Les évêques de France, réunis lors de leur Assemblée plénière de printemps, à Lourdes, ont élu le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, nouveau président de la Conférence des évêques de France. Élu pour un mandat de trois ans, renouvelable une fois, il prendra ses fonctions le 1er juillet prochain, succédant à Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims. Ils ont par ailleurs élu Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tours, vice-président de la CEF au sein de la précédente Présidence (2022-2025), et Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise, actuel président de la Commission doctrinale de la CEF, nouveaux vice-présidents de la Conférence des évêques de France.

En nommant le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, à la présidence des évêques de France, ces deniers ont choisi un proche du Pape, intellectuel brillant, pétri d’humanité, né à Sidi-Bel-Abbès, en Algérie, qu’il a quitté à l’âge de 4 ans du fait de la guerre d’Algérie. Un événement structurant qui marquera sa vie, sa foi et sa pensée, faisant de lui un spécialiste du dialogue intercultuel et de la Méditerranée. C’est avec gravité mais aussi humour lorsque le sujet le permettait que Mgr Aveline a répondu aux questions de la presse, notamment celles concernant l’affaire de Notre-Dame de Bétharam et, plus largement sur l’enseignement catholique. Mais il est aussi intervenu sur le rôle de l’Église, sur le dialogue intercultuel prenant de la hauteur par rapport au dialogue ambiant.
« Revenir à l’essentiel »
Proche du pape, le cardinal Aveline entend, à l’instar de ce dernier, « revenir à l’essentiel, montrer au monde l’amour de Dieu.» «Être aux côtés des plus pauvres est un défi, que ce soit la pauvreté économique ou affective», rappelle-t-il avant de signaler : « Le nombre de personnes qui dorment dans la rue a connu une forte croissance à Marseille. Nous devons être à leurs côtés. Il n’y a pas besoin d’être catholique pour être généreux mais l’Église doit travailler sur ces lignes de fractures : les pauvres, les migrants. Ce n’est qu’une contribution, l’Église est en minorité, mais cela ne l’empêche pas de vivre sa mission de catholicité. »
Invité à donner son point de vue sur le débat sur l’islam en cours en France, il avance : « Ce débat révèle plusieurs dimensions. La première est existentielle. Des personnes puisent à des endroits différents de quoi nourrir leur soif de Dieu. Et j’encourage le fait que le dialogue soit à hauteur de visage et dans le respect des sources… Après il y a une dimension doctrinale, et ce n’est pas le plus important. Enfin il y a la dimension politique. Avec l’islam qui, dans la cohérence de sa religion, établit un lien plus fort que d’autres religions entre croyance et organisation sociale. Et l’intervention du politique entraîne un désarroi au sein de la communauté musulmane. » Il indique dans ce cadre : « Je reçois des Imams une fois par mois à Marseille, ville où il y avait une habitude de convivialité et où les Imams me disent ne plus arriver à se parler avec la communauté juive. Je vais lancer des rencontres régulières avec les Rabbins. Mais je constate que, des deux côtés il y a une volonté de se parler, de renouer un dialogue qui n’aboutit pas. Aujourd’hui le désir de se parler est moins fort que la réalité. » Alors, dans ce contexte, il considère : « Les éternuements politiques entraînent des rhumes religieux.»
« La situation actuelle montre que l’on peut et que l’on doit mieux faire »
Concernant l’enseignement catholique, Mgr Aveline note : « Il y a des choses à faire évoluer dans le lien entre l’enseignement catholique et l’Église. Il faudra encourager à une révision de la façon dont on travaille ensemble. » Lorsqu’on lui demande s’il s’agit d’une reprise en main, il rétorque : « Non. Mais la situation actuelle montre que l’on peut et que l’on doit mieux faire.» Il aussi question d’économie. Le fonctionnement de l’Église est évoqué notamment la possibilité de la fusion d’évêchés. La réponse de Mgr Aveline fuse : « Il n’est pas question de fusionner Aix et Marseille, je rassure tout de suite les Aixois. Non il y a d’autres moyens de faire des économies. D’autant que nous avons déjà des prêtres qui sont loin de la proximité car ils ont de nombreuses églises à suivre.»
Parallèlement, de nombreux jeunes frappent aux portes des églises. « Nous avions balisé bien des chemin ils arrivent par d’autres. Il faut maintenant les accueillir, écouter ce qu’ils veulent nous dire, leur permettre d’avoir leur place dans l’Église».
Michel CAIRE