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Marseille. Tribune des policiers retraités : ’Ce n’est pas un acte politique mais un cri d’alarme ’

vendredi 21 mai 2021

« Ce n’est pas un acte politique, mais un cri d’alarme de gens qui ont travaillé des décennies dans la police et qui sont aujourd’hui des citoyens ». Le commissaire divisionnaire honoraire Claude Dupont a justifié lors d’une conférence de presse sur le Vieux-Port de Marseille, l’appel à « un sursaut national » qu’il a lancé au président de la République, au gouvernement et aux parlementaires avec 92 autres policiers retraités la semaine dernière. Initiative qui a été condamnée par le directeur général de la police nationale.

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Parmi les 93 premiers signataires de la tribune on retrouve de nombreux policiers marseillais retraités qui ont tenu une conférence de presse sur le Vieux-Port (Photo Mireille Bianciotto)

« Cette lettre ouverte, je le répète, ce n’est pas une initiative individuelle, elle ne vient pas de moi, c’est une œuvre collective, une œuvre de retraités, qui part du sous-brigadier et qui va jusqu’au contrôleur général. Si on a fait ça c’est sans esprit partisan, sans esprit politique, nous avons fait ça, en tant qu’anciens professionnels de la sécurité, en tant que citoyens qui représentent, un petit peu, ce qu’on appelle la majorité silencieuse de la population », lance Claude Dupont en introduction de son intervention.

Ces anciens membres des forces de l’ordre dénoncent dans leur texte une « autorité de l’État battue en brèche par des minorités violentes », « un refus de nos valeurs républicaines, de notre modèle de société dans des pans entiers de notre nation  » et « un face-à-face qui nourrit le communautarisme et menace la paix civile  ». Ils appellent les élus à « tout mettre en œuvre pour mettre fin à la situation gravissime que traverse la France en matière de sécurité et de tranquillité publique  ».

l’état gravissime de notre pays en matière de sécurité

Le commissaire divisionnaire honoraire Claude Dupont justifie : « Nous avons voulu lancer une alerte aux plus hauts pouvoirs publics, devant l’état gravissime de notre pays en matière de sécurité. Désormais, tout est remis en cause par des minorités violentes et par certains groupuscules soi-disant politisés, qui sont dévoyés, qui remettent en cause les institutions, notre système de société. » Parle d’un ensemble qui s’accompagne de faits « qui sont très graves », avec, insiste-t-il, des attaques à force ouverte contre les forces de l’ordre. Aussi bien la police, la gendarmerie, la police municipale. Tout ce qui porte l’uniforme est actuellement affaibli, tout ce qui représente l’État est actuellement attaqué, blessé, souvent des blessures très graves, quand on ne vient pas à leur tirer dessus à balles réelles ». Revient sur ceux qui y ont laissé leur vie : « À Rambouillet notre collègue Stéphanie Montfermet assassinée par un apprenti terroriste puis juste après le 5 mai en Avignon Éric Masson, qui a fait l’objet d’un meurtre tout à fait gratuit, par un dealer... »

Réarmement moral de la police nationale

Claude Dupont s’insurge encore : « Tout cet ensemble de choses, nous ne le voulons plus. Nous ne voulons pas que notre pays bascule dans le chaos, nous ne voulons pas qu’un jour ou l’autre, on dise à la police nationale, vous ne faites plus votre métier on va vous remplacer par des militaires. Car, la police nationale elle, est apte à remettre la patrie en ordre, si on lui donne les moyens, si on la réarme moralement. C’est-à-dire avec la considération qui s’attache à cette institution, qu’elle soit reconnue par la haute hiérarchie en tant que telle. On est des producteurs de libertés, le ministre de l’intérieur a dit que nous étions en guerre que les gardiens de la paix étaient des soldats. Oui des soldats mais des soldats de la paix qui sont actuellement désarmés ».

Il en vient au juridique : « On n’a jamais mis autant d’entraves et d’obstacles dans les affaires de procédures pénales policières, dans les mécanisme judiciaires, les enquêtes. Depuis une dizaine d’années le code de procédure pénale est devenu, comme disait un de mes collègues qui était interrogé par un journaliste, un Bottin téléphonique mais qui fonctionne à l’envers. On ne s’y reconnaît plus, les enquêtes préliminaires durent très longtemps, bien entendu, puisque tous les collègues sont surchargés de dossiers, de plaintes et, lorsqu’ils les transfèrent au parquet, bien souvent, on a affaire à des prescriptions ».

Il évoque ensuite le manque de moyens et souhaite que leurs hôtels de police, leurs postes de police, leurs commissariats « soient dignes de cette fonction » et parle encore de moyens alloués en voitures, des moyens techniques, des équipements...

Que les magistrats appliquent les peines

Pour l’ancien divisionnaire, il faut également une réponse pénale appropriée. « Lorsqu’on arrête des malfrats il faut que les magistrats répondent en appliquant les lois qui existent. Ce n’est pas la peine d’en créer d’autres. il faut appliquer les peines dissuasives qui sont prévues. Il faut qu’elles soient ensuite prononcées, exécutées, c’est tout simple », assène-t-il.


« La question des violences policières est rattachée à des manipulations
d’images, à qui on fait dire ce qu’on veut et aux centaines, aux milliers de policiers blessés par an
 ». Le capitaine Christian Battesti, rapporte une anecdote illustrant cette variation d’interprétation d’une scène tirée de son contexte

« On repère un gars qui avait l’habitude d’agresser des personnes âgées, c’était l’époque où les chaînes en or étaient arrachés. Tant qu’il n’a pas commencé on ne peut rien faire mais on sait qu’il va passer à l’acte. Il tourne autour de sa future proie comme un rapace. On sait qu’il va la tabasser mais on ne peut pas être trop près, donc on ne peut pas empêcher le début de l’action. On voit le gars qui saute sur la mamie, qui la tabasse, on intervient, le temps de franchir les 50 mètres, il lui a cassé le bras et le col du fémur », raconte Le capitaine Christian Battesti.

Il poursuit : « Le gars part en courant, je le poursuis. Je le rejoins plus loin et j’arrive à le rattraper vers le Centre Bourse, donc cela fait longtemps que plus personne ne sait plus qui je suis. J’ai mon brassard police, je l’interpelle, je le pousse. Je mets au défi tous les gens qui critiquent les violences policières de passer les menottes à un individu qui ne veut pas se laisser faire. J’ai failli lui mettre une droite, je suis un ancien boxeur professionnel, je ne veux pas le mettre KO, ça ferait désordre, donc je me bats avec lui pour lui passer les menottes, j’arrive à les lui passer mais que voit la population, aux alentours ? Elle voit un gars costaud, grand, qui secoue un petit jeune de 17 ou 18 ans, avec mon brassard police. Une fois que j’ai passé les menottes, les gens autour ont réagi. il y en a une qui a même glissé son numéro de téléphone dans la poche du jeune en lui disant : "Je suis témoin des violences dont vous venez de faire l’objet de la part de ce policier, n’hésitez pas à m’appeler" ; il y a une commerçante qui sort avec un verre d’eau, je pensais qu’elle me l’apportait à moi, pas du tout, elle lui tend à lui, pour l’abreuver. Donc, si on devait filmer, les gens qui m’ont vu sauter sur le dos du jeune, me battre avec lui pour lui passer les menottes, ils auraient dit quoi, s’ils n’avaient filmé que ça, en dehors du contexte. Je suis un méchant voyou, un ancien boxeur, officier de police, ce n’est pas normal. Mais comment faut-il que je fasse pour l’interpeller ? »

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