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Raphaël Liogier alerte sur « Ce populisme qui vient » au Carrefour de l’amitié

jeudi 19 décembre 2013

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Raphaël Liogier entouré de l’actuel président du Carrefour de l’amitié Gilles Dahan et son prédécesseur Gabriel Rebourcet (Photo Philippe Maillé)

Le Carrefour de l’Amitié vient de recevoir l’universitaire Raphaël Liogier, - professeur des Universités, IEP d’Aix-en-Provence, directeur de l’Observatoire du Religieux / Cherpa, responsable du Master Religions et Société- à l’occasion de la publication de son livre Ce populisme qui vient. Dans un entretien avec Régis Meyran, l’universitaire décortique les ingrédients originaux de ce populisme actuel, nourri par le sentiment de frustration collective qui contamine une Europe, France en tête, définitivement déchue de sa prééminence mondiale.
Le Carrefour de l’Amitié dont l’antenne Provence-Méditerranée est présidée par Gilles Dahan, est une association créée en 1973. Elle a pour but d’être un lien à caractère culturel et philosophique destiné à supprimer les obstacles auxquels se heurtent les hommes de bonne volonté et qui recherchent, en outre, une plus large et plus entière compréhension entre humains, notamment par la pratique constante de la solidarité.

« La démagogie et le populisme sont deux choses distinctes »

Raphaël Liogier précise dès ses premiers mots : « Parler en lieu et place du peuple tout entier, voilà ce qu’est le populisme. Et cela n’a donc rien à voir avec se préoccuper du peuple. De même la démagogie et le populisme sont deux choses distinctes, la démagogie est une pente naturelle de la démocratie puisqu’il s’agit de tenter de séduire le plus possible de gens. Le populiste, lui, s’exprime au nom de l’esprit du peuple, de la majorité brimée qui serait réduite au silence, étouffée, dont il se fait le héros. Le populiste est antisystème, il parle au nom du peuple ce qui fait qu’il n’y a plus besoin des institutions représentatives. Un démagogue n’est pas forcément populiste mais, en revanche, tout populiste est forcément démagogue  ».
Il poursuit : «  Il y a eu de tout temps des politiciens qui ont dit parler au nom du peuple, mais il a fallu, pour permettre au populisme de prendre toute son ampleur, la modernité qui a inventé l’individu et donc la subjectivité. Et le peuple, dans le populisme, va être pourvu d’une subjectivité transcendantale. C’est le bon sens, dont parle Marine Le Pen, au nom duquel on peut remettre en cause le réel ».
Le FN, à ses yeux, connaît une profonde mutation : «  Nous sommes dans une société où l’opiniologie crée ce qui est légitime et ce qui ne l’est pas. Marine Le Pen l’a très bien compris. Elle a pris Florian Philippot, un haut fonctionnaire, ancien de la Sofres dont le frère est directeur des études politiques de l’Institut français d’opinion publique (IFOP). Avec lui elle a repositionné le FN. Ainsi, alors que Jean-Marie Le Pen attaquait Mitterrand parce qu’il était socialiste, Marine Le Pen attaque Hollande parce qu’il n’est pas assez socialiste. Elle n’est plus un leader d’extrême-droite ». Et cela ne l’a rend que plus dangereuse. «  Peut-être que Marine Le Pen n’arrivera pas au second tour. Mais, si elle y arrive ce ne sera pas comme en 2002, elle n’aura pas contre elle un front républicain parce qu’elle est maintenant non plus à la marge mais au cœur de l’échiquier politique  ». D’autant que ce populisme « est liquide, on le retrouve à gauche, au PS, mais aussi chez Mélenchon dont une partie du discours est ultra-nationaliste ; comme à droite, à l’UMP, où la Droite forte a le même programme que le FN... en pire ».

« Une crise de la narration symbolique »

Pour le sociologue la crise économique, sociale, s’impose pour que le populisme prenne, mais cela ne suffit pas. « On l’a vu dans les années 30, la crise touchait tous les pays mais le populisme n’a pris que dans ceux qui connaissaient également une crise de la narration symbolique. L’Allemagne était blessée par les guerres Napoléoniennes, et le Traité de Versailles a produit une haine envers la France sur laquelle Hitler a surfé. Et là, on voit bien que depuis le début des années 2000, les nations européennes cherchent désespérément à rétablir leur grandeur passée sans y parvenir. L’Europe, pour comprendre son état, c’est un individu dans un hôpital psychiatrique qui se prend pour Napoléon... et qui l’a vraiment été. C’est cela l’Europe aujourd’hui, cette blessure narrative ».
Raphaël Liogier en vient à la laïcité. « Marine Le Pen utilise maintenant la laïcité mais sans lui donner un contenu précis et juridique. Or, la laïcité comprend d’un côté la séparation des Églises et de l’État, et de l’autre la neutralité des représentants des pouvoirs publics. Mais c’est bien la neutralité des représentants des pouvoirs publics, et pas des publics. Si les agents de l’État doivent rester neutres -contrairement au Royaume-Uni par exemple où un policier peut porter un turban sikh- c’est justement pour préserver la libre expression des publics, garantir qu’ils ne seront pas influencés par l’agent en question, non pas pour les brider. Avec Marine Le Pen donc, la laïcité est vidée de son sens pour la réduire à un élément patrimonial. Et cette utilisation des mots que l’on vide de leur contenu est la caractéristique des mouvements populistes en Europe. Ainsi au Pays-Bas a-t-on le Parti de la tolérance, en Autriche celui des libertés, en Suisse l’Union démocratique du centre ».
Une invitation à la réflexion particulièrement importante alors que des élections se profilent et dont les résultats pourraient donner de mauvaises surprises.
Michel CAIRE
« Ce populisme qui vient », Raphaël Liogier, conversation avec Régis Meyran, éditions Textuel, prix 15 euros

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