux décisions. Et il faut renforcer les coopérations Afrique-Europe car l’Afrique à un savoir-faire à transmettre.» Emmanuel Seck ,Directeur exécutif d’Enda Energie va dans le même sens : « L’Afrique a un potentiel énorme ». Tandis que le maire de Cotonou, Luc Sétondji Atrokpo met en avant le travail conduit au Bénin en matière de prévention et la Maison du climat qui va former les jeunes aux enjeux du climat.
Reportage vidéo Joël BARCY – Rédaction Michel CAIRE