Opéra de Marseille – « Sigurd » cent ans après… Toujours vaillant

C’est avec « Sigurd », l’ouvrage injustement délaissé d’Ernest Reyer, que l’Opéra de Marseille célèbre actuellement le centenaire de l’inauguration de sa nouvelle salle, en 1924, venue remplacer celle qui avait été détruite par les flammes cinq ans auparavant.

Destimed sigurd et Gunther
Sigurd, incarné par Florian Laconi et Gunther par Alexandre Duhamel © Christian Dresse

Décidément le public marseillais est incorrigible. On lui propose de redécouvrir, voire découvrir, un grand opéra à la française, et il boude. En ce mardi 1er avril, soir de première de « Sigurd » du compositeur marseillais Ernest Reyer, l’opéra était loin d’avoir fait le plein et l’on ne peut que le regretter. Car les absents passent à côté d’un véritable événement lyrique qui, entre autres spectateurs, voit défiler presse nationale et internationale du côté de la rue Beauvau.

Par la qualité de sa partition, cette œuvre ne mérite vraiment pas d’être tombée dans un oubli relatif. Elle témoigne du bon goût d’une époque et a eu la malchance d’arriver à un moment où la germanophobie s’était emparé de la France après la bataille de Sedan. Et comme le livret était une adaptation, entre autres, de contes allemands, c’est à Bruxelles en 1884 que « Sigurd » sera créé… Avant de connaître, tout de même, un beau succès en France.

Pour cette nouvelle production, Maurice Xiberras, le directeur général de l’opéra, a concocté une distribution totalement française qui n’hésite pas une seconde face à ce monument vocal. A commencer par Florian Laconi, parfait heldentenor, qui prend à bras-le-corps le rôle titre pour le servir idéalement lui procurant sa hardiesse, mais aussi sa fragilité. Une prestation lumineuse pour le héros. A ses côtés, la Brunehild de Catherine Hunold est de la même veine, voix puissante et directe de parfaite Valkyrie. Pour Charlotte Bonnet, être Hilda relève d’un vrai défi. La soprano aborde ici un répertoire qui ne lui est pas familier et elle réussit avec bonheur à donner toute sa passion à ce rôle tourmenté en ne se départissant jamais de sa belle ligne de chant qu’elle exploite avec puissance. Marion Labègue, Uta, complète idéalement le trio féminin.

Retour chez les hommes avec le rôle royal de Gunther, assuré par Alexandre Duhamel, scéniquement irréprochable et vocalement en demi-teinte. Nicolas Cavalier est un Hagen sans failles et Marc Barrard impose toute sa science du chant en campant un Prêtre d’Odin. Une mention pour Gilen Goicoechea qui passe avec bonheur de la scène de l’Odéon à celle de la « grande maison » pour recueillir de chaleureux applaudissements après sa prestation, il est vrai remarquable, en barde. Marc Larcher, Koëlig Boché, Jean-Marie Delpas et  Jean-Vincent Blot, quatuor de Huns, complétant la distribution du côté masculin.

Confiée à Charles Roubaud, la mise en scène de cette production, est rigoureuse et, souvent, captivante. Les décors monumentaux d’Emmanuelle Favre, sont simples et efficaces, les vidéos de Julien Soulier, aériennes et judicieuses, ne sont pas sur-employées et les costumes 1930 de Katia Duflot ont un charme désuet bienvenu. De la belle ouvrage, tout ceci !

Omniprésents, les chœurs sont sollicités en diverses compositions et chacune de leurs interventions témoigne par sa qualité de l’excellence du travail de préparation mené par Florent Mayet. Et si un décalage pointe son nez, il est vite remis dans le droit chemin par la direction efficace du chef canadien Jean-Marie Zeitouni. Ce dernier est ici dans un répertoire français qu’il affectionne tout particulièrement et l’intelligence de sa direction est là pour le prouver. Il permet à un orchestre brillant, puissant et sensuel, de servir la composition, d’Ernest Reyer.

Qu’on se le dise, il reste encore des places pour chacune des représentations programmées ; l’occasion unique, et rêvée de par la qualité de la production, de découvrir ce « Sigurd »… N’hésitez pas, car ce n’est pas demain que l’ouvrage retrouvera les rives du Vieux-Port.

Michel EGEA

« Sigurd » d’Ernest Reyer, à l’Opéra de Marseille. Autres représentations les 4 et 8 avril à 20 heures, le 6 avril à 14h30. Réservations au 04 91 55 11 10 ou 04 91 55 20 43. Plus d’info et réservations opera-odeon.marseille.fr

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